La Torah décrit le peuple d’Israël avant le don de la Torah : « Ils partirent de Réfidim, arrivèrent au désert du Sinaï et campèrent dans le désert ; Israël campa là face à la montagne. » Rachi explique : « “Israël campa là” — comme un seul homme, d’un seul cœur. » Les enfants d’Israël se tenaient au pied du mont Sinaï et reçurent la Torah, donnée dans les voix et les éclairs. Au début, lorsqu’ils entendirent la voix du Saint béni soit-Il, ils furent projetés en arrière dans les airs à une distance de douze milles, et leur âme s’envola. Les anges les ramenèrent, jusqu’à ce qu’ils demandent à Moché Rabbénou : « Parle, toi, avec nous, et nous écouterons ; mais que D.ieu ne parle pas avec nous, de peur que nous ne mourions. »

Une scène qui se renouvelle

Dans les livres saints, il est rapporté que le don de la Torah au mont Sinaï se renouvelle chaque année. Chaque année, lorsque revient le temps du don de la Torah, nous nous tenons au pied du mont Sinaï et nous recevons une nouvelle fois la Torah. Pour cela, nous avons besoin d’une grande préparation, afin de nous préparer à recevoir la sainte Torah. Après la faute de l’Arbre de la connaissance, l’impureté du serpent entra en Adam, le premier homme. Cette impureté cessa chez le peuple d’Israël lors de la révélation du mont Sinaï et du don de la Torah et il faut comprendre ce concept appelé : « leur impureté cessa ». Certes, après cela, à la suite de la faute du veau d’or, cette impureté revint sur le peuple d’Israël, mais elle ne revint pas sous la même forme qu’auparavant. Avant cela, elle se trouvait à l’intérieur, tandis qu’ensuite elle ne revint qu’extérieurement.

Dayénou

Dans la Haggada de Pessa’h, nous disons : « S’Il nous avait rapprochés du mont Sinaï sans nous donner la Torah — cela nous aurait suffi. » Et la question connue est : quel intérêt y aurait-il à se tenir devant le mont Sinaï sans recevoir la Torah ? Sans le don de la Torah, nous n’avons pourtant aucun intérêt particulier pour cet endroit appelé mont Sinaï ? Il faut plutôt comprendre que l’essentiel de la faute de Adam résidait dans le fait qu’ils allèrent contre la volonté d’Hachem. Alors fut introduite sur Adam et ‘Hava l’impureté provenant du serpent - la souillure du serpent. Cette impureté saisit principalement l’homme au niveau de ses traits de caractère et elle influence toute la conduite fondée sur les Middot.

La grande union

Lors du don de la Torah du mont Sinaï, une union extrêmement profonde se créa. La Torah relie l’homme au Créateur du monde, conformément à la parole du saint Zohar :  « Le Saint béni soit-Il, la Torah et Israël ne font qu’un. » La Guémara dans le traité Chabbath (108a) décrit la création du monde : « J’ai écrit et donné Ma propre âme. » Le Saint béni soit-Il dit que, pour créer le monde, Il prit Son âme — la lumière —, l’écrivit dans la Torah et la donna au peuple d’Israël. Pour nous relier au Saint béni soit-Il, nous devons contenir la lumière de la sainte Torah. Mais avant tout, nous devons traiter cette impureté, car elle chasse de l’homme la lumière d’Hachem ainsi que la lumière de la Torah. C’est à ce sujet que nos Sages disent : « Les bonnes manières précèdent la Torah » (Vayikra Rabba).

Un grand principe

Pour retirer cette impureté, nous avons les jours du compte du ‘Omer, qui sont des jours de travail sur les traits de caractère. Durant ces jours, moururent les vingt-quatre mille élèves de Rabbi ‘Akiva, parce qu’ils ne se témoignaient pas de respect les uns aux autres ; ils ne pouvaient donc pas être les transmetteurs de la Torah. À ce sujet, leur Roch Yéchiva, Rabbi ‘Akiva, disait : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même — c’est un grand principe de la Torah. » Lorsque nous arrivons chaque année au moment du don de la Torah au mont Sinaï, nous devons en réalité revenir en arrière et recréer cet état dans lequel le peuple d’Israël arriva au mont Sinaï et fut débarrassé de l’impureté du serpent. Par conséquent, ils étaient saints et purs, et ils pouvaient recevoir la lumière de la Torah ainsi que la lumière du Saint béni soit-Il. Toutes les âmes d’Israël, y compris nous-mêmes, pouvaient entendre de la bouche de la Puissance divine : « Je suis Hachem… »

La force de la séparation

Ainsi, chaque homme, chaque année, lorsqu’il s’approche du moment du don de la Torah au mont Sinaï, à l’approche de Chavou’ot, doit veiller à atteindre au moins une certaine dimension de « leur impureté cessa ». Il est impossible d’arriver à Chavou’ot sans un travail préalable, qui est le travail du compte du ‘Omer. Et ici, il faut réfléchir : quelle est donc cette impureté et comment se manifeste-t-elle dans la vie de l’homme ? Les livres saints expliquent qu’il s’agit de l’impureté de l’« ego » de l’homme, et c’est là le secret de la notion de “séparation” en l’homme. le roi Chlomo, le plus sage des hommes, dit : « Celui qui poursuit son désir se sépare » (Michlé 18, 1), et Rabbénou Yona explique : « Celui qui cherche à suivre ses désirs et sa volonté se sépare de tout compagnon et ami » (Cha’aré Téchouva 1, 31). L’essence de cette impureté est la séparation de l’homme avec son entourage, la séparation de l’homme avec la Torah et la séparation de l’homme avec le Saint béni soit-Il. L’homme ne se préoccupe que de lui-même, sans voir son entourage.

