Il est loin le temps où, au début du 20ème siècle, la femme du Grand-Rabbin de Vichy, le Rabbin Debré – mère du Professeur Debré et grand-mère du Premier Ministre de De Gaulle, Michel Debré – ironisait sur le sionisme naissant en France, en comparant un État Occidental en Orient au Royaume franc éphémère de Godefroy de Bouillon, à l’époque des Croisades. Elle disait, selon ce que son fils écrit dans ses Mémoires : « je ne peux pas imaginer des chauffeurs de taxi qui se disputent en hébreu ». À une certaine époque, les Juifs français se sentaient intégrés à la société française. Ils ne voyaient pas d’un très bon œil ce nationalisme juif, importé, selon eux, d’Europe orientale. Il y avait bien, avant la guerre, une Fédération sioniste, mais c’était des « sionistes de chambre » intéressés par le sionisme, mais sans faire d’Alyah. On était sioniste mais on restait en France.
Le courant a changé au lendemain de la Shoah. On sait que le sionisme, en général, est alimenté de deux sources différentes : le désir de vivre en Terre Sainte ou en Israël est la source première : CONSTRUIRE quelque chose de positif. C’est la position des sionistes religieux et laïques à la fois. La deuxième base du sionisme est une FUITE des lieux dangereux pour les Juifs. C’est aussi un sionisme, mais motivé par des raisons négatives. Au lendemain de la Shoah, deux nouveaux éléments sont venus nourrir les deux bases du sionisme : la Shoah, d’abord, a détruit les centres de judaïsme en Europe orientale, et les rescapés des camps sont venus, d’abord, s’installer en France. Certains sont restés en France, certains sont partis en Amérique ou au Canada, mais la grande majorité est partie en Israël, puisque leurs foyers, en Europe orientale, étaient anéantis. Ce fut une Alyah de FUITE.
Mais l’élément le plus important de cette époque, au lendemain de la Shoah, est évidemment la création, en 1948, de l’Etat d’Israël. Le magnétisme vers Israël fut l’élément de la CONSTRUCTION. Il s’agissait, alors, de construire quelque chose de beau, de nouveau. Ce sionisme idéaliste a duré jusqu’après la Guerre des Six Jours. De nombreux jeunes, des universitaires, des étudiants en Yéchiva n’ont cessé de venir en Israël. Des mouvements de jeunesse – religieux comme laïques – ont conduit à l’Alyah de nombreux de jeunes. Il y a, aujourd’hui, une bonne quinzaine Yéchivot francophones en Israël. Il y a une Association des jeunes étudiants francophones en Israël.
Il y a eu un temps où l’Alyah vers Israël se voulait constructive. Espérer créer quelque chose d’idéal, ce fut un rêve. On ne voit pas, malheureusement, se réaliser ce rêve. Mais cela, c’est notre travail, celui de Torah-Box : faire connaître la Torah en Israël parmi les immigrants d’origine française.
Cela prend d’autant plus d’importance aujourd’hui alors que la seconde base du sionisme, la FUITE, se réalise en France. L’antisémitisme est de plus en plus manifeste. Il ne s’agit plus de construire quelque chose de neuf, mais de fuir des situations négatives. Cela s’ajoute à deux raisons étrangères à la France : l’Alyah des Juifs de Russie et celle des pays arabes (surtout d’Afrique du Nord, après la décolonisation).
Aujourd’hui, l’Alyah sioniste n’est plus liée au désir de construire, mais de fuir. Cette situation s’est amplifiée depuis le 7 Octobre 2023, qui a conduit à un regain de l’antisémitisme. Le journal « Le Monde », l’un des plus influents en France, s’est fait l’écho de ce sionisme de fuite. Une page entière est consacrée à ce phénomène, le jeudi 4 Décembre 2025. Une description détaillée de ce mouvement de fuite est intitulée : « On enlève la Kippa, et on rase les murs ». Aujourd’hui, les Juifs français ont peur qu’on les reconnaisse comme Juifs dans la rue. Ils ont peur des attentats généraux ou des attaques individuelles.
