En Chine, une application mobile au nom pour le moins provocateur — « Are You Dead ? » (en chinois Silémé, littéralement « Es-tu mort ? ») — a connu un succès viral début 2026 en devenant l’une des applications payantes les plus téléchargées sur l’App Store chinois.

L’application demande à ses utilisateurs de confirmer régulièrement qu’ils sont toujours en vie en appuyant sur un bouton vert.

Miroir, miroir -

Si une personne ne s’enregistre pas pendant deux jours consécutifs, l’application envoie automatiquement une alerte à un contact d’urgence préalablement désigné.
Le principe est volontairement simple : cliquer pour signaler que tout va bien.

Avec l’augmentation constante du nombre de personnes vivant seules — en particulier dans les grandes métropoles — beaucoup redoutent désormais de mourir sans que personne ne s’en aperçoive. Et il ne s’agit pas ici uniquement de personnes âgées ou marginalisées, mais d’une population jeune, active, en apparence insérée et en bonne santé.

Le succès de cette application a d’ailleurs inspiré des versions similaires, aux noms plus édulcorés comme « Are You Alive ? », reposant sur le même principe : signaler sa présence ou alerter un proche en cas de silence prolongé.

Toutes répondent à une angoisse commune : celle de disparaître dans l’anonymat le plus total.

Signalons que cette application chinoise ne prétend nullement offrir un soutien psychologique. Pas de chaleureux « Comment vas-tu ? », ni même un attentif « As-tu besoin de quelqu’un ? ».
Elle exige simplement une preuve administrative d’existence.

Un clic = vivant.
Pas de clic = alerte.


Les réactions de jeunes utilisateurs chinois sont, à cet égard, particulièrement révélatrices :
« Enfin quelqu’un s’occupe de moi !!! », confie l’un d’eux — alors même que l’application n’offre ni écoute, ni soutien moral, seulement un protocole numérique.
Un autre précise : « Ma crainte n’est pas tant la solitude que le fait de disparaître sans laisser de trace, sans que personne ne le sache. Là, je suis rassuré. »

Miroir, miroir -

La société de consommation, derrière son masque de réseaux dits "sociaux", de contacts et de connexions par millions, a sacrifié le lien humain véritable et la chaleur qu'il procure, que tous les spécialistes désignent comme les facteurs majeurs de longévité et d’équilibre psychique.

"To be or not to be" en chinois

Cette question — « suis-je mort ? », dans sa formulation la plus abrupte — réveille chez de jeunes Chinois en manque de relationnel quelque chose de bien plus profond que la simple validation de leur existence biologique.

Elle formule en trois mots — are you dead ? — l’interrogation existentielle par excellence : cette vie précieuse, reçue en cadeau… est-ce que je la vis vraiment ?

Ne l’ai-je pas éteinte pour ressembler au troupeau ? Pour satisfaire mes parents, mon environnement, les systèmes en place, et rentrer dans le moule que l’on nous vend comme étant « la vie » ?

« Suis-je mort ? » — non plus au sens métabolique ou médical, mais comme interrogation philosophique et existentielle.

Et il n’est pas fortuit que cette application voie le jour en Extrême-Orient, dans des sociétés où le culte de la norme, du mimétisme et de la masse demeure particulièrement puissant — parfois plus encore qu’en Occident.

Que dit le judaïsme ?

La Torah, dès le premier chapitre de la Genèse, pose un principe fondamental :

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Beréchit 2,18 ).

Ce verset, apparaissant à la création d’Adam, ne traite encore ni du mariage ni de la reproduction. Il établit dès le départ qu'un homme vivant seul, ne se mêlant pas à ses semblables, ne remplit pas pleinement sa fonction.

Pour la Torah, la solitude comme choix, n’est pas une option mais une anomalie.

Et les exemples sont légion :

« Fais-toi un maître, acquiers-toi un ami » (Maximes des Pères 1,6).

« Ne te sépare pas de la communauté » (Maximes des Pères 2,5).

L’obligation de prier en Minyan, c’est-à-dire avec un minimum de dix hommes, exprime aussi ce besoin d’être ensemble, même — et peut-être surtout — dans la prière.

Concernant le mariage et la vie de couple, le Talmud affirme :

« Celui qui vit sans femme vit sans joie, sans bénédiction et sans Bien » (Yevamot 63a).

« Tout homme qui n’a pas de femme n’est pas un homme » (Yevamot 62b).

Même le Grand Prêtre, le Cohen Gadol, la plus haute autorité spirituelle du peuple, ne peut exercer sa fonction que s’il est marié.

Dès sa création, Adam a été voulu structurellement comme un être social. On demande à l’homme de s’entourer, de se lier, de se marier.

L’isolement choisi délibérément est considéré comme une dénaturation.

Sur le terrain…

L’État hébreu a tenu à récupérer un à un ses otages (vivants et morts), à la suite du massacre du 7 octobre 2023.

Il y a une semaine, le corps de Ran Gvili, dernier otage décédé à ne pas avoir été restitué par les factions du 'Hamas, a été ramené en Israël au prix d’opérations extrêmement périlleuses.

Des commandos d’élite ont dû procéder, en zone hostile, à l’examen et à l’identification de centaines de corps afin de retrouver le sien, Israël ayant été informé qu’il avait été enterré dans une fosse commune dans le secteur de Shuja'iyya, à Gaza.

Un pays entier, solidaire, a retenu son souffle et entouré la famille Gvili, priant pour le retour du corps. Car aux yeux du judaïsme, le peuple juif est une même entité dont tous les membres doivent être réunis. 

Miroir, miroir -   Miroir, miroir -

Un mort n’est pas une simple dépouille : il fut l’écrin de l’âme et mérite tous les égards possibles. On n'abandonne jamais un défunt à son sort, il reste éternellement lié aux vivants et sous leur responsabilité.


L' appli chinoise révèle les travers d’une société où l’absence d'un être ne surprend plus, où son silence prolongé n’inquiète personne. Pour pallier à l’indifférence générale qui s'est installée dans nos villes, on a donc mis en place un programme qui donnera l'alerte.

Quel avenir pour une société où la vie se valide d’un clic sur une application ?


Difficile de rester optimiste…

 

Miroir, miroir -