Le test

Et comment sait-on réellement que « leur impureté cessa » ? Quel en est le signe ? La réponse est : « Israël campa là face à la montagne — comme un seul homme, d’un seul cœur. » Comment est-il réellement possible d’atteindre l’état de « comme un seul homme, d’un seul cœur » ? Dans la réalité, chaque homme est pourtant séparé individuellement ? La raison est que leur impureté avait cessé. La preuve qu’elle avait cessé résidait précisément dans le fait qu’ils réussirent à atteindre l’état de « comme un seul homme, d’un seul cœur ». Ceux qui échouèrent dans cette épreuve furent les élèves de Rabbi ‘Akiva, qui moururent parce qu’ils ne se témoignaient pas de respect les uns envers les autres selon leur niveau, et le Saint béni soit-Il est extrêmement rigoureux avec les justes, “jusqu’à l’épaisseur d’un cheveu”. Puisqu’ils n’avaient pas réussi l’épreuve de « leur impureté cessa », ils ne pouvaient pas revenir se tenir au pied du mont Sinaï et continuer à transmettre la Torah ; et le Saint béni soit-Il fut rigoureux avec eux selon leur niveau, et ils moururent.

Un immense travail

À présent, il est clair qu’un des grands travaux des jours du compte du ‘Omer, en préparation à la révélation du mont Sinaï et à la fête de Chavou’ot, est l’effort de réaliser : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Pour parvenir à l’état de « comme un seul homme, d’un seul cœur », l’homme doit lutter contre lui-même afin de ne pas nourrir de ressentiment envers les autres, de querelles, d’égoïsme et d’insensibilité envers son entourage et être dans la dimension de : « les bonnes manières précèdent la Torah ». Cette chose est véritablement une obligation pour l’homme. Afin de recevoir la grande lumière de la sainte Torah lors de la révélation du mont Sinaï, l’homme doit purifier ses réceptacles afin qu’ils puissent contenir l’unité. Il faut faire très attention et s’efforcer énormément dans ce domaine, afin de ne pas arriver à l’état des élèves de Rabbi ‘Akiva, et cela demande un grand travail préalable.

Un réceptacle spirituel

Ici, nous devons apprendre un très grand principe. Il existe une grande différence entre les réceptacles du monde spirituel et ceux du monde matériel. Dans le monde matériel, il peut exister un récipient sans contenu. Dans les armoires de cuisine, on peut trouver beaucoup de verres vides, de bouteilles vides, etc. Mais dans le monde spirituel, il n’existe pas de réalité d’un récipient vide. Il ne peut pas y avoir de réceptacle sans lumière à l’intérieur. Le Ram’hal dit que la lumière est une abondance, et que l’homme doit se préparer lui-même à la fois au réceptacle et à la lumière appropriée. Dans le monde spirituel, le simple fait de former le réceptacle attire déjà la lumière vers lui. Voici qu’à la génération de la Tour de Babel, leur but était de lutter, à D.ieu ne plaise, contre le Saint béni soit-Il, et malgré cela il fut dit à leur sujet : « Désormais, rien de ce qu’ils projettent de faire ne leur sera impossible.» La raison en est : « Voici un seul peuple et une seule langue pour tous. » Ils possédaient le réceptacle de l’unité, qui est un réceptacle spirituel ; c’est pourquoi ils attirèrent immédiatement sur eux, d’En-Haut, une lumière d’abondance et de réussite.

Par le mérite de l’unité

De même pour chaque Juif : lorsqu’il accomplit un travail de préparation pendant les jours du compte du ‘Omer, et qu’il arrive avec unité et amour d’Israël, qu’il pardonne, renonce et ne fait pas de calculs, il crée ainsi un réceptacle spirituel qui attire vers lui la lumière du Saint béni soit-Il. Et lorsque vient la fête de Chavou’ot, le réceptacle se renforce et attire véritablement à lui, avec puissance, l’abondance. À ce stade, l’homme se trouve déjà à un niveau élevé, aussi bien du point de vue de la lumière du Saint béni soit-Il que de celle de la Torah. Dans cette situation, même si, en apparence, l’homme ne mérite peut-être pas tellement — car Chavou’ot est le Roch Hachana de la Torah et l’homme y est jugé — malgré tout, grâce aux actes de l’homme et à la dimension d’unité à laquelle il est parvenu, il mérite de recevoir toute l’abondance.

Si nous voulons recevoir la lumière de Chavou’ot, nous devons accomplir quelque chose qui provoquera « la disparition de leur impureté », et notre épreuve est : « comme un seul homme, d’un seul cœur ».