Nombreux sont ceux qui n’ont pas connu la Shoah ni l’enthousiasme des pionniers du sionisme, désireux de créer. Les Juifs aujourd’hui ne pensent qu’à quitter la France, et à s’installer en Israël. Parmi les jeunes, diplômés, qui ont un travail lucratif en France, nombreux sont ceux qui abandonnent leur situation pour partir. Bien évidemment et logiquement, c’est vers un État juif, dirigé par des Juifs, habité par des Juifs, c’est vers cet État que l’on se dirige. Qui aurait dit, il y a cent ans, que les Juifs auraient peur en France d’affirmer leur judaïsme ? Antisémitisme, il y a toujours eu. Le pétainisme de Vichy en a été l’illustration, mais pas à un tel point. L’immigration d’Afrique du Nord, une solidarité entre les Arabes, a détruit ce que la France représentait.
C’est à cette situation qu’il importe de faire connaître les vraies valeurs de la Torah. Après avoir vécu 400 ans en Espagne, les Juifs furent chassés en 1492. Ils étaient prospères, le judaïsme était florissant, mais ils durent partir. L’histoire d’Israël est jonchée de ces soubresauts. Au 16ème siècle, à Safed, le Arizal et Rav Yossef Karo (né en Espagne, et chassé avec sa famille à l’âge de 4 ans), l’auteur du Choul’han 'Aroukh, étaient les phares de cette période. Mais cela n’a pas duré très longtemps. Le sionisme actuel est un avatar de plus dans l’Histoire d’Israël.
Ce que l’on espérait disparu au lendemain de la Shoah s’est brutalement réveillé depuis deux ans. Le but « constructeur » du sionisme a été remplacé par la deuxième motivation : la fuite. Dans l’article cité plus haut, les Juifs répondent qu’ils ne se sentent plus à l’aise et qu’en Israël, ils se sentent plus en sécurité qu’en France. Il nous appartient de comprendre et, ensuite, de gérer cette nouvelle étape de l’histoire du peuple juif. À nous de faire en sorte que cette fuite se transforme en une construction juive, non laïque, mais fondée sur les bases de la Torah. Les centres spirituels du peuple juif, en Europe comme en Afrique du Nord, ont disparu, mais il importe de les faire vivre aujourd’hui en Israël, qui est devenu le foyer essentiel de la Torah dans le monde.
Il importe de donner tort à la femme du Rabbin Debré, citée plus haut, de craindre de voir, en Erets Israël, un état occidental en Orient – comme ce fut le cas provisoire à l’époque des Croisades. Il faut aussi donner tort au nationalisme israélien qui voudrait faire de l’État d’Israël un bastion militaire, avec une civilisation et une culture moderne. Le Juif français répond au journaliste du « Monde » : « En Israël, on mangera Cachère, on ira à la synagogue, et on enverra nos enfants à l’armée ». Cette citation a pour but, dans un journal clairement anti-israélien, de prouver que le but de l’état est militariste. N'oublions pas que pour nous, le symbole du peuple juif doit être, surtout, l’étude de la Torah : l'observance des Mitsvot, évidemment, mais cela doit être traduit par une construction spirituelle. Dans un monde mécanisé à l’extrême, l’être juif doit devenir un refuge spirituel, et doit se manifester pour ceux qui continuent l’histoire juive depuis 3000 ans. Seules les valeurs de la Torah doivent être un exemple spirituel.
La vraie construction du peuple juif sur sa terre n’est pas sa puissance physique, matérielle ; le seul ressort du peuple d’Israël doit être un essor de la Torah, de la richesse d’une spiritualité qui a traversé les siècles, et doit aujourd’hui être un abri de sainteté, de pureté, d’élévation vers l’Éternel. Telle est la vraie FOI CONSTRUCTIVE de la réalité juive.





