Rabbi Zévouloun Shoshana naquit en 1900, à Marrakech, de Rabbi Avraham et de la Rabbanite Hassiba.
Fils de saints
Il était issu d’une illustre lignée de Rabbanim, descendante des Juifs expulsés d’Espagne qui, au terme de leurs errances, s’établirent à Marrakech, où la famille demeura pendant plusieurs siècles.
Parmi les premiers Rabbanim connus de la famille figure Rabbi Yéchou’a Shoshana, qui vécut à Marrakech à la fin du XVIIe siècle. Il fut emprisonné avec Rabbi Avraham Azoulay le dernier (voir Malkhé Rabbanan, folio 11, colonne 2). Il était également versé dans la Kabbale (ibid., folio 79, colonne 1).
Vint ensuite Rabbi Chlomo Shoshana le premier, dont nous avons retrouvé la signature sur un acte datant de 1732, puis sur un jugement de 1734, aux côtés de Rabbi Avraham Amar et de Rabbi Chlomo Benveniste (voir Malkhé Rabbanan, folio 114, colonne 3). Des enseignements de Torah en son nom figurent également dans les manuscrits 723, folio 28a, et 735, folio 51b, de l’Institut Ben-Zvi.
Puis vint Rabbi Chmouel Shoshana, arrière-grand-père du Rav. Celui-ci écrit à son sujet dans l’introduction de Maté Zévouloun, tome I :
« Et moi, en franchissant les portes de ce livre, je rends grâce à l’Éternel, qui m’a comblé de bienfaits et m’a donné le mérite de monter en Terre sainte et d’y faire monter ma famille… Nous avons ainsi mérité de nous rattacher à nos racines et à l’arbre qui fait la gloire de notre famille : le grand Rav, forteresse et tour, l’Ancien des jugements, le Gaon Rabbi Chmouel Shoshana, de mémoire bénie. Il quitta Marrakech pour monter en Terre d’Israël vers 1785, devint président du tribunal rabbinique de Tibériade et est notamment connu pour les approbations qu’il accorda à plusieurs ouvrages de ses contemporains. »
Rabbi Chmouel accomplit également une mission d’émissaire de Tibériade à Tripoli, Tunis et Alger. En 1754, à Tripoli, il donna son approbation au livre Hayé Avraham de Rabbi Avraham Khalfon, imprimé à Livourne en 1826. Il signa en ces termes :
« Ainsi parle le cadet Chmouel, au service de la maison de notre sainteté, dans cette délicieuse ville sainte de Tibériade, [formule], en l’année “Je me suis levé pour ouvrir à mon bien-aimé”, parcourant année après année, le cadet Chmouel Shoshana, [que sa fin soit bonne]. »
De retour à Tibériade, il signa, en 1836, la lettre de mission de Rabbi Chem Tov Calderon et, en 1821, celle de Rabbi Its’hak Irgas (voir Shlouhé Erets Israël, p. 635).
Le Rav aimait raconter des récits extraordinaires sur ce Gaon, sage éminent, profondément versé dans le Talmud et les ouvrages des décisionnaires. Juge remarquable et dirigeant communautaire de premier plan, il ne craignait personne.
Vint ensuite Rabbi Chlomo Shoshana le second. Sa signature figure sur un acte de 1819, aux côtés de Rabbi Aharon Halévi, ainsi que sur un jugement de 1826, aux côtés de Rabbi David Hazan (voir Malkhé Rabbanan, folio 114, colonne 3). Des enseignements de Torah en son nom figurent également dans le manuscrit 759, folio 57b, de l’Institut Ben-Zvi.
Nous trouvons également Rabbi Yéhouda Shoshana, présenté comme un grand kabbaliste et comme le responsable de la confrérie de Rabbi Chim’on bar Yo’haï. Sa signature apparaît sur un jugement rendu aux côtés de Rabbi Ya’akov Ibn Haïm, il y a environ 166 ans.
Citons encore Rabbi Eliahou Shoshana, dont la stèle porte cette inscription : « Perspicace et versé dans tout le Talmud », qualificatifs qui, comme on le sait, n’étaient attribués qu’à de très rares érudits. Comme Rabbi Yéhouda mentionné plus haut, il repose à Marrakech, près du Maharam Haliwa — que son mérite nous protège.
Mentionnons enfin Rabbi David Shoshana, oncle du Rav, qui vécut au XIXe siècle. Ses contemporains le décrivaient comme « le Rav accompli, le pieux, l’humble, le kabbaliste divin ». Il composa un commentaire sur la Torah intitulé Shémen Zayit Zakh, qui fut conservé par son fils, le kabbaliste Rabbi Yossef Shoshana, lui aussi enterré à Marrakech. Rabbi David Shoshana mourut en 1898 (voir Malkhé Rabbanan, folio 25, colonne 3).
