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Assimilation & vin Mévouchal ou non

Rédigé le Mardi 9 Août 2016
La question de Lea M.

Bonjour Rav,

Le vin, bien que cuit, possède toujours sa capacité à enivrer, et, de plus, les vins Mévouchal sont aujourd'hui les plus répandus, ce qui donne encore plus d'occasions de boire avec des Goyim.

Alors que diffère le vin Mévouchal du non-cuit dans le domaine des risques d'assimilation ?

La réponse de Rav Avraham GARCIA
Rav Avraham GARCIA
5083 réponses

Chalom Ouvrakha,

Vous posez une excellente question, et votre argumentation est reprise par plusieurs Rabbanim qui n'autorisent pas les vins Mévouchal de nos jours, puisqu'ils ne sont que pasteurisés et que le goût est identique à tous les autres vins qui sont eux aussi pasteurisés de la même manière.

Nous allons tenter de rapporter tous les avis pour bien comprendre la discussion à ce sujet.

Je voudrais juste rendre hommage à mon maître, le Rav Nissim Rebibo, avec qui j'ai eu le mérite d'étudier et de partager ce thème en particulier.

1) Selon la simple compréhension du Ran et du Rachba, pour que le vin soit considéré comme cuit, il faut qu'il boue jusqu'à ce qu'il y ait une évaporation qui amoindrit le vin de son volume (Chakh Yoré Déa 123-3 au nom du Rachba et du Ran rapporté dans le Beth Yossef; voir aussi responsa des Guéonim page 77 et Ramban 'Avoda Zara 30a qui insiste sur cette évaporation).

En principe (si je comprends bien), il s'agit justement de l'alcool qui s'évapore en premier lieu, et il y a donc moins d'alcool dans ce vin (comme vous le faites remarquer). Voilà déjà un premier problème pour nos vins qui ne sont que pasteurisés, et l'alcool est soigneusement conservé et n'observe aucune différence de niveau du vin.

2) Ainsi, nous savons par ailleurs que, théoriquement, le vin qui provient de raisins qui n'ont pas muri n'est pas sujet à l'interdiction du toucher par un non-juif (Maga' 'Akoum), et pourtant, nous pouvons constater des Richonim (Rabbénou Tam qui s'est étonné de l'avis du Rav Méchoulam dans le traité 'Avoda Zara 29b et le Rpch qui est d'accord avec cette question) que si tous les vins du pays ne sont pas bons, par exemple si tous les raisins n'étaient pas murs et que tous les vins ont été fait à partir de ce raisin (comme cela s'est passé en France au 11ème siècle), on ne pourra plus permettre ce vin si un non-juif l'a touché.

En effet, à partir du moment où le vin devient habituel et qu'il n'y a rien d'anormal, puisque tous les vins ont un goût identique, cela fait sauter la dérogation, car la dérogation a un sens, c'est qu'il s'agit d'un vin "anormal" à son goût, et cela crée une séparation entre le juif et le non-juif, ou, en tout cas, le non-juif ne viendra pas à verser de ce vin "anormal" pour une idole.

Selon cette deuxième information, on ne peut pas permettre le vin pasteurisé puisque tous les vins sont pasteurisés (comme le vin fait à partir de raisin qui n'était pas mur).

Et même selon les Richonim qui permettent ce vin (réalisé à partir de raisin pas mur), il est fort probable que ce n'est que ponctuellement, pour une année, mais pas systématiquement (Ritba dans 'Avoda Zara, et voir langage du Méiri sur place).

3) De plus, pour élucider cette énigme, nous devons comprendre la raison pour laquelle nos Sages ont permis le vin cuit, et le Rambam (chapitre 11-9 de Maakhalot Assourot) nous explique que la raison est que le vin cuit n'est plus apte à être versé pour réaliser un acte d'idolâtrie, et il nous explique encore (chapitre 6-9 des Issouré Mizbéa'h) que ce vin a un goût différent.

