Mon cœur de Suissesse est en ce moment à Crans-Montana, la station huppée du Valais où tout Genève se retrouvait en hiver, pour les joies du ski, les balades et le bon air alpin.


La Suisse, il faut la comprendre.

Elle vit à son rythme — bien différent de celui de sa grande sœur française — et cultive patiemment son jardin, jalouse de son bel alpage et des terres grasses que la Providence lui a donnés.
Elle n’a pas donné naissance à beaucoup de génies, parce que son confort encotonne un peu les jambes et, souvent, les grands voyageurs, les grands innovateurs ont dû la quitter pour devenir ce qu’ils sont.

Ses journaux, à l’arrivée de l’automne, titrent en première page comme événement majeur, l’installation du Cirque Knie sur la plaine de Plainpalais ou sur la Sechseläutenplatz ; ne vous moquez pas, la chérie assume sa simplicité sans honte.

Miroir, miroir - Un voile noir sur la neige de Crans -Montana  Miroir, miroir - Un voile noir sur la neige de Crans -Montana

Ce qu’elle a pour elle ?
Son opulence, sa stabilité, sa sécurité, renforcée par les chaînes de montagnes la protégeant comme une mâchoire de dents acérées : peut-on rire d’une richissime cousine, sérieuse et qui a "réussi", même si elle est un peu moins fantasque que vous ?

La Suisse aime sa routine, le travail bien fait, la ponctualité.
Elle n’aime ni les mensonges, ni les combines.
Elle ne râle pas, ne rouspète pas. Ne manifeste pas. Les grèves italiennes sont pour elle une anomalie comportementale.
Droite et travailleuse, minutieuse et introvertie, elle prend rarement la parole devant le monde, ne se mêle pas de ce qui ne la regarde pas, et sa neutralité est l'expression parfaite de sa personnalité.
Lâche ? C’est vrai qu’elle agace dans son obstination à ne pas prendre position, ce qui en soi est un positionnement équivoque.

Disons au bénéfice du doute, que consciencieuse et prévoyante, petite Suisse fera tout pour éviter les catastrophes.

Mais la semaine dernière…

Les descriptions de la nuit d’horreur de ce 1er janvier 2026, vers 1h30 du matin, sont insoutenables.
Comme dans un méga-attentat, dans un espace fermé, mal sécurisé, sans suffisamment d’issues de secours, la jeunesse réunie au bar du Constellation pour le nouvel an s’est retrouvée piégée dans un four incandescent.
Deux jours après le sinistre, des mamans cherchent encore leurs adolescents disparus, courant d'hôpital à hôpital, éclatant en sanglots, racontant que la ligne d'urgence mise en place ne répond pas, ou que, lorsqu’elle répond, elle ne peut donner plus de précisions. 

Préparés aux éboulements et aux tempêtes, les Suisses savent installer des dispositifs anti-avalanches et percer des tunnels dans le roc.
Mais ça, c'est trop.

Des centaines de personnes se sont réunies le lendemain devant le lieu du drame,  apportant des gerbes de fleurs, allumant des bougies, anéanties par le malheur qui les frappe.

Miroir, miroir - Un voile noir sur Crans -Montana  Miroir, miroir - Un voile noir sur Crans -Montana

Les Suisses, soudain, ont besoin d’une messe, de spiritualité, pour une peine trop lourde à porter.


Et parce que j’aime la Suisse — pour m’avoir offert le décor d'une enfance heureuse  — je me permets de lui parler comme on parle à une amie…

Elle se targue d’être un pays de pointe, rationnel, moderne.
Et pourtant, dans un domaine ultra sensible, celui de l’éthique humaine, de la préciosité et de la sacralité de la vie, elle a fait un choix troublant. 

Elle est la seule en Europe, à proposer à ses citoyens un service hallucinant, incompréhensible : le « suicide assisté ».

Elle prétexte pour cette pratique amorale, son souci d'humanité ; elle prétend que l'accompagnement clean aux derniers jours est une forme de "respect" où l'homme est libre de disposer de lui-même, évitant d'avoir recours à des moyens de suicide périmés… 

Mais ne tergiversons pas : ce ne sont que les termes blanchis, à peine voilés, d’une euthanasie légale. La seule différence est que le « tiers » qui "accompagnera" la personne voulant en finir ne sera pas lui-même actif dans le processus final : la personne concernée devra elle-même mettre fin à ses jours. 

 Miroir, miroir - Un voile noir sur Crans -MontanaMiroir, miroir - Un voile noir sur Crans -Montana

Des organismes privés proposent donc à des personnes de mettre un terme à leur vie, comme une agence de voyage vous proposerait une croisière en Méditerranée.

Le tarif de la "prestation" selon les sociétés varie entre 1500 et 15 000 francs suisses, comprenant les frais du dossier, l'éventuel hébergement (les étrangers sont invités à profiter de ces services), et le coût des substances létales, qui les mènera de l’autre côté du miroir, et ce, pas spécialement à la suite d’une maladie en phase terminale.

La France et l’Angleterre interdisent formellement cette pratique, et la Belgique, frileusement, y met des conditions.

En Suisse, le commerce de la mort va donc bon train et les établissements hospitaliers se doivent (!!!) de proposer à un patient malade une éventualité d’Exit propre et nette, via ces associations.
S’exhale de cette pratique une odeur franchement nauséabonde.

Commerce morbide

Quelque chose ne tourne pas rond au pays de Guillaume Tell !

On a rayé la Transcendance de ces lieux, la remplaçant par une effrayante et effarante conception de l'existence, qui considère la vie comme un objet jetable après usage.

Et je le dis avec regret, avec l’affection d’une enfant du pays, après ce drame incommensurable qui a eu lieu sur son sol, où des dizaines de jeunes ont perdu la vie dans des conditions effroyables et d’autres sont gravement blessés et brûlés : la vie n’est-elle pas trop précieuse pour programmer sa fin avec tant de légèreté ?
Ô peuple des montagnes ! Et si, au lieu de proposer une aide au suicide, vous offriez des services qui aideraient la personne malade, déprimée, à résister, à remonter la pente, à accepter de passer les derniers moments dans la dignité et la foi ?

La vie est le cadeau le plus inouï qui soit : qui sommes-nous pour en user comme bon nous semble… ?