Il y a près de 2 ans, Torah-Box réunissait ses Rabbanim, responsables et équipes autour d’un projet exceptionnel : l’étude de tout le Talmud dédiée à la protection de nos soldats et du peuple d’Israël. Un Siyoum profondément émouvant, né dans le contexte de la guerre, et porteur d’un message puissant d’unité et d’effort.
À l’abri des projecteurs et du tumulte du monde, s’est déroulé la semaine dernière un événement profondément émouvant pour la famille Torah-Box, mais aussi porteur d’inspiration pour tout le peuple juif ; un événement que je souhaite partager avec vous.
L’idée était simple, et pourtant d’une ampleur saisissante : réunir toute l’équipe de Torah-Box, Rabbanim, responsables, créateurs et techniciens, autour de l’étude de l’ensemble du Talmud. Plus de 1 700 feuilles de Guémara, près de deux millions de mots de sagesse ancestrale, à approfondir et à transmettre. Le Siyoum, qui vint couronner cette étude, eut lieu le mercredi 29 avril, dans les salons Aroya à Jérusalem, dans une atmosphère de joie profonde et d’un merveilleux sentiment d’accomplissement, dans tous les sens du terme. Bien davantage qu’une simple cérémonie de clôture, ce moment fut le reflet d’une quête intellectuelle et spirituelle menée avec constance. Chacun y avait non seulement compris, mais aussi éprouvé, combien l’étude est un chemin de longue haleine. Chacun avait ressenti, dans son cœur, la beauté d’un rendez-vous régulier avec une vérité qui dépasse l’homme.
Pour mieux saisir la portée de cet événement, je suis allé directement interroger l’initiateur du projet, le Rav Nissim Haddad. Le Rav Haddad, que vous connaissez sans doute comme l’un des Rabbanim éminents et conférenciers de Torah-Box, sur le site comme à travers le monde, est un homme aux multiples facettes, souvent surprenantes. Ancien des commandos de l’armée israélienne, il dirige un Collel à Kiryat Séfer, où il étudie et enseigne tous les domaines de la Halakha, la Loi juive. Mais, parallèlement, il se rend deux à trois fois par semaine sur des bases militaires de Tsahal pour encourager, enseigner, dialoguer, inspirer, et distribuer une multitude de présents signés Torah-Box : Tsitsiot, Téfilin, Kippot, sucreries et autres douceurs.
Rav Haddad, dans quel contexte vous est venue la brillante idée de ce Siyoum ?
Après le tremblement de terre du 7 octobre 2023, le pogrom de Sim’hat Torah, nous nous sommes lancés dans une vaste opération de soutien aux soldats. Au cœur de la tourmente, nous nous rendions désormais quatre fois par semaine auprès d’eux pour les encourager et leur offrir ce qu’ils nous demandaient eux-mêmes : un supplément de Émouna, de foi et de confiance en D.ieu. Plus de 7 000 Tsitsiot (les gilets pare-balles les plus recherchés !) ont été distribués, sans compter les Kippot, les Téfilin, les livres que nous leur avons apportés. Tout cela dans une atmosphère chaleureuse, avec d’immenses barbecues, de la musique, parfois de véritables concerts. À cela, s’ajoutaient aussi les visites aux blessés, parfois gravement atteints, dans les hôpitaux et les centres de rééducation. J’ai gardé le contact avec beaucoup de ces soldats sur le long terme. J’ai même été l’officiant de la cérémonie de mariage de plusieurs d’entre eux !
Mais je me disais qu’il fallait faire davantage pour les aider…
Et c’est là que vous avez pensé à un Siyoum Hachass ?
