Le procès Dreyfus marque, à la fin du XIXe siècle, de façon flagrante, la faillite de la justice française.

Tout le monde connaît la trame : en 1894, un officier juif de l’armée française nommé Alfred Dreyfus va être accusé de haute trahison — il aurait espionné au profit de l’Allemagne — sur la base de preuves inconsistantes.

Certains gradés de l’appareil militaire vont produire des faux afin de maintenir Dreyfus dans le rôle du coupable et ainsi couvrir le véritable traître, un commandant français du nom d’Esterhazy.

Ainsi, le prestige de l’armée reste sauf, et on envoie au bagne un “youpin” qui, de toute manière, est un infiltré dans les rangs d’une France pure sang.

Ca s'est passé un...12 juillet 1906 - Dreyfus est réhabilité  

Il faut comprendre qu’à cette époque, l’antisémitisme va bon train, et que dans les salons, les brasseries, les casernes ou les tripots, selon la classe sociale que l’on fréquente, on désigne du doigt la race juive comme porteuse de toutes les tares.

Il y a bien sûr des exceptions — Zola, Jaurès, ... —, mais l’ambiance générale est celle d’un antisémitisme avoué et même de bon ton.

Le Procès est dans l’air

Quel âge avait Franz Kafka lors du procès Dreyfus ?

Ses parents parlaient-ils du procès qui se déroulait en France, attablés au repas du soir, dans leur appartement petit-bourgeois de la vieille ville de Prague ?

C’est probable.

À cette époque, Franz a 11 ans. Sa famille vit dans la capitale de la Bohême, où son père tient un commerce de mercerie.

Ca s'est passé un...12 juillet 1906 - Dreyfus est réhabilité!

Ca s'est passé un...12 juillet 1906 - Dreyfus est réhabilité!

Les Kafka étaient à cette époque encore attachés aux traditions juives : ils avaient même, dans la soupente de leur appartement, une deuxième vaisselle pour la Pâque juive, qu’ils célébraient en famille.

Le jeune Kafka, qui allait devenir le plus grand écrivain du XXe siècle, captait déjà autour de lui les ondes des événements géopolitiques du moment et, bien sûr, observait les réactions qu’elles provoquaient dans son entourage ; il ne peut qu’avoir eu vent d’une grave condamnation ourdie contre un correligionnaire, à 1 000 km de là, dans le pays des libertés...


Dans "Le Procès" que Kafka termine d'écrire en 1915, à 31 ans, le héros, dénommé Josef K., se voit un beau jour arrêté, sans preuve, sans raison, sans dossier, arbitrairement, parce qu’une machine judiciaire impitoyable en a décidé ainsi.

Il n’y a pas de juge à supplier, d’avocat à convaincre, d’acte d’accusation à réfuter, mais juste un système incompréhensible, froid et déterminé, qui vous écrase lentement, et sous le poids duquel on étouffe, incapable de prouver son innocence.

  Ca s'est passé un...12 juillet 1906 - Dreyfus est réhabilité


La similitude entre le procès de Dreyfus et le livre de Kafka saute aux yeux: c'est la condamnation sans recours d'un innocent.

Et même si Dreyfus, fut réhabilité il y a 120 ans exactement, pour les antidreyfusards d’hier et d’aujourd’hui, l'innocentement d'un Juif est une farce.

Tantôt positionnés à l’extrême droite, s’identifiant à un nationalisme exacerbé, tantôt vacillant vers l’extrême gauche, ils attendent une vague d’opportunisme, sous forme de crise économique, de mal-être social débouchant sur une recherche de bouc émissaire, pour sévir.

Le procès de Dreyfus, sonna l’alarme pour toute la communauté juive européenne, et Kafka le perçu.

Mais sans judaïsme, déconnecté de nos Sages et des Ecrits Saints, il ne trouva aucune issue au labyrinthe de la condition humaine, et opta alors pour l'absurde et le désespoir.