Le travail du mois d’Eloul est de rechercher tout ce qui n’est pas parfait et n’a pas été arrangé dans notre être et dans nos actes, et de le parfaire immédiatement, à l’image d’un homme qui prépare sa demeure pour la saison des pluies. Il la vérifiera de fond en comble pour s’assurer qu’elle ne renferme aucune faille, aucune zone qui laisserait l’eau de pluie s’infiltrer. Chaque défaut constaté sera aussitôt réparé pour être paré contre l’humidité.

Le mois d’Eloul comprend trois étapes : la première, le commencement, Roch ‘Hodech Eloul, qui est le premier moment pour réparer ; la deuxième s’étale de Roch Hachana à la veille de Yom Kippour, ce que l’on appelle « les dix jours de Téchouva » ; la troisième, le jour de Kippour. Chacune de ces phases comporte son travail propre.

Il faut cependant prendre garde de ne pas ressembler aux bêtes de la fable suivante, rapportée dans le Midrach. Le renard surprit un jour tous les animaux de la forêt en larmes.

« Pourquoi pleurez-vous ? Quelle est la raison d’une telle détresse ? s’enquit-il.

‒ Nous sommes confrontés à un problème si grave que personne ne peut nous en tirer, alors pourquoi perdre notre temps en histoires ?

‒ Vous savez que je suis doté d’une grande sagesse et que j’ai une solution à tout problème. Confiez-moi vos soucis, le remède est garanti ! »

Désespérées, les bêtes racontèrent au renard que le roi des animaux était fort en colère contre elles, ce qui les plongeait dans une profonde détresse.

« N’ayez crainte, les rassura le rusé animal, je vais vous accompagner chez lui. J’ai plus d’une histoire dans mon sac – trois cents récits et paraboles, plus précisément. Je le divertirai par mes fables et quand il sera de bonne humeur, je lui demanderai qu’il vous pardonne ! »

Enchantées de ce secours inespéré, les bêtes se mirent toutes en route pour le repère du lion.

Au bout d’un kilomètre, le goupil s’écria soudain :

« Oh ! là, là ! J’ai oublié 100 histoires ; je ne peux pas continuer à avancer !

‒ Nous allons tout de même continuer, 200 fables devraient bien suffire. »

Le rusé compère acquiesça. Un kilomètre plus loin, il s’exclama de nouveau :

« Oh ! là, là ! J’ai oublié 100 histoires ; je ne peux pas continuer à avancer !

‒ Nous allons tout de même continuer, même 100 peuvent faire l’affaire ! Continue avec nous ! »

Il les suivit jusqu’à l’antre du redoutable animal quand, arrivé au seuil, il s’immobilisa et se mit à pleurer : « J’ai également oublié mes 100 dernières histoires, je ne peux plus me présenter devant le lion ! »

Mais il était trop tard, car celui-ci les avait entendus. Pris au piège, ils ne purent fuir !

De même, lors des trois étapes par lesquelles il passe au mois d’Eloul, l’homme doit engranger un maximum de provisions avant d’arriver au palais royal, sans se décharger jusqu’à avoir atteint le but. De la même manière que l’on procède pour un inventaire, il convient alors de recenser tous ses actes, de voir ce qui lui manque, ce qu’il n’a pas en stock : peut-être n’a-t-il pas assez de ‘Hessed à son actif ? Ou bien n’a-t-il pas assez de Torah ? Ou encore a-t-il accompli un certain nombre de bonnes actions, mais imparfaites, qu’il va immédiatement compléter et réparer pour qu’elles aient la meilleure forme possible. Il faut par ailleurs se méfier du mauvais penchant, qui induit l’homme en erreur et tente de le convaincre que l’erreur est juste et que c’est la Vérité.

Un homme à l’appétit d’ogre avait l’habitude de consommer un agneau par jour. Terrorisés, tous s’étaient enfuis dans la forêt et, lorsqu’il venait les y chercher, ils s’arcboutaient et tentaient de lui échapper, sachant fort bien où il les menait. Aussi réfléchit-il longuement puis, prenant à part chaque animal à tour de rôle, inventa toutes sortes d’histoires. « Tu n’es pas un agneau, tu es un lion », convainquit-il le premier. « Tu es un léopard », fit-il croire au second. Et ainsi de suite, à chaque animal crédule, il raconta autre chose. Lorsque son envoyé vint chercher les bêtes pour les égorger, elles n’opposèrent pas la moindre résistance, certaines d’être invulnérables. C’est ainsi qu’elles allèrent à l’abattoir avec confiance et fierté.

Le Yétser Hara’ procède exactement de la même manière. L’homme voit le monde qui l’entoure, il assiste à la mort des autres et à leurs souffrances, et pourtant il continue ses mauvaises actions. Comment et pourquoi ? Le Yétser Hara’ lui explique qu’il n’est absolument pas touché ni concerné. Il n’est pas comme les autres et n’a aucun rapport avec eux.

Cette période est une période d’introspection, de désabusement et de compréhension. « Sache d’où tu viens et où tu vas », « si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? »… autant de principes qui doivent nous guider, tandis que tous les prétextes et suggestions du Yétser Hara’ doivent être identifiés comme tels : vides de contenu – on peut tout y trouver, sauf la Vérité, qu’il tente de cacher au maximum. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’un de ses innombrables noms est ‘hamsin, du terme ‘hamichit (fraction d’un cinquième), car il empêche l’homme d’aborder les choses sous un angle absolu.

C’est ainsi que l’on voit tout le mal chez l’autre sans se regarder soi-même. On rappellera, à ce propos, l’histoire des dix aveugles qui cheminaient de concert. Arrivés face à un fleuve, ils furent paniqués. Comment passeraient-ils cet obstacle, sans qu’aucun d’entre eux ne se noie ? Comment faire pour ne pas être emportés par les flots ? Ils décidèrent de former une chaîne en se tenant tous par la main. Serrant fort la main de leur voisin, ils firent la traversée, mais une fois montés sur l’autre rive, ils eurent un doute : étaient-ils vraiment tous passés sains et saufs ? Pour s’en assurer, ils eurent l’idée de compter leur groupe, ce dont le chef se chargea. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept huit, neuf… Où était le dixième ? Atterrés, nos amis décidèrent de recommencer le dénombrement. Cependant, catastrophe ! Le recenseur était parvenu au même résultat. Qu’est-il advenu à leur ami ? Un chœur de sanglots s’éleva.

Un témoin de cette scène s’approcha et leur fit la proposition suivante : « Moi aussi, je vais vous compter en vous frappant à tour de rôle. Chaque homme à qui je donnerai un coup criera, et nous compterons ensemble le nombre de cris ! » Aussitôt dit, aussitôt fait. On parvint à un total de dix. La petite troupe était tant rassurée qu’intriguée.

« Comment se fait-il que nous ayons compté deux fois et n’ayons trouvé que neuf hommes, tandis que vous êtes parvenu à établir directement qu’il ne manquait personne ? interrogèrent-ils leur “sauveur”.

‒ C’est comme ça dans la vie. Chacun voit toujours les actes de tout le monde sauf les siens, excepté dans le cas où ça le touche personnellement. Au contraire, il faut se concentrer sur soi-même, sur ce que l’on doit améliorer ou faire de constructif ‒ et non pas sur ce que les autres doivent faire, changer ou rectifier ! »