Ezra est l’un des personnages les plus importants de la période qui a suivi la destruction du Premier Temple. Il a été responsable de conduire le peuple en exil en Babylone lorsqu’il est retourné en Erets Israël et a dirigé les Anché Knesset Haguédola (les membres de la Grande Assemblée) qui ont institué de nombreuses lois et pratiques, qui jouent un rôle essentiel dans notre vie. Il est remarquable au point que la Guémara[1] le compare à Moché Rabbénou : « Ezra a été digne de transmettre la Torah comme Moché. »

Bien que sa grandeur en général soit évidente, il est nécessaire de procéder à une analyse pour déduire des aspects plus spécifiques de son caractère. Le Méchekh ‘Hokhma cite un passage du Talmud de Jérusalem qui nous aide dans ce sens : le Yérouchalmi[2] consigne que Rabbi Dossa ben Hourkénos avait mentionné que Rabbi Elazar ben Azaria était un descendant à la dixième génération d’Ezra, et il rapporte pour preuve qu’ils avaient des yeux identiques. Le Méchekh ‘Hokhma explique que ce passage du Yérouchalmi ne relève pas qu’ils avaient des yeux identiques du point de vue de la ressemblance physique, mais plutôt qu’Ezra et Rabbi Elazar ben Azaria avaient une conception du monde similaire. Il traite d’abord d’un aspect essentiel des actions et de la perspective d’Ezra.

Il explique qu’Ezra a été à l’instigateur d’un changement majeur dans l’accessibilité de la Torah aux masses. À l’origine, la Torah était supposée être aux mains d’érudits de Torah qui étudieraient directement la Torah eux-mêmes et la transmettraient ensuite aux masses. Cela visait à écarter la possibilité que des individus moins vertueux fassent un usage inapproprié de la Torah qu’ils avaient apprise et causent des dommages par leurs connaissances. Ce système reposait sur le fait que la Torah était écrite en Ivrit, une langue connue des érudits en Torah, mais inconnue des masses. Le peuple devait donc s’appuyer sur les érudits pour leur étude.

Or, Ezra remarqua que ce système était devenu moins efficace avec la destruction du Premier Temple et l’exil du peuple juif. Depuis qu’ils s’étaient éparpillés, il était bien plus difficile pour eux de se rendre auprès de Sages pour étudier la Torah, et en conséquence, il existait un grand risque que le peuple oublie les fondements de la Torah. Nous en avons pour preuve le Livre de Né’hémia[3] où le peuple réalisait des actions interdites le Chabbath en raison d’un manque de connaissances. Ezra réalisa le grand risque et avec son Roua’h Hakodèche (esprit prophétique), il décréta que la Torah serait désormais écrite en assyrien, une langue connue du peuple. Ils pourraient de cette manière étudier la Torah sans devoir se rendre chez les Sages. Il existait un risque que certains comprennent mal certaines parties de la Torah ce qui entraînerait des conséquences néfastes, mais Ezra réalisa que ce danger était dépassé par le besoin pressant de rendre la Torah accessible à tous. Le Méchekh ‘Hokhma remarque que lorsque nos Sages affirment qu’Ezra aurait mérité de recevoir la Torah et de la transmettre comme Moché Rabbénou, ils font référence à la contribution fondamentale d’Ezra à l’étude de la Torah. C’était si important pour lui qu’il a rendu la Torah accessible aux masses, et ce geste était d’une portée comparable au don de la Torah.

Le Méchekh ‘Hokhma évoque ensuite Rabbi Elazar ben Azaria. L’un des plus célèbres récits de la Guémara qui le concerne est la période où il remplaça Rabban Gamliel au poste de Nassi (chef spirituel)[4]. Rabban Gamliel avait institué que seules des personnes d’un haut niveau pouvaient entrer au Beth Hamidrach, car il redoutait les ramifications négatives de la possibilité de laisser tout le monde étudier la Torah. Lorsque Rabbi Elazar ben Azaria devint Nassi, il supprima immédiatement cette règle et déclara que toute personne qui le désirait pourrait venir étudier. Ce jour-là, un bien plus grand nombre d’hommes fréquentèrent le Beth Hamidrach. La Guémara indique que Rabbi Elazar ben Azaria a eu raison. Le Méchekh ‘Hokhma explique que la perspective de Rabban Gamliel était dominante avant Ezra, tandis que l’approche de Rabbi Elazar ben Azaria était la même que celle d’Ezra, qui encourageait les masses à étudier la Torah. C’est l’idée du Talmud de Jérusalem qui souligne la ressemblance entre Ezra et Rabbi Elazar ben Azaria en termes de regard : ils concevaient le monde de la même façon, avec la croyance qu’au vu des circonstances de l’époque, il fallait instituer une nouvelle approche de l’étude de la Torah.

Les contributions d’Ezra et de Rabbi Elazar ben Azaria ont été si importantes que cette approche a été adoptée par l’ensemble du Klal Israël. La Torah écrite et orale sont désormais accessibles à toute personne désireuse de l’étudier, et dans de nombreuses langues. Ceci pour parer au risque que la Torah soit oubliée chez certains membres du peuple juif et assurer la continuité de l’étude de la Torah dans le monde.

 

[1] Sanhedrin 21b

[2] Yébamot 1,6

[3] Né’hémia 13,15

[4] Brakhot 28a