Les 'Avérot annulent-elles les Mitsvot ?

Rédigé le Mardi 10 Mars 2020
La question de Wisley Aharon R.

Chalom Rav,

Est-ce qu'une personne qui fait des Mitsvot mais qui tombe encore sur certaines actions dues à son Yétser Hara' (mauvais penchant), cela annule toutes les bonnes actions faites ?

Merci d’avance.

La réponse de Rav Gabriel DAYAN
Rav Gabriel DAYAN
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Bonjour,

Dans le Talmud Sota 21a, nos Sages, les 'Hakhamim, disent :

"Une 'Avéra [faute] éteint une Mitsva, mais une faute n’éteint pas l'étude de la Torah."

Cet enseignement est déduit du verset [Michlé 6, verset 23] où la Mitsva est comparée à une "bougie" [Nèr] - qui s'éteint facilement -, alors que l'étude de la Torah est comparée à un grand feu [Or] - qui ne s'éteint pas facilement.

Apparemment, il s'agit d'un enseignement très étonnant, puisque, le jour de Roch Hachana, chacun est jugé en fonction de ses bonnes et mauvaises actions.

Voir Rambam, Hilkhot Techouva, chapitre 3, Halakha 1-2.

Première explication

D'après certains de nos maîtres [Rachi et Tossefot sur Talmud Sota 21a], le fauteur est privé de la récompense de ces Mitsvot. Mais la protection qu’apportent ces Mitsvot ne disparaît pas.

Rabbénou Yona, dans Cha'aré Techouva, partie 1, passage 41, affirme le contraire.

Seconde explication

Le processus en question est enclenché, uniquement, lorsqu'il s'agit de fautes en rapport avec les rapports interdits.

Voir l'excellente édition du Cha'aré Techouva du Rav Mordekhaï David Akerman [Pirouch Oubiour Meri"d], pages 82-84.

Troisième explication

Rabbénou Yéhouda Arié Leïb Alter, l'auteur du Sfat Emet [Parachat Tsav, année 5631] explique :

Chaque Mitsva purifie l'être humain et fait disparaître une partie des barrières le séparant du Créateur. Plus l'homme fera des Mitsvot, plus il sera sensible au bien et éloignera le mal avec beaucoup de facilité. Chaque faute transgressée attire sur lui une impureté supplémentaire, l'éloignant davantage de la sainteté et de la sensibilité au bien.

Chaque Mitsva a une puissance différente et la plus puissante des Mitsvot est l'étude de la Torah. Il en est de même pour les fautes.

Lorsque l'homme transgresse une faute, il perd l'effet des Mitsvot et éteint le feu qui brûle en lui et le rapprochant de la sainteté.

Par contre, le feu de la Torah ne s'éteint pas et le fauteur bénéficiera, encore, de ses bienfaits.

En résumé, d'après cette explication : la récompense de la Mitsva n'est pas perdue, mais ce sont tous les effets "secondaires" qui disparaissent.

Une question se pose : le Rambam, Hilkhot Techouva, chapitre 7, Halakha 7, écrit :

Combien grand est le repentir : hier, celui-ci [le repenti] était séparé de l’Eternel, D.ieu d’Israël comme il est dit : « Mais vos méfaits ont mis une barrière entre vous et votre D.ieu ». Il criait et n’était pas exaucé, comme il est dit : « Dussiez-vous accumuler les prières, J’y resterai sourd ». Il accomplissait des préceptes, mais ceux-ci lui étaient renvoyés au visage, comme il est dit : « Qui vous a demandé de fouler Mon parvis », « Ah, s’il s’en trouvait un parmi vous pour fermer les portes, afin que vous n’allumiez plus Mon autel en pure perte ! Je n’ai aucun plaisir à vous voir, dit l’Eternel des Armées, l’offrande de votre main, Je ne la veux pas ». Aujourd’hui, il est étroitement attaché à la Présence Divine, comme il est dit : « Et vous qui êtes attachés à l’Eternel votre D.ieu ». Il implore [D.ieu] et est immédiatement exaucé, comme il est dit : « Avant qu’ils m’appellent, Moi, Je répondrai ». Il accomplit des préceptes, et ceux-ci sont agréés avec plaisir et joie, comme il est dit : « car dès longtemps, D.ieu a pris plaisir à tes œuvres ». Plus encore, ceux-ci sont ardemment désirés, comme il est dit : « Alors l’Eternel prendra plaisir aux offrandes de Juda et de Jérusalem, comme Il le faisait aux jours antiques, dans les années d’autrefois ».

Le Rambam dit bien que, parfois, les Mitsvot accomplies ne sont pas désirées et sont renvoyées au visage du fauteur [contradiction apparente avec l'explication du Sfat Emet].

Réponse : certains de nos maîtres disent que le Rambam traite d'un fauteur qui ne regrette pas ses fautes, qui n'a aucune mauvaise conscience et ne fait pas le moindre effort pour les abandonner et ne prie même pas pour bénéficier d'une aide Divine, alors que le Sfat Emet traite d'un fauteur qui souffre de sa situation.

Important !

Rabbénou Yona affirme qu'après la Techouva, le mérite de toutes les Mitsvot accomplies se réveille de nouveau, et le "fauteur" bénéficiera, de nouveau, des bienfaits accumulés grâce à ses anciennes Mitsvot.

Voir Cha'aré Techouva, partie 1, passage 41.

Tout n'a pas été dit à ce sujet.

Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.

Qu’Hachem vous protège et vous bénisse.

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