A l'occasion de la Hiloula de notre maître Rav Aharon LEIB STEINMAN, l'équipe Torah-Box qui prépare depuis un an un livre sur le géant qui nous a quitté, vous livre en avant-première, trois histoires vous dévoilant certains de ses traits de caractère. De belles leçons pour nous, ici !  Celui qui parle du Tsadik de jour de sa Hiloula, celui-ci priera pour lui ! Allumez une bougie et dites "Likhvod haRav Steinman zékhouto taguèn 'alénou" puis priez. Que son mérite protège tout le Klal Israel, Amen !

Un mystérieux incendie

Comment réagirait une personne si, quelque temps après avoir peint son appartement, survenait un incendie couvrant les murs d’une épaisse couche de suie ?

Il exprimerait certainement sa frustration à grands cris, se désolant pour les dépenses et les efforts vains, sachant que tout est à refaire.

Telle serait la réaction de n’importe quelle personne « normale ». Mais ce n’est pas le cas de celui pour qui la matérialité n’a aucune importance et dont le cœur comme les pensées ne sont tournés que vers la Torah, sa seule aspiration, son seul centre d’intérêt.

Qui ne connaît pas l’humble demeure du Rav Steinman, au 5, rue ’Hazon Ich, à Bné Brak ? Qui n’y est entré pour solliciter une Brakha ou un conseil ? Il n’est pas nécessaire de faire de grandes descriptions. Du sol au plafond, cette maison est le symbole d’une simplicité absolue. Comme si les murs dont la peinture s’écaille, les vieilles armoires, les meubles branlants et les dalles cassées criaient en permanence : « Vanité des vanités ; tout est vanité ! » (Kohelet 1,2)

Tout n’est que vanité, certes, mais que fait-on quand un peintre nécessiteux, habitant le quartier, tape à la porte ? La meilleure des Tsédaka n’est-elle pas de lui fournir du travail ? Cela permettrait de l’aider sans le mettre mal à l’aise, pensèrent les proches du Rav. C’était en outre l’occasion rêvée de rafraîchir l’aspect de la maison qui avait besoin d’être rénovée depuis des années. On fit donc appel aux services de ce pauvre pour remettre à neuf l’entrée de l’appartement.

Peu de temps s’écoula avant que les murs fraîchement repeints se couvrent soudain de suie. Pour une raison mystérieuse, la lampe à pétrole, qui était utilisée à l’époque, en était la cause. « Un incendie n’est pas le fait du hasard », souligna le Rav Steinman. « C’est certainement arrivé parce que les murs ont été repeints. »

S’il vous arrive d’entrer dans le petit sanctuaire se trouvant au 5, rue ’Hazon Ich, peut-être remarquerez-vous une zone peinte en vert. Sachez que sous cette couche de peinture, le mur est noir, souvenir éternel d’une légère tentative de rénovation…

Car la Mitsva est un flambeau

Nous sommes en Israël, à une semaine de ’Hanouka. Les artères principales des grandes villes regorgent d’étalages proposant différents types d’huile, des ’Hanoukiot en tous genres ainsi que des mèches – courtes ou longues, tissées de fins fils de coton ou d’ouate – ou encore des petites bougies colorées. En un mot, tout ce qui se rapporte à la fête.

A l’ère d’Internet, du prêt à l’emploi, de l’instantané, la sphère spirituelle également est influencée par cette facilité, cette recherche de rentabilité en un minimum de temps. Ces mèches que nous achetons de nos jours pour quelques pièces étaient ainsi confectionnées autrefois par chaque maître de maison en fonction du nombre de bougies à allumer. Il s’agissait d’une opération extrêmement simple : on les formait à partir de coton que l’on roulait entre ses doigts… Rien d’exceptionnel. Pourtant, quiconque eut le mérite, en Suisse, de voir la manière dont le jeune Aharon Yéhouda Leib s’y prenait n’a jamais oublié cette vision.

Rabbi Yaakov Netta Bach , l’un des anciens de la Yéchiva Ets ’Haïm de Montreux, évoque cette époque – lorsque, fuyant sa terre natale pour échapper aux griffes de l’armée polonaise, le futur Gadol trouva refuge en Suisse.

« A chaque fois que nous jetions un coup d’œil vers la place de Rabbi Aharon Leib, elle était occupée. Il était toujours assis en train d’étudier, quoi qu’il arrive. Chaque minute était importante, chaque seconde était exploitée. Mais quand ’Hanouka arrivait, une demi-heure avant l’allumage, le Rav Steinman mettait son étude de côté pour se consacrer à la préparation des mèches et de tout le nécessaire.

