Les Juifs ont toujours été tentés par le « comme tout le monde ».
La notion d'Élection (à ne pas confondre avec les élections 😉) pour Israël n'est pas une mince affaire.
Déjà au pied du Sinaï, juste après la Révélation, les Hébreux présument que Moché tarde à revenir et c'est la panique. Ils s'affolent et s'exclament : « Revenons vite à un leadership “normal”, avec un dirigeant en chair et en os, ... ou en or ! Qu'importe !! ».
Puis, dans le désert, repus de Manne — aliment céleste qui ne provoquait aucun déchet —, ils exigent une nourriture standard, préparée, cuisinée, digérée et évacuée comme le commun des mortels.
Et enfin, plus tard dans l'histoire, ils supplieront le prophète Samuel de leur choisir un roi, brandissant à nouveau l'argument du « comme tous les peuples ».
Difficile Élection
Dès sa formation, Israël porte donc son élection moins comme un privilège que comme une charge, avec l'immense tentation de faire marche arrière pour devenir une nation comme les autres.
L'État hébreu, en 2026, réclame aussi son pesant de « normalité » : « Nous voulons être une démocratie comme les autres !! », s'enflamment certains politiques israéliens, refusant la moindre mention de la mission spirituelle du Peuple Élu.
Lorsque je suis arrivée en Israël la première fois, à 16 ans, dans le cadre d'un voyage de jeunesse, je suis tombée des nues.
Bien que venant d'une famille « traditionaliste light », je croyais innocemment que j'allais rencontrer dans ce voyage les paysages et les personnages des récits que notre professeur d'histoire du Talmud Torah, monsieur Danieli, nous racontait avec moult gestuelle et talent.
Et, ô surprise, voilà que je tombe sur un pays voulant ressembler à celui d'où je venais. Ses références étaient tout sauf celles de ses racines bibliques antiques, de même que ses aspirations.
À part une visite à Méa Chéarim, – où l'on nous avait avertis de nous habiller décemment, par respect pour le « dernier » sanctuaire d'une tradition vouée à disparaître –, tout était calqué sur les USA, d'Eilat à Roch Pina.
Je ne découvris que plus tard un éventail bien plus large de toute la mosaïque culturelle et cultuelle du monde israélien.
Mais alors, la déception fut cuisante.
Comme je ne viens pas non plus d'une famille à orientation sioniste, le récit de pionniers asséchant les marécages, la visite dans une école d'agriculture et le ramassage des concombres à 5h du matin ne faisaient en rien écho à mon cocon helvético-judéo-genèvo-communautaire.
Mais malgré tout, la Providence a ses clins d'œil et je me suis retrouvée à 22 ans en Israël. Ma boussole intérieure m'aimantait irrésistiblement vers la composante juive de ce pays. Et si déjà, alors sans compromis.
C'est donc logiquement vers le monde 'Haredi que je me dirigeai. Là, tout devint cohérent et je posai mes bagages. Ma judéité de diaspora, bien que ténue, rencontra son réceptacle, la Terre d'Israël.
En m'installant et en vivant ici, je compris également les Israéliens qui m'entouraient.
Moulés depuis l'enfance dans le creuset des valeurs de la force du bras, ils n'avaient pas, comme moi, eu la chance d'écouter l'histoire juive racontée par monsieur Danieli.
Et donc, sans bases juives, même moindres, pas étonnant que les résultats fussent ce qu'ils furent. À savoir, en ce qui concerne le monde laïc, une population souvent sans racines, portée par une irrésistible volonté de ressembler aux autres.
Après-demain, Israël votera. Dans toute sa diversité. Et les joutes vont bon train. Chacun défendant ses conceptions et son poulain, candidat ou parti.
Ce qui est sûr, c'est que nous ne pourrons bien nous positionner, par rapport à nous-mêmes et aux peuples de la terre que lorsque nous aurons intégré et accepté cette formidable notion d'Élection.
Tant qu'Israël, promis à une destinée hors du commun, berger des peuples, aimé de D.ieu, Créateur du Ciel et de la Terre, refusera son élection et la troquera pour des considérations triviales, il manquera sa cible et les nations, inconsciemment, le lui reprocheront. Elles ne lui pardonneront pas de rater sa vocation de Guide Spirituel, même s'il excelle dans tous les autres domaines.
Il n'y a pas de vision plus pathétique que celle du fils d'un roi louant une chambre dans un motel sordide au bord d'une autoroute, à vingt dollars la nuit, et se perdant dans les paradis artificiels des autres.
Votons, peuple d'Israël ! Mais votons notre Élection.
C'est elle qui, par-delà toutes nos différences, nous unit vers une même destinée.