4) Enfin, et c'est ce que vous posez judicieusement comme question, le Roch ('Avoda Zara chapitre 2) insiste bien sur le fait que le vin cuit (bien qu'il ne soit pas versé pour les offrandes idolâtres) c'est encore insuffisant tant qu'il est habituel et commun, car il y a encore une autre raison au décret de nos Sages en ce qui concerne le vin d'un non-juif, qui est de se lier d'amitié avec celui-ci et en arriver, 'Hass Véchalom, à un mariage mixte. Or, pour que cette amitié ne prenne pas naissance, il faudra aussi que ce vin soit inhabituel (dans son gout), et cela "casse" la familiarité néfaste. Le Ritba va dans le même sens.

Selon cette dernière explication du Rambam et du Roch, on ne peut pas permettre le vin pasteurisé de nos jours, puisque son goût est identique à tous les vins et qu'il est habituel.

Certes, l'idée du Roch ne fait pas l'unanimité (Ran et Tour, ainsi que Taz et Rabbi Akiva Eiguer, et autres), mais l'avis du Rambam est difficilement réfutable. Selon d'autres encore, le Tour serait éventuellement d'accord avec son père s'il est question de boire en compagnie du non-juif, et tout ce que le Tour permet c'est uniquement si un non-juif a touché le vin, mais pas boire en sa compagnie.

Et surtout si on tient comme le Pricha qui associe le Tour avec l'avis de son père, le Roch. Il n'y a pas de raison majeure qui pousserait le Beth Yossef à ne pas considérer l'avis du Rambam cité dans la note numéro 3.

5) Certains ont tenté de dire que l'on ne peut interdire le vin pasteurisé, puisque nos Sages ont permis les vins cuits. Peu importe si, plus tard, tous les vins sont cuits, leur dérogation reste en vigueur, et l'interdire est considéré comme innover un nouveau décret, ce qui n'est pas possible.

Mais cet avis ne fait pas l'unanimité. En effet, nos Sages n'ont jamais explicitement autorisé les vins cuits, mais les vins cuits n'ont pas été traité du fait qu'ils étaient rares, et leur dérogation a été donnée de manière implicite, comme l'explique le Ritba (qu'ils n'ont jamais été inclus dans ce décret). C'est donc que si subitement dans l'histoire tous les vins sont cuits ou pasteurisés (pour des raisons d'hygiène), ils deviendront désormais inclus dans le décret, car ils n'ont jamais été explicitement exclus.

De plus, tout le monde est d'accord que le vin non cuit est interdit et que le vin cuit est permis, mais notre problème est de savoir si le vin pasteurisé s'appelle cuit ou pas. On ne peut pas argumenter pour le permettre en disant que c'est un nouveau décret, car il n'y a rien de nouveau, et nous cherchons à savoir est-ce que cette forme de mi-cuisson qui se nomme "pasteurisation" est incluse dans la catégorie des vins cuits.

6) Nous retrouvons aussi que le Rachba (Torat Habayit dans le Bayit 5 Cha'ar 3) exige que le vin ait un goût et une odeur différents, et il ne doit pas être catalogué comme "vin" pour être autorisé (Chémo-Ré'ho-Ta'amo), c'est-à-dire qu'il doit avoir un nom composé, par exemple "vin-cuit" (comme vin doux ou sec etc.).

Le Méiri ('Avoda Zara 29) va dans le même sens et ajoute qu'il faut qu'il y ait une différence, soit de goût, soit d'odeur ou de couleur, pour permettre, car, une fois que le vin est marqué par la différence, il perd de son charme et il n'est plus agréable de le verser pour de l'idolâtrie (voir Méiri Baba Batra 97). De nos jours, on ne peut donc pas permettre un vin pasteurisé puisqu'il ne dissocie en rien des autres vins.

7) Ajoutons à tout cela que le Roch (rapporté dans le Beth Yossef) interdit le vin auquel on aurait ajouté du miel (le Rambam et le Choul'han Aroukh le permettent si le goût a changé), et le Roch argumente son avis en nous expliquant que la dérogation n'a été donné que pour un acte qui est difficilement réalisable pour tous les vins (cuire tous les vins), mais mélanger un peu de miel dans du vin n'est pas difficile à réaliser, et c'est pour cela que c'est interdit.

Nous pouvons donc tirer comme conclusion que, de nos jours où la pasteurisation est une étape obligatoire à réaliser pour tous les vins, cela ne suffira pas pour permettre, et, même le Rambam qui permet le vin auquel on aurait mélangé du miel ne le permet que parce que le mélange du miel change le goût du vin, et, c'est pour cela que, malgré la facilité relative à réaliser cet acte, la conséquence sur le goût autorise ce vin, or, pour un vin pasteurisé, ce ne sera pas permis.

