Depuis quelques mois, sur le Net, une figure 'hassidique, barbe blanche et habit traditionnel, apparaissait presque chaque matin sur les réseaux sociaux — TikTok et Instagram compris — pour délivrer ses enseignements.
Des centaines de milliers d’abonnés ont regardé ses vidéos, et certains ont même acheté ses livres qu’il vendait à 19,99 $ seulement. Il invitait ses auditeurs à la fin de chaque cours à se les procurer sur son site.
Ce n’est qu’après plusieurs mois que la vérité a éclaté : tout le personnage avait été créé à l’aide de l’intelligence artificielle.

Miroir, miroir - Le Rabbin Fantôme


Le « rabbin Ména'hem Goldberg » — c’était son nom — semblait pourtant être l’un des influenceurs les plus intéressants du moment. Certains pensaient avoir affaire à un véritable guide spirituel, tandis que d’autres émettaient certaines réserves, ressentant un vague malaise face à ce personnage « trop parfait », se contentant de notions très générales dans ses cours. Mais les plus lucides, eux, ont compris qu’il s’agissait d’une supercherie façonnée par l’IA.

Il s’agissait ici de la création d’un personnage complet : voix, langage corporel et décor, conçus pour paraître vrais et ainsi vendre des messages apparemment issus du judaïsme authentique.

L’affaire a été révélée début janvier par l’agence de presse juive JNS, qui a noté plusieurs incohérences dans ses vidéos : des inscriptions hébraïques dénuées de sens, un Séfer Torah ouvert en « décorum » sans être utilisé, un langage vague, sans référence à des rabbins ou à des ouvrages précis.

Miroir, miroir - Le Rabbin Fantôme 

Le site présentant le « Rav » Goldberg affirmait qu’il avait consacré plus de quarante ans à relier « la sagesse de la Torah à la prospérité économique », mais cela sans aucune preuve, certification ni lien avec une communauté. L’identité de l’opérateur reste inconnue, et les ventes se font via la plateforme Gumroad, sans mention claire de société ou de responsable.

D'ailleurs, le compte « rabbiGoldberg1 » ne diffusait jamais en direct, ne répondait ni aux commentaires ni aux questions, et ne réagissait jamais à l’actualité. Il n’était rattaché à aucune autorité juive connue.


Mais ce qui choque le plus dans cette affaire de fake rabbin, c’est que, même après la révélation du subterfuge, certains abonnés continuent à y trouver de l’inspiration et estiment que peu importe qu’il s’agisse d’une IA ou d’un humain :
« …ses messages m’élèvent. C’est tout ce qui compte pour moi. »

Cet épisode fait froid dans le dos, non parce qu’une intelligence artificielle a su imiter un rabbin — nous savons désormais qu’elle peut copier, imiter et se substituer à presque tout — mais parce que plus personne ne semble soucieux de vérifier les sources d’une information : on se moque éperdument de savoir si celle-ci émane d’un être humain ou d’une machine.

Et c’est là que nous entrons en collision frontale avec l’enseignement de nos Sages, qui posent d'emblée dans le Livre des Maximes, l’importance cruciale de la transmission de maître à élève.

Sans une chaîne ininterrompue, humaine et juive — une chaîne qu’aucune virtualité ne pourra jamais remplacer — , remontant à la Source Vivante, il n'y a pas de transmission authentique possible.

Moïse reçut la Torah au Sinaï,
et la transmit à Josué ;
Josué aux Anciens ;
les Anciens aux Prophètes ;
et les Prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée. (Avot 1;1)


Ce rabbin fake nous interpelle sur le risque de renoncer à l’exigence de vérité. 

Il n’est pas qu'un grossier canular qui tente de soutirer 19,19 dollars à ses adeptes, mais bien plus, le symptôme d’une transmission que l’on accepte désormais de déléguer... au vide.