Bonnie and Clyde forment sans doute le couple criminel américain le plus mythique du XXe siècle.

Lui, Clyde Barrow, petit délinquant texan et elle, Bonnie Parker, jeune femme fascinée par les films, rêvent d’une autre vie. Durant la Grande Dépression des années 1930, ils sillonnent les USA au rythme des braquages, vols de voitures et fusillades.

Ils auraient assassiné au moins neuf policiers et trois civils.

Pendant près de deux ans, leur cavale passionne les journaux. Le FBI et la police les traquent sans relâche. Mais paradoxalement, une partie du public américain les admire car ils incarnent une forme de révolte romantique et anti-sociale, dans un monde plongé dans la noirceur d'une profonde crise économique.

Le 23 mai 1934, tout s’arrête. Informées de leur trajet, les forces de l’ordre leur tendent une embuscade près de Bienville Parish, en Louisiane. Leur voiture est criblée de balles avant même qu’ils puissent réagir.

Ca s'est passé un...23 mai 1934 - Bonnie and Clyde sont abattus

Bonnie et Clyde meurent sur place.

Mais leur fin marque surtout le début du mythe.

Très vite, photos, chansons, livres puis films transforment leur vie en légende populaire.


L’histoire de Bonnie and Clyde incarne parfaitement la manière dont un comportement coupable peut être romantisé jusqu’à en devenir légitime, à travers une profonde distorsion morale.

Deux paumés, petits braqueurs sans avenir, deviennent sur les écrans, embellis et fougueux, des personnages glamour, avides de liberté. Ainsi, la culture populaire réussit à transformer des criminels en héros.

Ca s'est passé un...23 mai 1934 - Bonnie and Clyde terminent leu

La majeure partie du monde médiatique occidental repose d'ailleurs sur ce mécanisme : si on sait mettre en scène avec talent, avec un visuel séduisant, la relation passionnée et passionnelle d'individus, leurs actes deviennent excusables, voire désirables.

La romantisation finit par effacer le jugement moral.

Bien des thèmes autrefois considérés comme interdits et tabous ont été récupérés et glorifiés, jusqu’à en devenir des modèles.

Les chefs-d’œuvre de la littérature française encensent la faute. Mais leurs auteurs, les Flaubert, Stendhal et autres, la décrivent avec tant de talent, de finesse, de poésie, de "compréhension" du psyché humain, qu'elle finit par être cautionnée, puis sublimée. Puis recherchée.


Certains réussissent quand même à garder la tête froide. L'auteur américain W.F. Strong écrit à propos de Bonnie et Clyde : « Ils partageaient des dégénérescences complémentaires qui se faisaient passer pour du véritable amour. »

Combien de dégénérescences nos sociétés modernes nous ont-t-elles vendues comme étant “libératrices” et “incontournables” ?

Toute personne ayant grandi au contact de la culture occidentale a été influencée, à un degré ou à un autre, par cette vision biaisée où la passion justifie tous les débordements.

Publicités, films, romans jouent sur cette corde sensible, où l’interdit devient séduisant dès lors qu’il est enveloppé d’émotion et d’esthétisme.

Nos Sages l’avaient déjà formulé en une phrase saisissante : "Les eaux volées sont douces au goût", observation tellement exacte de la nature humaine.

Notre seule chance d’échapper à ce piège réside dans le recul, dans la lucidité et la conscience de cette mise en scène permanente qui cherche à embellir la chute pour mieux nous y entraîner.