8) Nous allons conclure en donnant comme exemple le "Tamad" (après avoir trempé des peaux de raisin dans de l'eau, on extirpait l'eau qui obtenait alors un goût et une apparence de vin). Ce Tamad est interdit comme le vin, et la raison est rapportée dans le Roch (Baba Batra chapitre 6, Siman 9) au nom du Raavad, qui nous explique que ce Tamad peut être confondu avec du vin et qu'il est probable que les non-juifs versent de ce Tamad pour leurs offrandes idolâtres.

Le Choul'han Aroukh (Yoré Déa 123-9) nous rapporte uniquement la première raison, à savoir que ce Tamad peut être confondu avec du vin. Il en ressort clairement que le vin pasteurisé n'est pas moins confondu que le vin non pasteurisé et qu'il faudra l'interdire.

9) Nous avons déjà fait mention des avis qui autorisent le vin mélangé avec du miel (Rambam et Choul'han Aroukh), mais faut-il encore savoir que plusieurs Richonim ne sont pas d'accord avec cela (mis-à-part le Roch que nous avons déjà cité); il s'agit du Ramban, du Rachba, et du Ran.

La question centrale que posent ces Richonim consiste à dire que nous ignorons ce que les non-juifs versent dans le cadre de leur culte idolâtre, et il est tout à fait possible que les vins mélangés au miel sont eux aussi apportés et versés en offrandes (bien que les Bné Israël ne le font pas pour leur culte, Léhavdil), et ne peuvent avoir de dérogation que les vins cuits pour lesquels nos Sages nous ont explicitement informés qu'ils ne sont pas versés par les idolâtres. Car, pour permettre, il faut avoir la certitude que ce vin n'est pas apte au versement idolâtre (voir Pardess Hagadol de Rachi, responsa 267 et Tachbets 85).

Nous pouvons donc déduire que, de nos jours, nous ne savons pas si les vins pasteurisés sont versés à titre d'offrande idolâtre, et nous devons les interdire (de nos jours, les idolâtres versent les vins même s'ils sont pasteurisés), et, même le Rambam qui autorise les vins mélangés avec du miel ne l'autorise que parce que ce vin a un autre goût, comme il l'a lui-même écrit, et comme le Choul'han Aroukh le rapporte (ou parce qu'il était évident pour le Rambam que les non-juifs n'offraient pas de vin mélangé avec du miel).

10) Jusque là, nous avons rapporté les arguments des avis qui interdisent le vin pasteurisé, et cela va dans le sens de votre question.

A présent, nous allons tenter (non sans mal) d'expliquer l'avis de ceux qui permettent, avec, en tête, le grand Rav Ovadia Yossef (Yabi'a Omer tome 8 Yoré Déa 15), qui nous explique que les Richonim qui ont exigé que le vin arrive à ébullition et qu'il diminue de volume (voir note 1), n'avait que l'exigence que le vin arrive à ébullition, et nous pouvons imaginer que son volume s'est amoindri, mais ce n'est pas une exigence ou une condition impérative.

C'est pour cela que, bien qu'il y ait un couvercle hermétique qui empêche les vapeurs d'alcool de s'échapper et ces vapeurs retombent dans le vin qui n'aura pas diminué de volume, cela est considéré comme du vin cuit (Rav Bentsion Abba-Chaoul dans son livre Or Letsion tome 2, chapitre 20, note 19, n'est pas d'accord avec cette théorie).

A présent, nous devons répondre aux avis des Richonim qui exigent que le goût du vin soit différent (voir note 3, 4, 6, 7, et 8).

Sur ce, écrit le Rav Ovadia, que, puisque les Guéonim (le Rachba, le Ran, et autres) nous ont écrit que le vin bouilli n'est pas sujet au "Magua Nokhri" (l'interdit qu'un non-juif touche au vin), et que le Choul'han Aroukh a tranché ainsi (que le vin cuit est permis), on n'exigera pas que le goût soit différent.

