« Moché fit assembler toute la communauté des enfants d’Israël, il leur dit : "Celles-là sont les paroles qu’Hachem a ordonné de faire. [Pendant] six jours, le travail sera fait, et le septième jour sera pour vous sainteté, un Chabbat de chômage [consacré] à Hachem ; quiconque y fait un travail sera mis à mort. » (Chemot 35,1-2)

La Paracha commence par nous raconter que Moché Rabbénou rassembla (Vayakel) toute la nation pour lui donner de brèves instructions concernant le Chabbat puis des injonctions plus détaillées sur la construction du Michkan. Les commentateurs soulignent que le terme employé pour parler du rassemblement n’est utilisé nulle part ailleurs dans la Torah et ils expliquent de diverses façons l’accent mis, précisément à ce moment, sur le rassemblement que fit Moché de l’ensemble du peuple. Cet événement eut lieu peu de temps après la faute du veau d’or et l’un des reproches faits aux Juifs en cette occasion, fut leur manque d’unité. Celui-ci se manifesta tout d’abord, par le meurtre de ’Hour qui les avait réprimandés. De plus, le Talmud Yérouchalmi affirme que chaque tribu façonna et vénéra un veau différent, ce qui montre que même dans leur rébellion contre Hachem, ils n’étaient pas unis. Rav Yaacov Kamenetsky souligne que Moché les réunit précisément à cet instant, pour rectifier le manque d’unité dont ils avaient fait preuve.

Une autre question peut alors être soulevée. Avant de détailler longuement les détails de la construction du Michkan, Moché rappelle aux Bné Israël la Mitsva de Chabbat, qui a préalablement été mentionnée plusieurs fois dans la Torah. Pourquoi était-il nécessaire de parler à nouveau de ce sujet à cet instant précis ? Rachi explique que la mention du Chabbat précédant les lois du Michkan nous enseigne que la construction de ce dernier reste soumise aux lois du Chabbat. On peut ajouter que la Torah voulut insister sur le lien entre l’unité au sein du peuple juif et son respect du Chabbat. Selon, le Lékha’h Tov[1], le verset précité indique que pendant Chabbat, les gens se rassemblent dans les maisons d’étude et étudient ensemble les lois relatives au Chabbat. On voit, là aussi, un lien direct entre le Chabbat et l’indivisibilité du peuple.

Ce concept est lié au Chabbat plus qu’à n’importe quelle autre Mitsva. Pendant Chabbat, dans la Amida de Min’ha nous disons : « Tu es Un, Ton Nom est Un et qui est comme Ton peuple, Israël, nation unique sur terre. » Cette prière montre l’unicité du peuple juif, dans son service divin.

Rav Méir Tsvi Bergman[2] évoque cette idée quand il parle de la Néchama Yétéra que nous recevons pendant Chabbat. Il écrit : « Il semble que le Néfech de Chabbat est la Néchama Yétéra qui provient de "Celui dont tous les êtres vivants dépendent", il ne s’agit pas d’une âme différente pour chaque membre du peuple d’Israël, mais plutôt d’une même âme à laquelle tout Israël est lié, il s’agit de la Néchama de Chabbat et elle unifie le Klal Israël. » Bien que profonde, cette idée prise au sens simple indique que la Néchama Yétéra de Chabbat comprend l’âme de tout Juif. Nous savons que le peuple juif est à tout moment, considéré comme une seule entité, mais on dirait que pendant Chabbat, l’unité du peuple juif atteint un niveau plus élevé.

Le Chem Michmouël[3] demande pourquoi il n’y a pas de Mitsva de Réiya (de se rendre au Beth Hamikdach) pendant Chabbat, comme c’est le cas pendant Yom Tov. Il explique que spirituellement parlant, le peuple juif forme une seule entité et il n’est donc pas nécessaire que chacun aille au Beth Hamikdach, il suffit que les Kohanim et les personnes impliquées dans le service du Mikdach le fassent et l’on considère que toutes les âmes juives s’y trouvent, bien qu’elles en soient physiquement éloignées. En revanche, pendant Yom Tov, les Bné Israël n’atteignent pas le même niveau d’unité et chacun est donc tenu de se rendre personnellement au Beth Hamikdach.

De quelle manière ces idées sont-elles pertinentes dans nos vies ? Tout d’abord, il est évident qu’il faut veiller, particulièrement pendant Chabbat, à éviter toute Ma’hloket (discorde), parce que c’est l’antithèse de ce que représente le Chabbat. Notons, deuxièmement, que de nos jours, la majeure partie des Juifs à travers le monde ne respectent pas le Chabbat. Étant donné l’unité accrue des Juifs en ce jour, cela signifie que notre respect du Chabbat n’est pas complet si autant de gens n’en savent rien[4]. L’une des solutions au problème est d’inviter des Juifs chez soi le Chabbat pour leur montrer la beauté de cette journée unique. On sait que dans le monde du Kirouv, le Chabbat est l’une des façons les plus efficaces de rapprocher nos frères du judaïsme. De nombreuses personnes commencèrent une vie conforme à la pratique des Mitsvot grâce au fameux projet visant à ce qu’un maximum de Juifs respecte au mieux un Chabbat par an. Ainsi, une multitude de Juifs, de tous milieux, se lient les uns aux autres par leur observance commune du Chabbat.

 

[1] Écrit par le Rav Moché Nagara, rapporté dans Chaaré Aharon, Vayakel 35,1.

[2] Chaaré Ora, 1er vol., rapporté par Ohel Moché, Chémot, p. 759.

[3] Chem Michmouël, Parachat Bo, Chémot 5677, rapporté par Ohel Moché, ibid.

[4] Il est vrai que le concept de Kol Israël Arévim Zé Lazé s’applique à chaque Mitsva, mais il semble que c’est d’autant plus le cas pour le Chabbat, l’accent étant mis, en ce jour, sur l’unité de la nation.