« Tout le monde le faisait et pour beaucoup d’entre nous, c’est encore le cas aujourd’hui, me direz-vous. Mais ce cérémonial, témoigne Rabbi Yaakov, était inoubliable ! Rabbénou s’investissait de toutes ses forces dans la préparation de ces mèches. Il tressait les fils de coton avec un amour indicible.

« Quelque soixante-dix ans plus tard, je reste profondément marqué par ces moments d’exception, par cette vision éblouissante. Jusqu’à ce jour, cette image apparemment simple n’a pas quitté pas mon esprit, m’insufflant un immense amour pour les Mitsvot. »

De douces humiliations

Nous vivons dans un monde où la matérialité est omniprésente. A chaque coin de rue nous guettent toutes sortes de tentations, dans les étalages des épiceries, buvettes et autres restaurants, dans les vitrines des magasins de vêtements et bijouteries… Les occasions ne manquent pas.

Pourtant, à l’abri des regards indiscrets, Rabbi Aharon Leib étudie la Torah dans le refuge de son humble demeure. Là, les murs, les meubles peuvent témoigner qu’en ces lieux, la matérialité n’a pas la moindre emprise. Elle s’est transmuée, revêtue de spiritualité.

Dans cette citadelle, la vie se déroule dans une autre sphère, celle de l’éternité. Rien ne vaut la Torah étudiée dans la simplicité, en se suffisant du strict minimum, non par défaut, mais par choix, par idéal. Quiconque y pénètre perçoit la richesse spirituelle qui naît de cette simplicité absolue, alors que la matière est réduite à sa plus stricte expression. En vérité, cette demeure abrite de véritables trésors de Torah, des trésors inépuisables à l’intention de tous.

Si l’austérité est un niveau en soi, il en existe un supérieur, que maîtrisent les Grands de ce monde : les mortifications et les privations. A notre époque, peu connaissent ces notions pourtant très anciennes. Mais jusqu’où va le Rav Steinman dans ce domaine ? Nous allons, pour répondre, nous appuyer sur l’analyse du Rav Eliezer Yéhouda Finkel, Roch Yéchiva de Mir, qu’il tire lui-même d’un témoignage du Rav Israël Eliahou Weintraub : les mortifications que s’impose le Rav Steinman sont comparables à celles qui étaient pratiquées à l’époque du Gaon de Vilna !

Chez Rabbi Aharon Leib, qui ne jouit presque pas de ce monde, aucune distinction n’est faite entre l’absence d’esthétique, d’honneurs, de décoration ou les humiliations.

Les humiliations… leur seule pensée fait tellement frémir. Certains seraient même prêts à donner tout ce qu’ils possèdent pourvu que leur honneur n’ait pas à souffrir la moindre atteinte. Le Rav Steinman, au contraire, prise le déshonneur. Si les Tanaïm, ces Sages d’une envergure exceptionnelle, appelaient de leurs vœux les souffrances, Rabbi Aharon Leib appelle de ses vœux les vexations, qui remplissent à ses yeux un rôle précieux.

Ainsi, à partir du moment où des individus sans scrupule ont cherché à noircir son nom, il a réagi avec une grandeur remarquable. Cette manière de supporter le déshonneur n’est effectivement pas sans rappeler le comportement de Guédolim des générations antérieures, comme le Gaon de Vilna ou le Chaagat Arié, qui s’exilaient volontairement dans le but d’être en butte aux humiliations du commun des mortels afin d’expier leurs fautes et de s’élever davantage. « Au contraire, je les ai connues depuis ma jeunesse », explique Rabbi Aharon Leib pour apaiser la flamme de ceux qui ne parviennent pas à accepter les vexations, les affronts dont est victime cet homme saint.

« Les ascètes et les grands hommes qui vivaient à Brisk quittaient leur maison pour s’exiler, précise-t-il également. Ce n’est qu’en constatant que cette pratique leur causait du Bitoul Torah, les détournait de l’étude, qu’ils l’ont cessée.

« J’ai vraiment de la chance qu’Hachem m’ait accordé ces deux avantages : d’une part, les humiliations pour purifier mes actes et expier mes fautes, et de l’autre, celui de ne pas avoir à m’exiler, et donc de ne pas subir de Bitoul Torah. » Des paroles rejoignant les témoignages des proches du ’Hazon Ich, qui acceptait les vexations avec joie.

Lorsqu’un Séfer Torah est brûlé par des mains criminelles, le parchemin se consume, mais ses lettres s’envolent. Mais lorsque les attaques verbales à l’encontre de personnalités de Torah se multiplient telles des flèches acérées, elles n’atteignent jamais vraiment leur cible, car il est impossible d’humilier un Séfer Torah vivant. En fait, les Guédolim sont prémunis contre de telles hostilités. Plus, ils leur ouvrent la porte. De même que les souffrances, elles leur sont chères, chères comme l’exil.

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