« Ce sont Aharon et Moché à qui Hachem dit : " Faites sortir les enfants d’Israël du pays d’Égypte, selon leurs légions." Ce sont eux qui parlèrent à Pharaon, roi d’Égypte, afin de conduire les enfants d’Israël hors du pays d’Égypte ; il s’agit de Moché et d’Aharon. » (Chemot, 6:26-27.)

Rachi explique, sur les mots « Il s’agit de Moché et d’Aharon » : Ils furent intègres dans leur mission et vertueux du début à la fin. »

Rachi rapporte une guemara dans le traité Meguila qui énumère des versets quant à la droiture de personnalités remarquables. Seule une seule autre personne est mentionnée, dans le même ordre d’idées, comme étant loyale et vertueuse du début à la fin : il s’agit d’Avraham Avinou [1]. Pourquoi la Thora ne fait un tel éloge que sur ces trois hommes ?

Il semblerait que ces trois personnes furent confrontées à des défis tels, qu’il aurait été impossible pour quiconque n’ayant pas atteint leur niveau de grandeur, de les surmonter. Une personne ordinaire aurait succombé aux difficultés et n’aurait pas réussi à garder une conduite exemplaire.

Avraham Avinou, déjà à l’âge de trois ans, fut à la hauteur de reconnaître Hachem – dès ce moment, il fit face à une pression incroyable pour qu’il rejette ses nouvelles croyances en faveur de l’idolâtrie prédominante. Néanmoins, il resta ferme, prêt à sacrifier sa vie et à être jeté dans la fournaise de Our Kasdim. Hachem continua de le mettre à l’épreuve en le plaçant dans des situations où il devait aller à l’encontre de sa bonté infinie, comme lors du renvoi de son fils Ichmaël, et, bien sûr, de la Akéda durant laquelle il reçut l’ordre de tuer son fils bien-aimé, Its’hak. Au cours de toutes ces épreuves, il aurait pu hésiter quelque peu, et se demander pourquoi Hachem lui enjoignait d’accomplir des actions si contradictoires avec les croyances qu’il avait propagées avec tant d’ardeur [2]. Malgré tout, il demeura inflexible, ce qui lui permit de maintenir les hauts niveaux qu’il avait atteints dans son enfance.

Moché et Aharon, en tant que libérateurs du Klal Israël, rôle qui leur incomba pendant plus de quarante ans, furent confrontés à plusieurs défis et épreuves qui auraient facilement pu les faire chanceler, à commencer par leur premier échec à améliorer le sort des Juifs durant l’esclavage. Puis, il y eut les nombreuses fois où le peuple juif se retourna contre eux, les accusant de les avoir amenés dans le désert pour les faire périr, et fut même prêt à les tuer. [3] De plus, ils endurèrent de sévères épreuves durant l’Exode, telles que les conséquences de la faute des explorateurs. Pourtant, leur détermination à accomplir le rôle qu’Hachem leur avait octroyé au départ ne faiblit jamais. Ainsi, ‘Hazal nous disent qu’ils étaient aussi valeureux à la fin de la longue et laborieuse saga de la sortie d’Égypte, qu’à son début.

Évidemment, nous ne pouvons aspirer à atteindre la force d’Avraham, de Moché et d’Aharon qui parvinrent à maintenir leur niveau spirituel durant toutes ces épreuves, mais leur exemple nous enseigne une leçon édifiante. Une personne qui fait preuve de bonnes qualités et de émouna (foi) quand tout va bien est, certes, louable, mais le vrai test de sa vertu se fait lorsqu’elle est placée dans des situations délicates – est-elle alors capable de garder ses valeurs ou bien c’est son yétser hara qui prend le dessus ? Développons cette idée à travers deux illustrations :

Le ‘Hazon Ich, dans son ouvrage sur le bita’hon (confiance, foi), donne l’exemple de Réouven qui exprime constamment sa émouna et affirme que tout ce qu’il possède provient d’Hachem ; il reconnaît et proclame que son gagne-pain dépend entièrement d’Hachem, et qu’il ne faut jamais se faire de souci à ce sujet. Or, dès que Chimon ouvre un commerce concurrent à celui de Réouven, la émouna de ce dernier s’évanouit et il se met à appréhender le futur. Il commence à se plaindre de son nouveau rival, et cherche même à lui faire fermer boutique, par des moyens peu déontologiques. La émouna de Réouven paraissait forte lorsque tout allait bien, mais devant l’épreuve, il ne manifesta pas suffisamment de bita’hon [4].

Rapportons, pour deuxième exemple, une expression de ‘Hazal selon laquelle on peut évaluer une personne en observant son attitude vis-à-vis de l’argent, quand elle est ivre, et – le cas le plus pertinent ici – sa façon de réagir dans une situation qui déclenche la colère [5]. Son calme habituel n’indique pas forcément de réelles bonnes midot (qualités). Son vrai niveau peut être mesuré si elle sait garder son sang-froid malgré la pression.

Nous avons appris, grâce aux exemples d’Avraham, de Moché et d’Aharon, que la vraie grandeur est déterminée par le comportement de quelqu’un dans les moments difficiles. Puissions-nous tous aspirer à les émuler, à notre niveau.



[1] Meguila 11a. La guemara fait aussi une liste de réchaïm qui restèrent « fermes » dans leur perversité ; Essav, Dattan et Aviram, A’hachvéroch et A’haz

[2] En effet, ‘Hazal nous affirment que le Satan fit plusieurs tentatives pour le persuader de ne pas accomplir la Akéda.

[3] Comme ce fut le cas avec Aharon lors de la faute du veau d’or.

[4] Voir Émouna et Bita’hon du ‘Hazon Ich, Ch. 2, 2e partie.

[5] Erouvin, 65 b.