Le Rav racontait également de merveilleux récits témoignant de sa sagesse et de l’étendue de ses connaissances, tant dans la Torah révélée que dans la Torah cachée.
Le Rav naquit donc au foyer de Rabbi Avraham — dont la tombe fut retrouvée à Marrakech il y a quelques années — et de la vertueuse Madame Hassiba.
Rabbi Avraham était très fortuné et comptait parmi les principaux marchands de soie de son époque. Il était aussi l’un des piliers de la communauté, réputé pour sa piété et sa générosité. Le Rav racontait avoir découvert, inscrit dans son livre de prières Téfilat Ha’hodech, qu’il avait accompli au cours de sa vie trente-sept « Hafsakot », des jeûnes d’une semaine entière.
Avec son épouse, il accueillait et élevait des orphelins et des orphelines. Leur maison était ouverte à tous ceux qui venaient chercher de l’aide ou demander conseil. Rabbi Avraham était en effet connu pour son intelligence et la justesse de ses conseils.
Mais ceux qui se tournaient vers lui ne trouvaient pas seulement un conseiller avisé. Ils rencontraient aussi une oreille attentive et un cœur profondément compatissant. Il partageait leurs peines et ressentait leur douleur comme si elle avait été la sienne, parfois jusqu’aux larmes. Son épouse en venait à demander à ceux qui sollicitaient son aide de ménager sa santé et de ne pas lui faire porter tout le poids de leurs souffrances.
À la fin de sa vie, Rabbi Avraham fut atteint d’une longue maladie. Le Rav, son unique fils encore en vie, prit soin de lui jusqu’à son décès, survenu un vendredi, à Lag Ba’omer 1937. Il fut enterré près du tombeau de l’illustre poète Rabbi Chlomo Abitbol, auteur du célèbre Piyout « Yafa Vétama ».
Ses maîtres
Le Rav reçut les fondements de sa formation talmudique dans la Yéchiva de Rav El’azar Halévi, auteur du précieux ouvrage 'Avodat Halévi, consacré à plusieurs traités et publié en deux éditions et en deux volumes. De nombreux élèves de Marrakech et des villes environnantes affluaient dans sa Yéchiva.

Lors d’une fête familiale, aux côtés de son neveu, le Rabbi ‘Haïm Raphaël Shoshana
Sa méthode d’étude
Auprès de ce maître, Rabbi Zévouloun acquit l’essentiel de la méthode d’étude approfondie de la Guémara, de Rachi et des Tossafot propre aux sages du Maroc. Cette méthode était alors particulièrement estimée des étudiants des différentes villes du Maghreb.
Elle semble trouver son origine dans la tradition d’étude séfarade développée par le Gaon de Castille, Rabbi It’shak Canpanton, et Rabbi It’shak Abohav. Cela n’a rien d’étonnant : les disciples de Rabbi It’shak Canpanton furent eux-mêmes les maîtres de grands diffuseurs de Torah et de dirigeants de Yéchivot à Safed et Jérusalem, Constantinople et Salonique, au Caire et à Fès. Il est donc fort probable que leur méthode soit également parvenue jusqu’à Marrakech.
Au fil des générations, toutefois, elle perdit une partie de sa terminologie et de ses subtilités pour devenir plus simple et plus accessible.
Dans les Yéchivot de Marrakech, les étudiants devaient tout d’abord examiner le passage de Guémara sans consulter Rachi. Ce n’est qu’ensuite qu’ils confrontaient leur propre compréhension à celle de Rachi, afin d’identifier les différences et d’en saisir les raisons.
On exigeait également d’eux qu’ils comprennent la logique profonde de chaque raisonnement développé dans le passage, aussi bien les hypothèses finalement rejetées que la conclusion retenue : quelle était précisément la pensée de celui qui soulevait l’objection ? Qu’apportait de nouveau celui qui y répondait ?
Les Tossafot étaient eux aussi étudiés avec une extrême minutie. Il fallait saisir en profondeur leurs questions, leurs réponses et jusqu’à l’ordre dans lequel s’enchaînaient leurs arguments.
Cette méthode exigeait une concentration considérable, mais ses fruits étaient à la mesure de l’effort fourni : elle permettait à l’étudiant de pénétrer au cœur du passage et de la pensée des Richonim, tout en développant son sens de l’analyse et son esprit critique.
