L’actualité en Israël est tellement trépidante que même un événement qui tient du miracle — à savoir le retour des mains du ‘Hamas de TOUS les otages capturés le 7 octobre 2023 — ne reste pas à la « une » très longtemps.
Vite bousculées par les nouvelles tensions avec l’Iran, par les luttes internes autour du vote pour l’enrôlement des étudiants de Yéchiva (« délicieusement » appelée la « loi de désertion » par les médias…), et par la publication des propos de l'ex-Premier ministre israélien Ehoud Barak, parlant de la piètre « qualité » de l'Alyah des Juifs d'Afrique du Nord, les nouvelles en Israël n’ont pas le temps de prendre du… temps.
Le fait qu'on oublie un peu les otages sur la place publique, en fin de compte, n'est pas un mal.
Après la période d’euphorie des retrouvailles avec leur famille, du passage obligé sur les plateaux de télévision pour satisfaire aux exigences médiatiques — interviews, voyages aux États-Unis pour remercier Trump — ils peuvent enfin se reposer, se retrouver.

Tous confessent qu’ils ont besoin d’un suivi, d’un appui, d’un entourage professionnel, psychologique et thérapeutique pour encaisser le choc et reprendre pied.
Post-trauma
Pour des êtres autant éprouvés, ce « retour à la normale » est un passage délicat, qui peut se révéler même dangereux.
En effet, le cerveau, qui cesse d'être affairé à programmer sa propre survie, va alors être libre de repenser aux moments terribles de l’incarcération, du drame ou de l’agression, selon le cas.
Primo Levi l'explique très bien dans son livre Si c’est un homme, où il décrit, dans l’un des chapitres, une journée à Auschwitz relativement moins abominable que les autres. Il aura reçu moins de coups, n’aura pas eu à assister à la pendaison d’un camarade sur la maudite Appelplatz, et sa ration de soupe, par chance, aura été plus dense que de coutume.
Son voisin de châlit se sera même endormi sans jeter ses grands bras sur lui.
C’est alors, raconte Levi, qu’allongé sur le dos, les yeux grands ouverts, une bouffée de détresse sans fond va l’envahir : le corps apaisé, les souvenirs des êtres aimés et languis se mettront alors à surgir, l’enveloppant d'une mélancolie abyssale et morbide.
Tout proche de nous, dans un autre registre, mais également au sortir d’un traumatisme continu, une journaliste et écrivaine connue raconte qu’après avoir cru « s’en être plutôt bien tirée », « sans trop de dégâts », d’actes irréparables commis sur elle tout au long de sa jeunesse, elle s’effondra, « s’écrasa », selon ses termes, « plus capable de manger, de bouger, de continuer à vivre… », alors même qu’elle avait retrouvé des repères et qu’elle devait se marier.
Le calme revenu suscite parfois la tempête.
Rencontre d'une autre nature
Pour Omer Chem Tov, kidnappé à la Nova et retenu dans les entrailles des tunnels de Gaza pendant 505 jours (presque un an et demi !!), l'expérience de la détention fut terrifiante, mais à un certain point, son ressenti prit un autre tournant, qu'Omer décrira comme une lueur éclairant sa détention dans les geôles du 'Hamas.

Au fond du trou noir, il entama un dialogue quotidien avec l'Éternel, comme on le ferait avec son père.
Écoutons-le :
« Dans l’obscurité la plus totale, enfermé dans cette minuscule cellule, compressé, sans possibilité de me tenir debout ou d’étirer les bras, toutes les conditions semblaient réunies pour me sentir au plus mal et ne plus vouloir continuer à vivre.
Mais justement là-bas, dans cette obscurité si dense, j’ai trouvé la plus grande lumière.
J’ai ressenti force et joie, et je sais avec une assurance totale qu'elles provenaient des prières venues de toutes parts et de la solidarité réciproque du peuple juif à mon égard.
J’ai commencé alors à faire connaissance avec l’Éternel et à parler avec Lui. Chaque nuit, avant de m’endormir, je Lui parlais cinq minutes, et je m’exprimais de tout mon cœur.
[...]
J’ai senti une lumière fantastique de bonheur m'envahir, et je me suis adressé à Lui avec innocence : “Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour Toi, même ici, dans ce tunnel ?”
Et alors j’ai commencé à Le remercier… Pour tout. Pour le fait qu'Il me gardait en vie, pour avoir reçu une pita à manger...
C’était la sensation la plus merveilleuse que j’aie jamais ressentie. Je ne peux même pas la décrire : le cœur s’élargissait de bonheur, et je sentais une lumière intense remplir mon âme. »
Omer incarne toute personne se retrouvant dans « un trou noir », physiquement, psychologiquement, affectivement. Il nous enseigne que dans le silence d'une détresse, quelle qu'elle soit, devant le vide absolu, face à sa propre vulnérabilité d'humain, on peut toujours engager le dialogue avec le Très-Haut.
Et Il est là.
Immanquablement.
Le Psalmiste le dit : « ... l’Éternel entend ma voix, mes supplications.
Car Il a incliné Son oreille vers moi, et je L’invoquerai toute ma vie. » (116;1)
Omer, issu d'une famille à peine pratiquante, expérimenta dans des conditions à priori désespérées, la vibration de son âme juive se reconnectant à sa Source.

Cette relation avec le Tout-Puissant, comme un pare-chocs, un capitonnage amortissant un vécu traumatique, protègera Omer, à tel point, qu'il dira se languir parfois de l'intensité de ces rendez-vous avec Lui et du dialogue vertigineux qu'il eut le mérite d'engager, face-à-face, avec son Créateur.
Que dans Son Infinie Miséricorde, le Saint béni soit-Il, très vite, nous délivre du joug de nos ennemis, et nous fasse vivre cette proximité au quotidien.
Non pas dans l'obscurité d'une aliénation, mais dans la Lumière éblouissante de Sa révélation ici-bas, guérissant nos corps et nos âmes.
Amen Véamen.
Jocelyne SCEMAMA