Absolument. Après une année de guerre, au Sim’hat Torah suivant, alors que nous dansions autour de la Torah dans un pays encore en conflit, avec des milliers de soldats sur le front, j’ai eu une illumination. J’ai deux fils, dont l’un est à la Yéchiva et l’autre à l’armée, sur le front sud, à Gaza. Ce qui paraît si difficile à comprendre pour d’autres est, pour eux, d’une clarté évidente. Le premier étudie pour la protection du second, et le second combat pour la protection du premier. Une solidarité exemplaire, qui reflète toute l’unité du peuple d’Israël. Je me suis dit qu’il fallait élargir cette collaboration, cette unité profonde, à tout le peuple d’Israël, et commencer précisément par ceux qui diffusent la Torah. Le Rav Dessler nous rappelle l’importance capitale de l’étude régulière, en particulier chez ceux qui sont Mezaké Harabim, ceux qui œuvrent à la diffusion de la Torah. Quoi de plus fort qu’un Siyoum de tout le Talmud, mené par tous les membres de Torah-Box, pour la protection de tout le peuple d’Israël ?
Cela a-t-il été facile à mettre en place ?
Heu… pas vraiment ! Les membres de Torah-Box ont déjà leur propre programme d’étude, selon leurs aspirations, et un emploi du temps bien rempli… Je suis d’abord allé présenter le projet et convaincre Binyamin Benhamou, notre cher directeur. Il a finalement accepté de prendre le premier traité. Ensuite, il a fallu appeler chacun des membres, un par un, expliquer, encourager, persuader, jusqu’à couvrir tout le Talmud. Malgré tous mes efforts, il restait encore un dernier traité, Yébamot, et il faut bien reconnaître qu’il est assez difficile. Pour fermer la boucle, je l’ai pris sur moi, en plus de ce que j’avais déjà prévu…
Sur combien de temps le projet s’est-il étalé ?
En réalité, sur exactement une année. J’ai conclu le dernier traité dans la nuit de la veillée de Hocha’ana Rabba, à la veille de Sim’hat Torah. Et vous ne savez pas le plus frappant. Le matin de Hocha’ana Rabba, veille de Sim’hat Torah, les 20 derniers otages vivants rentraient à la maison !
Avez-vous des anecdotes marquantes ?
Oui, de très nombreuses. Mais je citerai seulement deux soldats grièvement blessés qui avaient demandé la visite de Torah-Box. Le pronostic était sombre, et l’on ne pensait pas qu’ils remarcheraient. Nous leur avons proposé de les associer au mérite de notre étude, et leur récupération physique fut étonnante. Contre toute attente, ils marchent aujourd’hui normalement !
Une autre histoire marquante que je me permets d'ajouter en aparté est celle de cet Avrekh, Rav Raphaël Sabbah, qui venait d’arriver chez Torah-Box et s’apprêtait à quitter le bureau. Il croise le Rav Haddad, qui lui lance avec enthousiasme : "Prends un traité pour le Siyoum !" La réponse fuse, instinctive : "Je n’ai pas le temps." Mais le Rav insiste : "T’inquiète pas, vas-y, on a besoin de toi, jusqu’à l’année prochaine."
L’aventure commence. À mi-chemin du traité Kétouvot, l’apocalypse s’abat : événements imprévus, occupations incessantes, préoccupations qui s’accumulent. L’échéance semble s’éloigner, comme un horizon fuyant. "Quand j’aurai le temps", se dit-il, phrase fatale, car le temps ne vient jamais d’aventure. Quelques mois plus tard, il tente un traité plus "facile", mais l’appel du Rav retentit : "Comment ça se passe ? "Au lieu d’être un psychologue compatissant, le Rav tranche : "On a besoin de toi pour Kétouvot. Continue, en français, sur Artscroll, peu importe, mais fais-le !" L’emploi du temps ? De 6h à minuit, plein à craquer. Pas d’espace, sauf en renonçant au sommeil ou à la nourriture. Pourtant, face à l’échéance serrée – trois pages quotidiennes – il raccroche et va prier dans un champ : "Hachem, Tu ne m’as jamais laissé tomber ; ouvre-moi le chemin !"
