"Je m'appelle Esther. Je suis juive de naissance, même si ma famille a tenté durant des années de dissimuler ou plutôt de minimiser notre identité juive.

Il faut dire que je suis martiniquaise de couleur, avec "une tête de maghrébine", type berbère.

Mon père étant militaire puis douanier, j'ai grandi dans différents endroits de France : Pontarlier (où je suis née), Morteau, Dieppe, Guyane Française puis Martinique. Ma mère était institutrice puis comptable. Depuis des générations, bon nombre de ma famille occupent des postes dans l’administration française (consulat français, hauts fonctionnaires et autres fonctions de direction pour l'Etat français, etc.) qui les amènent à voyager. Le premier énarque de la Martinique est d'ailleurs mon cousin.

Mes origines juives n'ont jamais été un problème. Mais mon grand-père et d'autres membres de ma famille (non pratiquants) pensaient qu’il valait mieux rester discret sur le sujet.

Quand j'étais jeune, je croyais que seul mon grand-père paternel était juif et que j'appartenais à la septième génération de sa branche martiniquaise. 

Jusqu’au jour où, lors d’un débat avec mon grand-père maternel sur son "absurde" rêve d'un retour en Israël et de sa manie d'étudier des livres juifs en cachette, il me répondit, tranquillement (il avait un humour très tranquille) : “De toute façon, tu es juive, que tu le veuilles ou non. Ta mère est juive et tu es juive !” Je ne savais même pas que ma grand-mère maternelle était elle aussi juive.

J'avais 15 ans.

Mon grand-père avait besoin de dissimuler son attachement à son identité juive par la fréquentation épisodique de chrétiens évangéliques.

J'avais remarqué que ma grand-mère ne s'habillait pas en madras (tenue traditionnelle antillaise), qu'elle affectionnait son châle, qu'elle ne lisait que des Psaumes et que nous habitions un quartier de privilégiés, mais de là à penser que j’étais juive...

Bref, ce fut un choc.

Au cours de ma vie, j'ai pratiqué sans le savoir les rites de nos ancêtres juifs, mais je ne me considérais pas comme juive, parce que mon identité de femme de couleur me semblait plus importante que mon identité juive.

J'ai subi, dès ma plus tendre enfance, du racisme de tout genre, on me traitait parfois de "sale arabe” (malgré que je sois martiniquaise) ou on m’accusait devant moi et ma famille de n'être que des "sales juifs".

C’est seulement des années plus tard, dans le cadre de mon travail artistique, que je me suis intéressée à mes racines juives Séfarades. Sans avouer mon judaïsme, j’ai demandé à des connaissances juives où je pouvais me renseigner sur leur religion.

C'est ainsi que j'ai découvert Torah-Box.

Grâce au site, j’ai pu remonter le fil rouge et découvrir l'histoire douloureuse de ma famille maternelle et de la famille commune de mon père et ma mère. J’ai appris que les juifs avaient été chassés de la Martinique et avaient été obligés d'utiliser des ruses pour rester ou revenir sur l'île. 

J'ai découvert aussi l'histoire de la famille de ma grand-mère juive du Panama et d’où venaient mes origines marocaines.

Le plus drôle (j'appelle cela l'humour de D.ieu), c’est que, dans le cadre de mon enquête, j'ai commencé à écouter la lecture de la Torah en hébreu. J'ai constaté que je comprenais certains mots naturellement, que la langue hébraïque m'était familière, mais surtout que cela me nourrissait telle une plante abreuvée d’eau.. L'entendre m'apaisait.

J'ai même reconnu certains chants que m'avait appris ma mère et ma grand-mère dont j’ignorais l’origine.

Pour le Chabbath, je me suis fait piéger de la même manière. J'ai goûté au repos du Chabbath. Ensuite, j'ai voulu cesser de l’observer, mais j'ai constaté que mon corps se mettait en hibernation malgré moi dès que le Chabbath arrivait. Alors, j'ai décidé de ne plus résister et d'accepter mon identité juive.

Au début de ma quête spirituelle, j'ai rêvé de mon grand-père. Il m'a montré (dans le rêve) un logement où les murs étaient ocres et rouges pourpres avec des meubles anciens (il était ébéniste). Le logement semblait avoir été ravagé par le temps. Je ne sais pas si c'était un appartement ou une maison, car la scène se passait à l'intérieur et je ne voyais pas les ouvertures. Les meubles rappelaient les logements bourgeois du 18ème siècle.

Il m'a dit : "Quand tu auras terminé ton travail (spirituel), la maison sera reconstruite."

J'ai voulu abandonner cette enquête parce que je suis très fière d'être de couleur et que, comme aime dire ma mère : "Le comble pour un noir, c'est d'être juif !".

Mais me voilà toujours là, à suivre Torah-Box. Grâce au site, je peux continuer mon travail de recherche identitaire, m'arrêter quand c'est trop difficile émotionnellement pour moi (notre histoire juive martiniquaise est douloureuse), et découvrir, me réapproprier mon identité juive.

Aujourd’hui, je me suis réapproprié les gestes de ma grand-mère, comme faire Nétila et lire les Téhilim. Elle aimait s’asseoir sur sa berceuse et me demandait de lui en lire. Je respecte aussi le Chabbath et lis la Paracha chaque jour.

Alors merci pour tout ce que vous m’apportez et bonne continuation."

 

Léa Nabet d'après un témoignage reçu 

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