Avant d’être une marque mondiale, avec ses buffets, ses villages exotiques, ses piscines à débordement et ses fameux catalogues turquoise, le Club Méditerranée fut d’abord une institution désintéressée, née pour panser les blessures d’une guerre effroyable qui venait de se terminer.


Son fondateur, Gérard Blitz, n’est pas un hôtelier de luxe.

Il est juif, d’origine belge, grand sportif et féru de water-polo.

Ca s'est passé un...5 juillet 1950 -

Ancien résistant, il est habité par le besoin de reconstruire quelque chose de vivant, de renouer des liens fraternels entre les hommes.

À la Libération, en 1945, Blitz a rejoint sa famille en Suisse, où son père et sa sœur se sont réfugiés après l’invasion de la Belgique par les Allemands.

Gérard est alors mandaté par le gouvernement belge pour prendre soin des concentrationnaires flamands et wallons rapatriés via la Suisse.

Afin de s’acquitter convenablement de cette tâche difficile de réinsertion médicale, affective et sociale, il prend une initiative : louer un hôtel près de Chamonix, où les rescapés seront pris en charge.

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C’est la préhistoire du Club : des corps épuisés à remettre debout, des êtres brisés à réapprovisionner de vie et d’espoir. Il faut leur donner l’air pur des montagnes, des soins appropriés et surtout de la chaleur humaine.

Inspiré par cette expérience, une idée germe en Blitz : créer une parenthèse de paix, sous forme de vacances, après les ruines, les bombardements, les uniformes et les idéologies meurtrières. L’homme a désormais besoin de fraternité, de confiance en son prochain, de repas en commun en toute simplicité, dans le décor d’une nature apaisante et réconfortante.

C’est un utopiste, un “rousseauiste”, qui croit au bien de l’homme.

Comme tout Juif éloigné, il cherche sans répit les vérités d’un mieux-vivre pour l’humanité.

À la belle étoile

Les premiers villages n’ont rien de luxueux. On dort sous la tente, parfois dans des conditions précaires, on partage les repas. On fait du sport. On chante. On vit presque sans argent sur place, dans la formule embryonnaire du “tout compris”, et des fameux bracelets du Club, qui permettront aux membres de ne pas avoir sur eux de liquidités dans le village.

Dans ces premiers Clubs, ce n’est pas le confort qui fait rêver, mais l’idée de redevenir disponible à la joie.

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Mais peu à peu, le nouveau concept devient formule. La formule devient une marque vendeuse. Et la marque devient un mastodonte commercial.

Le Club Med, né d’un désir de réparation et de fraternité, devient une gigantesque machine à organiser les vacances.

L’homme qui venait chercher une respiration, finit par s’abandonner à des vacances entièrement prises en main, devenant l'"assisté" de sa villégiature. Vacancier docile, mouton de Panurge du loisir moderne, il est guidé d’une activité à l’autre, du buffet à la piscine, du spectacle du soir au transat du lendemain.

On est bien loin de l'idée première de Blitz.


Il y a là quelque chose de tristement universel. Les idéaux naissent souvent dans une blessure et une urgence, puis les impératifs commerciaux récupèrent la donne et transforme l'idée fantastique du départ, en une cynique machine à sous, programmée pour en faire toujours plus.

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Le groupe Club Med exploite aujourd’hui plus de 60 villages dans le monde, et a réalisé en 2024 un volume d’affaires de 2,09 milliards d’euros, accueillant cette même année plus de 1,5 million de clients. Quant au nombre total de vacanciers passés par le Club depuis 1950, il se compte vraisemblablement en dizaines de millions.

Et l’on reste avec cette question un peu amère : un idéal peut-il tenir la route lorsqu’il devient assez séduisant pour être vendu ?

Le Club Méditerranée, passant des mains d’un idéaliste à celles de promoteurs, est devenu ce que nous savons : un produit à fournir du plaisir instantané, à l'opposé extrême du rêve de Blitz.

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