Le second maître du Rav fut le grand Rav Mordekhaï Corcos, juge remarquable, juste et pieux. Auprès de lui, il étudia le Tour et le Choul’han Aroukh avec leurs commentateurs, ainsi que, de manière approfondie, le commentaire d’Ibn Ezra sur la Torah.
Il étudia également au Kollel de sages éminents fondé par l’illustre talmudiste, le Rav Avraham Abitbol.

Au mariage de sa fille, aux côtés de son fils, le Rabbi A. et de Rabbi Issakhar Meïr.
Diffuser la Torah et former des élèves
Le Rav avait une véritable passion pour la transmission de la Torah et trouvait une joie particulière à former des élèves.
Lorsqu’une grande Yéchiva fut fondée à Marrakech, il fut nommé parmi les trois maîtres chargés de la diriger. Il disait n’avoir connu dans sa vie de jours plus heureux que ceux qu’il passa à y enseigner la Torah.
Quelques années plus tard, alors que la Yéchiva déclinait en même temps que la communauté, il s’installa à Casablanca, en 1951. Il y devint Roch Yéchiva de la Yéchiva Otsar Ha’hassidim, fonction qu’il occupa pendant une quinzaine d’années, jusqu’à sa montée en Terre d’Israël en 1964.
Il consacra ainsi plus de trente années à l’enseignement de la Torah et eut le mérite de former de nombreux élèves. Plusieurs d’entre eux devinrent à leur tour des figures remarquables du monde de la Torah, occupant des fonctions de Roch Yéchiva, de Dayan ou de Rav, en Israël comme à l’étranger.
On raconte qu’à l’époque où il vivait encore à Marrakech, un messager se présenta en plein Chabbath avec une lettre du palais royal. Durant tout le Chabbath, le Rav fut inquiet, craignant qu’une fausse accusation n’ait été portée contre lui, à D.ieu ne plaise.
À la sortie du Chabbath, il ouvrit enfin la lettre : elle contenait sa nomination au poste de Dayan. Dès qu’il en prit connaissance, il déclara que cette fonction ne l’intéressait pas et qu’il préférait continuer à former des élèves.
Un prédicateur renommé
Le Rav était également connu à Marrakech comme le prédicateur attitré de la ville.
Autrefois, dans les communautés du Maghreb, les prédicateurs prenaient principalement la parole à l’occasion de décès. Leurs interventions ressemblaient cependant davantage à de véritables cours de Halakha qu’aux oraisons funèbres telles que nous les connaissons aujourd’hui.
Le prédicateur commençait par exposer un thème approprié, puis parcourait le Pardès de la Torah, développant de vastes constructions dans la Aggada et la Halakha, avant de revenir finalement à son point de départ et de conclure par un éloge du défunt.
Ses fils racontent que les prédications du Rav pouvaient durer près de deux heures. Des Dayanim et de grands érudits venaient l’écouter et suivaient ses développements avec la plus grande attention. Il leur arrivait même de soulever leurs objections au beau milieu du sermon.
Dans les dernières années de sa vie, le Rav constata avec tristesse que ce genre de prédication n’attirait plus le public comme autrefois. Il se limita dès lors à de brèves idées ou à des paroles de Moussar capables de toucher les cœurs.
Une épouse à ses côtés
Il épousa la Rabbanite Fibi (Farha), elle-même issue d’une illustre famille de Rabbanim. Elle était la fille de Rabbi Moché et la petite-fille du kabbaliste Rabbi Saïd Abergel, sage versé dans les mystères de la Torah, qui mérita à plusieurs reprises la révélation du prophète Élie.
Elle se tint aux côtés de son époux avec un dévouement absolu afin qu’il puisse consacrer sa vie à l’étude de la Torah. Les Midrachim de nos Sages étaient constamment sur ses lèvres.

Au mariage de sa fille, entouré de son fils, le Rabbi A., et de Rabbi Issakhar Meïr
Sa piété et sa sainteté
Au-delà de sa grandeur en Torah, qui suscitait l’admiration de ses pairs, le Rav se distinguait par sa piété, son humilité, la pureté de son âme et la noblesse de son caractère.
Il serait impossible de décrire ici dans le détail l’ensemble de ses habitudes et de ses comportements, tant chacun était empreint de réflexion, de mesure et de minutie. Nous tenterons seulement d’esquisser, à grands traits, quelques aspects de sa personnalité spirituelle.
Le Rav vouait au ‘Hida et à son enseignement un amour sans bornes. Il prononçait toujours son nom avec un profond frémissement de respect.
Déjà au Maroc, à une époque où les ouvrages du ‘Hida étaient difficiles à trouver, il déployait tous ses efforts pour se les procurer. Il les étudiait sans relâche et en acquit une connaissance remarquable.