Et là, la mer s’ouvre, comme pour Na’hchon. La décision ferme libère l’impossible : des moments cachés surgissent, la journée reste pleine, mais l’étude s’y niche. Trois pages par jour ! Les trajets de bus d’une demi-heure deviennent des trésors de temps ; les files d’attente, des opportunités précieuses ; les quarts d’heure volés s’additionnent, avec cinq minutes avant le sommeil. Demain ? On ne sait pas encore, mais on y croit. Des forces nouvelles émergent : étude pendant les jeûnes, avant ou après les fêtes, même en attendant sa femme de sortie shopping dans les boutiques où il patiente désormais de façon admirable…
On n’a jamais le temps. Vraiment jamais. Mais la solution pour en avoir ? Tout simplement de le créer, par une décision ferme ! Tous ceux qui se sont lancés l’ont vécu : au moment du choix sincère, Hachem ouvre les portes. Cinq minutes ici, dix là, et la journée s’accomplit.
Y a-t-il une suite au projet, ou s’arrête-t-on là ?
Sûrement pas ! Le soir même du Siyoum, nous avons redistribué l’ensemble du Talmud aux participants. Un Siyoum n’est pas un trophée que l’on range, mais une semence pour l’avenir.
Nous repartons de plus belle, et plus fort encore, pour le peuple d’Israël ! Cet événement nous trace une direction, et nous rappelle que la plus haute noblesse de l’homme réside dans sa capacité à apprendre, à accomplir, à achever, et surtout à recommencer. Il nous rappelle aussi que lorsque chacun assume sa part de responsabilité, dans l’unité, le peuple d’Israël devient invincible.
Au cours de cette magnifique soirée, quatre Rabbanim ont partagé leur Siyoum personnel avec l’assemblée : le Rav Mordekhaï Bitton pour le traité Nazir, le Rav Avraham Kadoch, qui a étudié le traité ‘Avoda Zara en binôme avec son jeune fils tout juste Bar-Mitsva, le Rav Moché Avidan, responsable vidéo, pour le traité Bekhorot, puis le Rav Haddad, qui a conclu le Chass. Le Rav Gabriel Dayan, décisionnaire de Torah-Box, nous a également enrichis de ses enseignements.
Le Richon Letsion, grand rabbin de Jérusalem, Rav Chlomo Amar, qui s’est associé à l’événement par amour et respect de la Torah, a souligné que notre époque, qui constitue sans aucun doute les derniers instants précédant la venue du Machia’h, voit peser sur nous de redoutables dangers, matériels comme spirituels. Seule l’étude et la diffusion de la Torah ont la force de nous en protéger. À l’approche de Chavou’ot, il a rappelé que l’ardeur investie dans l’étude et dans la préparation à recevoir la Torah est essentielle ; en retour, Hachem nous récompense avec une telle générosité que les fruits obtenus dépassent de loin l’effort fourni. Il a conclu par une chaleureuse bénédiction adressée à tous les membres de l’organisation, qui se dévouent sans compter pour le peuple d’Israël.
Binyamin Benhamou, fondateur de Torah-Box, a clôturé la soirée en exprimant sa profonde gratitude envers les épouses des participants, dont le soutien a rendu cette réussite possible. Il a rappelé que l’accomplissement de chacun dépend de sa détermination et de sa volonté de faire de son engagement envers la Torah un véritable projet de vie.
Nous laisserons le mot de la fin au Rav Haddad : "Ce projet se veut un projet pilote, destiné à inspirer l’ensemble des communautés du monde juif. En diffusant l’étude du Talmud à cette échelle, nous pourrions faire naître une source de mérites sans précédent, capable de protéger le peuple d’Israël et de porter le dernier coup de maillet, et hâter ainsi la délivrance finale."
Pour participer à ce beau projet, contactez Torah-Box au 01 80 20 5000 ou au 02 37 41 515 (IL).
Propos recueillis par Rav Nathaniel Mimoun