A ce stade, nous avons du mal à comprendre ce que le Rav a voulu exprimer, puisqu'il est évident que le vin cuit est permis, mais la question était de savoir si cette cuisson devait arriver à un tel stade que le goût soit diffèrent ou pas ? Et, sur cette question, le Rachba lui-même l'a exigé (?) (rapporté note 6), ainsi que le Rambam (note 3), le Roch, et le Ritba (note 4), ainsi que le Méiri (note 6), et le Choul'han Aroukh (note 8).

De plus, le Rav 'Hida, dans son livre "Kikar Laéden" (page 162) l'exige aussi. Le Beth Yossef nous apporte l'avis du Roch lui-même, qu'il faut que ce soit un acte qui soit difficilement réalisable pour tous les vins (note 7). Nous avons aussi les avis des Richonim susmentionnés, qu'il faut que ce ne soit pas habituel, comme Rabbénou Tam, Roch, et Ritba (note 2), et le Erekh Hachoul'han (Rav Its'hak Taieb 123-4) exige que le non-juif remarque que le goût de ce vin est différent, et c'est ainsi que témoigne le Rav Méir Mazouz que son père faisait, il faisait bouillir le vin jusqu'à ce que celui-ci diminue de volume.

Dans un second volet, le Rav Ovadia nous explique que l'on ne peut pas innover un nouveau décret et interdire le vin pasteurisé, car, de nos jours, tout le monde pasteurise. Sur cette idée, nous avons déjà rapporté les avis qui contestent (note 5). De plus, nous avons rapporté les Richonim qui exigent que l'on ait la certitude que les non-juifs ne versent pas ce vin pour leur idole (note 9), ce qui n'est certainement plus le cas de nos jours avec les vins qui sont uniquement pasteurisés.

C'est peut-être pour toutes ces raisons que même le Rav Ovadia Yossef ne le permet pas a priori, mais uniquement a posteriori, car un calcul rapide nous montrera que la grande majorité des Richonim n'accepteraient pas de considérer le vin pasteurisé comme cuit.

1) Les Guéonim et le Ramban, et la simplicité des propos du Rachba et du Ran comme quoi il faut une évaporation,

2) Rabbénou Tam, le Roch, et le Ritba qui exigent que ce ne soit pas un vin habituel,

3) Le Rambam qui exige que le goût change, ainsi que le Roch, le Ritba, le Rachba, et le Méiri ,

4) Le Roch qui exige que l'opération à réaliser soit difficile et embêtante,

5) Notre vin est au moins comme le Tamad, et, pour le permettre, il faut qu'il ait un goût différent (Choul'han Aroukh 9),

6) Le Rachi et le Tachbets qui exigent que nous soyons certains que ce vin ne fasse pas l'objet d'un versement idolâtre, ce qui n'est certainement pas le cas de nos jours.

J'ai eu l'occasion de parler avec beaucoup de Rabbanim à ce sujet, et je me suis permis aussi de poser la question à quelques-uns d'entres eux, comment pouvaient-ils écrire sur leur vin "Yayine Mévouchal" (vin cuit) alors que ce vin est simplement pasteurisé et qu'il fait l'objet d'une grande discussion, et j'ai reçu deux réponses intéressantes.

Un Rav m'a remercié et m'a certifié que, dorénavant, il marquera "Yayine Méfousstar" (vin pasteurisé). J'ai personnellement admiré la droiture de ce Rav. Et un autre Rav m'a répondu la phrase suivante : "celui qui boit de mon Hékhchèr boit aussi mes décisions hilkhatiques et mes dérogations, et, puisque j'ai décidé de permettre et de considérer ce vin comme cuit, je me permets d'écrire vin cuit". Personnellement, je respecte tout à fait ce point de vue, mais il m'a montré une fois de plus qu'il faut bien se renseigner sur l'identité du Rav qui donne le Hékhchèr et vérifier si ses exigences hilkhatiques sont suffisantes et conviennent aux nôtres.

Après quelque temps, j'ai pu me rendre compte que, sur certaines bouteilles, il est écrit "Yayine Méfousstar Chédino Kédine Mévouchal" (vin pasteurisé qui est considéré comme cuit).

En conclusion : je suis personnellement d'accord avec votre point de vue, et il faut éviter à tout prix de considérer les vins pasteurisés comme cuits, et, éventuellement, en cas de force majeure.

Kol Touv.

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