Dans le nord, la guerre est là. Et à cause de ça, il n’y a plus de crèches.
Je suis avec ma fille toute la journée. Je l’aime à la folie, elle est tout pour moi.
Mais je craque.
Je n’arrive plus à travailler. Les journées sont longues et pleines d’inquiétude. Parfois je me demande : comment font les autres mamans ? Comment tiennent-elles ?
Et vous, les mamans, comment gérez-vous ?
J’ai l’impression de revivre le confinement du corona. Sauf que cette fois, ce n’est pas seulement sortir de la maison qui est compliqué, c’est aussi sortir de la pièce blindée.
Prendre le bus ou aller dans les magasins avec un enfant en poussette devient presque impossible.

Parce que s’il y a une alarme, ce sera la panique, la cohue, le risque de bousculade.
Je deviens nerveuse. Parfois je perds mon calme, et après je m’en veux.
J’ai l’impression d’être une maman chatte qui pousse d’un coup de patte ses chatons… et eux reviennent toujours pour jouer, sans comprendre que je veux juste respirer et surtout travailler.
Et je vais dire quelque chose qui me fait honte : j’aime ma fille plus que tout, mais j’ai besoin de cinq minutes pour moi. Cinq minutes sans la tension de surveiller, de gérer, de m’inquiéter. Cinq minutes de calme avec moi-même.
Je suis une femme. Je suis une mère. Et parfois je me demande : si les gouvernements étaient dirigés par des mères, y aurait-il autant de guerres dans le monde ?
Tout ce que je veux, c’est une vie normale pour ma fille.
Qu’elle puisse retourner à la crèche, retrouver un endroit pour grandir, apprendre et jouer.
Parce qu’un enfant ne devrait jamais grandir au rythme de la guerre.
La Maman de Sheyna






