Il y aurait tellement à écrire sur Ra’hel Iménou. Elle a mené une vie de sacrifices, elle a su trouver la vérité, elle symbolise la force de la prière, combien de fois s’est-elle annulée pour les autres ? Si l’on devait résumer cet immense personnage en une seule phrase, ce serait probablement : Rachel, l’incarnation d’une mère juive.

Rachel est, sans aucun doute, la matriarche dont nous nous sentons le plus proches. Son tombeau est un lieu qui accueille les jeunes comme les vieux, les orthodoxes comme les laïcs. Nous y allons pour pleurer, pour prier, pour remercier, pour parler. Nous nous y sentons apaisés et sereins, comme lorsque nous rentrons à la maison. A chacune de mes visites, je me surprends à observer ces dames au visage creusé par le temps, qui n’ont plus la force de se déplacer, mais qui versent des torrents de larmes sur le caveau de Rachel, et qui crient une liste interminable de noms et de bénédictions avec une force que je ne leur soupçonnais pas. J’observe ces petites jeunes filles frêles qui ont leur visage enfoui dans leur livre de prières, et qui tremblent tant que les mots sortent hachés et saccadés de leurs bouches. Je peux rester de longues heures sans prononcer une lettre, je m’imprègne de cette sainteté qui plane et me transporte. Nous avons tout simplement l’impression d’être écoutées, d’être entendues, et nous aimons croire au fait que nous serons bientôt exaucées.

Ra’hel Iménou est la fille de Lavan. Elle a grandi dans une maison de tromperie et d’escroquerie. Malgré cela, elle préserve sa pureté et aspire à une vie de Torah aux côtés de Ya’acov Avinou. Imaginez son soulagement lorsqu’elle est à la veille de son mariage. Elle sent que cette vie de souffrances spirituelles va finalement prendre fin, et là, coup de grâce, son père Lavan met en place une nouvelle arnaque : Léa, la sœur aînée de Rachel, prendra sa place sous le dais nuptial. C’était sans savoir que Ya’acov avait anticipé cette tromperie en donnant des signes à Rachel afin de s’assurer qu’il se marierait avec la bonne personne. Rachel imagine alors la honte de Léa lorsque Ya’acov s’approcherait de sa future femme entièrement voilée en lui posant les questions secrètes, il n’était aucunement question de laisser Léa être l’objet d’une telle humiliation, elle décide donc de lui dévoiler les signes, et, ainsi, elle lui offre ni plus ni moins la vie dont elle rêvait, sans savoir ce qui adviendrait d’elle.

Ra’hel Iménou a ensuite récupéré son mari grâce à un second mariage. De cette union, naîtront deux enfants, Yossef et Binyamin.

C’est en donnant naissance à Binyamin que Rachel meurt. Sur sa demande, elle sera enterrée sur le chemin de Beth-Lé’hèm. Elle renoncera une ultime fois à son honneur et à son repos éternel aux côtés de tous les patriarches et matriarches dans la grotte de Makhpéla.

Elle veut être enterrée sur le chemin. Elle veut rester au sein de ses enfants, elle ne veut pas s’en éloigner. Elle veut être la première à voir lorsqu’un de ses petits a besoin d’aide et elle veut être là pour lui. Elle veut continuer à exister à travers ses enfants. Ne tenons-nous pas là la parfaite incarnation d’une mère juive ?

Une femme devient maman lorsqu’elle met au monde son premier enfant et, dès lors, elle n’est que maman, elle pense maman, elle vit maman, elle respire maman. Ce statut ne prend jamais fin, une maman ne part jamais à la retraite. Rien n’a de plus grande importance à ses yeux que le bien-être de son enfant. Elle ne peut être détendue que si elle sait chacun de sa progéniture en sécurité et heureux. Une maman n’a pas toujours la solution à chacun des soucis de ses enfants, mais elle est toujours là pour tenir leur main, sécher leurs larmes, panser leurs blessures. On sait qu’elle ne va nulle part, elle pleurera avec son enfant lorsqu’il aura mal en lui faisant la promesse sincère que, très bientôt, ils riront ensemble. Elle est toujours là. Elle est notre appui et notre repère. Une mère juive ne vit pas cette vie comme un enchaînement de sacrifices, mais elle le vit assurément comme une opportunité de s’accomplir, d’exister et de se construire.

Il n’existe aucun repos pour une mère juive. Merci Maman Rachel pour ce merveilleux statut que nous portons avec fierté.