Deux grands médias en Israël ont récemment dévoilé un enregistrement de l’ancien premier ministre Ehoud Barak, dont les propos offensants ont provoqué un tollé dans l’opinion publique. Précisons qu’il s’agit d’un audio datant de plus d’une dizaine d’années, rendu public dans le cadre de documents liés à l’affaire Epstein, avec lequel il entretenait des relations étroites.

Qu’a-t-il dit de si choquant ? Barak se plaint du fait que, dans les débuts d’Israël, on ait accepté “tout ce qui venait”, y compris les immigrants provenant d’Afrique du Nord et du monde arabe. Selon lui, l’État pourrait aujourd’hui être plus sélectif et mieux contrôler la qualité des immigrants (!). Pour cela, il propose de récupérer le monopole que s’est approprié la Rabbanoute afin de réaliser des conversions en masse de non-juifs “désirables”. En d’autres termes, cet ancien premier ministre rêve que la population israélienne soit majoritairement ashkénaze et laïque, dans l’esprit des premiers dirigeants gauchistes du pays, quitte à importer des Goyim en Israël.

Ces propos en soi scandaleux et racistes, font aussi écho à l'expérience douloureuse des Juifs séfarades lors de leur ‘Alyah. Quittant les pays orientaux (Maroc, Irak, Yémen, Tunisie, Égypte…), les nouveaux arrivants étaient souvent pauvres, sans formation universitaire et attachés à la tradition, se distinguant ainsi des Juifs européens ashkénazes du parti travailliste, laïques et dominants à cette époque. Il y eut alors une discrimination évidente envers la population séfarade : installation dans des villes de développement ou des camps de transit sans accès à des emplois qualifiés, enfants forcés de fréquenter des écoles profanes sans enseignement du judaïsme, provoquant un abandon de leur patrimoine.

Depuis, le temps s’est écoulé, et la situation économique et politique de ces Juifs séfarades a changé ; beaucoup sont aussi revenus au judaïsme. Mais la plaie ne s’est jamais totalement refermée, d’où les réactions indignées et violentes face au discours d’Ehoud Barak. Le comble est qu’il y a une trentaine d’années, au nom des travaillistes, ce dernier avait demandé pardon aux citoyens orientaux pour tout ce qu’ils avaient subi dans les débuts de l’État d’Israël. Il apparaît que ces paroles creuses ne visaient, en réalité, qu’à obtenir des voix pour son parti politique alors en déclin.

En filigrane, derrière cette affaire, émergent deux conceptions totalement différentes, voire aux antipodes : d’un côté, ceux qui ont voulu créer un nouveau type de Juif en Israël, avec une identité nationale dépourvue de toute trace religieuse, aspirant à un État occidentalisé capable de se faire une place, culturellement et économiquement, parmi les grandes nations du monde ; de l’autre, ceux qui puisent leur source dans la Torah, prônent l’A’hdout entre Juifs, et désirent créer certes un pays moderne, mais qui sera fidèle à la tradition. Quiconque vit en Israël sait combien ces deux conceptions se heurtent continuellement. Le système juridique israélien en est l’un des exemples, s’immisçant sans cesse dans les décisions prises à la Knesset lorsqu’elles ne correspondent pas aux conceptions laïques qu’il défend.

Ehoud Barak a bien “raison” - évidemment selon ses conceptions - de penser que ces Juifs venus des pays arabes sont “indésirables”, car en réalité c’est grâce à eux que l’identité juive du pays est préservée, garantissant ainsi la continuité en terre d’Israël d’un patrimoine vieux de plus de trois millénaires.