Dans quels cas est-il permis de mentir ?

Rédigé le Mardi 20 Août 2019
La question de B Z.

Bonjour Rav,

Je sais que dans certains cas il est permis de changer la vérité pour certaines choses, comme pour la paix.

Quels sont ces cas ?

Quelle en est la raison, car finalement, d'une certaine manière, il "ment" ?

Merci d'avance.

La réponse de Rav Gabriel DAYAN
Rav Gabriel DAYAN
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Bonjour,

L’origine de cette Halakha

Toute vérité n’est pas bonne à dire. Si le but du mensonge est constructif et qu’il n’entraîne aucune perte à qui que ce soit, il devient permis dans certains cas. Il perd son caractère négatif et devient positif. De la même manière que pour construire, il faut, parfois détruire, au préalable.

Lorsque Sarah Iménou - âgée de 89 ans - entendit l’ange, annoncer qu’elle allait avoir un enfant, elle rit et s’exclama en disant : « Après être si âgée, me serait-il possible de retrouver la fraîcheur d’une jeune femme - Alors que mon mari est vieux ? » Béréchit, chapitre 18, verset 12.

Sarah Iménou accusa ou plutôt, fit une remarque « déplaisante » à propos d’Avraham Avinou.

Hachem s’adressa à Avraham Avinou et lui dit : « Pourquoi, donc, Sarah a-t-elle rit en disant : « Est-ce qu’en vérité, j’enfanterais alors que je suis âgée… ? » Béréchit, chapitre 18, verset 13.

On voit bien que Hachem a rapporté les paroles de Sarah Iménou d’une manière différente, et ce, afin de ne pas troubler la paix au sein de son foyer.

Voir Talmud Baba Métsia 87a et Rachi sur Béréchit, chapitre 18, verset 13.

Une autre source

Lorsque Avraham Avinou s’apprêtait à offrir Its’hak, il s’adressa à ses deux « garçons » [Eliezer et Yichmaël] : « Restez ici avec l’âne […] et nous reviendrons vers vous ». Voir Béréchit, chapitre 22, verset 5 et Talmud Moède Katan 18a.

Comment Avraham Avinou a-t-il pu dire qu’il reviendrait avec Its’hak alors qu’il avait l’intention de l’offrir sur l’autel ?

Rabbi Ovadia Sforno explique : c’est afin que les deux garçons ne l’empêchent pas d’accomplir l’ordre de Hachem.

Il y a d’autres réponses à ce sujet. Voir Rabbi Avraham Ibn Ezra, Haktav Véhakabala [Rav Yaacov Tsvi Mikelnborg] et Emeth Kené [Rav Yaniv ‘Aziz], chapitre 3, note 1.

Quelques exemples

Il serait imprudent de proposer des règles générales car cela pourrait porter à confusion et induire en erreur.

Voici, cependant, quelques exemples :

Exemple 1

Si Rivka a dit du Lachone Hara’ sur Sarah en présence de Léa.

Sarah demande à Léa : « Quel était le sujet de discussion entre toi et Rivka ? »

Léa ne doit absolument pas dire la vérité !

Voir ‘Hafets ‘Haïm, Hilkhot Rékhilout, Klal 1, Halakha 8.

Exemple 2

Si l’on se trouve dans une situation où il faut dire une chose qui n’est pas vraie, afin de pouvoir accomplir une Mitsva, sans quoi, on perd la Mitsva - cela est permis.

Voir Nive Sefatayim [Rav Na’houm Yabrov], chapitre 3, Halakha 1.

Exemple 3

Il est permis de ne pas dire la vérité pour éviter une perte d’argent. Voir Talmud Yoma 83b

Exemple : il est permis de dire à l’emprunteur que l’on a besoin d’argent afin de récupérer son prêt.

Exemple 4

Deux amis ont acheté un appareil ménager, mais l’un d’entre eux, a égaré la facture.

Quelques mois après l’achat, l’appareil, encore sous garantie, ne fonctionne plus.

La question qui se pose :

Est-il permis à l’acheteur d’utiliser la facture de son ami afin de bénéficier de la garantie ?

Réponse : cela est permis !

Voir l’excellent développement du Rav Hillel Its’hak Halévi dans Michepeté Halévi, volume 2, réponse 2, pages 41-77

Exemple 5

Il est permis de mentir si l'on craint de subir les mauvaises conséquences du 'Ayin Hara' - s'il n'y a aucune autre solution.

Voir Voir Achré Haïch [Rav Yossef Chalom Elyachiv], page 192 et Yedé Cohen-Kountrass Emet Laamita [Rav Yossef David Cohen], chapitre 8, Halakha 6, Nive Sefatayim [Rav Na'houm Yabrov - édition 5771], chapitre 4, Halakha 1.

Exemple 6

Il est permis d’écrire sur la clôture de son jardin « Attention chien méchant ! » - même si l’on ne possède pas de chien - pour faire fuir ceux qui ignorent l’interdiction de voler. Voir Yedé Cohen-Kountrass Emet Laamita [Rav Yossef David Cohen], chapitre 8, Halakha 2, note 158.

Exemple 7

Il est permis de dire à un voleur que les fruits que l’on possède, appartiennent au roi, afin qu’il ne les prenne pas. Voir, par exemple, Talmud Nédarim 27b et le Choul'han ‘Aroukh - Yoré Déa, chapitre 232, Halakha 14.

Exemple 8

Il est permis de ne pas dire la vérité afin de réconforter son ami.

Voir Nive Sefatayim [édition 5771], chapitre 4, Halakha 9.

Exemple : si un ami n’a pas une bonne Parnassa, il est permis de lui dire : « Moi, également, je n’ai pas une bonne Parnassa et voilà comment je me débrouille. Je prie, je fais récite correctement, mon Birkat Hamazone et je suis certain qu’Hachem va m’aider….»

Exemple 9

Il est permis de ne pas dire la vérité pour éviter de transgresser une ‘Avéra.

Si l’on est en présence de personnes qui ignorent l’interdiction du Lachone Hara’, il est permis de leur dire : « J’ai un rendez-vous, je dois vous quitter »

Voir Nive Sefatayim [édition 5771], chapitre 9, Halakha 7.

Il y a encore beaucoup à dire à ce sujet.

Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.

Qu’Hachem vous protège et vous bénisse.

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