Lorsque la dépouille du ‘Hida fut transférée en Terre d’Israël, le Rav prit l’habitude de se rendre fréquemment sur sa tombe, à Jérusalem.
S’il était profondément attaché aux grands ouvrages du ‘Hida en Halakha et en Derach pour leur immense richesse, c’est surtout son 'Avodat Hakodech — qui comprend notamment Moré Baetsba, Tsipporen Shamir et Kesher Goudal — qui devint pour lui un véritable guide de vie. On pourrait presque dire que sa personnalité spirituelle fut façonnée à son contact.
Parmi les nombreux ouvrages de Moussar, c’est celui-ci, avec le Pelé Yoets, qu’il choisissait pour transmettre au public des enseignements de morale.
Le Rav était d’un naturel discret. Il gardait ses sentiments en lui et savait les maîtriser. Il parlait peu et veillait avec soin à ses regards.
À première vue, il pouvait paraître introverti et replié sur lui-même. Il n’en était rien. Il était au contraire extrêmement attentif à ce qui l’entourait et parfaitement au fait de la vie de sa communauté comme des événements politiques à travers le monde, en particulier lorsqu’ils concernaient la situation du peuple d’Israël parmi les nations.
Les membres de sa famille découvrirent qu’aux périodes où sa situation matérielle le lui permettait, il soutenait secrètement des hommes qui consacraient leur vie à l’étude de la Torah. Les bénéficiaires eux-mêmes ignoraient l’identité de leur bienfaiteur.
Il servait l’Éternel avec une émotion profonde mais contenue. Il récitait ses prières et ses bénédictions avec ferveur, lentement et posément, comme s’il pesait chacun de ses mots. À chaque étape de son existence, il s’en remettait à l’Éternel.
Dans les jours heureux, il remerciait son Créateur avec émotion. Dans les périodes d’épreuve et de maladie — et il en connut de longues années —, il acceptait le jugement divin avec foi et cherchait en lui-même ce qu’il pouvait encore améliorer dans son service de D.ieu.
En 1964, il monta en Terre d’Israël et s’installa à Kiryat Gat.

Il refusa d’y exercer toute fonction rabbinique. Le Rav Mordekhaï Elmaleh, rabbin de la ville, lui proposa de devenir membre du bureau du rabbinat et rabbin de quartier ; il déclina. Lorsqu’on lui proposa également un poste de Dayan, il opposa le même refus et choisit de poursuivre son étude de la Torah dans la discrétion.
Il faut ici rendre hommage à son épouse, la Rabbanite Fibi, qui alla travailler de ses propres mains afin que son mari puisse continuer à étudier sans être détourné de sa vocation.
Rapportons un épisode, parmi tant d’autres, survenu durant les dernières années du Rav en Israël.
Les habitants de Kiryat Gat le tenaient pour un homme d’une intégrité absolue. Un habitant de son quartier vint donc un jour lui confier une fortune : un imposant lingot d’or. Le Rav accepta de le garder chez lui, à titre gracieux.
Un jour, il partit faire quelques courses au centre-ville après avoir soigneusement fermé son appartement. À son retour, il découvrit avec stupeur que son domicile avait été cambriolé. Tout avait été retourné : canapés et lits renversés, armoires vidées, objets éparpillés sur le sol.
Il semblait que l’existence du précieux dépôt fût parvenue aux oreilles de personnes mal intentionnées, venues spécialement pour s’en emparer.
La première préoccupation du Rav fut de vérifier si le lingot avait disparu.
À son immense soulagement, il constata que les voleurs avaient emporté tout ce qu’ils avaient trouvé de valeur — l’argent liquide ainsi que les bijoux en or de son épouse, bagues, boucles d’oreilles et bracelets qu’elle possédait depuis sa jeunesse — mais qu’ils n’avaient pas découvert le lingot, pourtant simplement enveloppé dans un foulard.
Comme frappés d’aveuglement, ils étaient passés à côté sans le voir.
La Rabbanite, constatant la joie de son mari alors que tous ses bijoux venaient d’être dérobés, ne put cacher son étonnement.
Le Rav lui expliqua :
« Imagine que j’aie dû annoncer au déposant que des voleurs étaient entrés chez nous et avaient emporté son or. M’aurait-il cru ? Quelle profanation du Nom divin cela aurait pu entraîner ! Les gens auraient médit de moi et, à travers moi, jeté le discrédit sur les hommes de Torah. Mieux vaut donc perdre tous nos biens plutôt que de voir le Nom de l’Éternel profané en public. »
Son décès
Le Rav fut rappelé à D.ieu le Chabbath Chouva, le 11 octobre 1986.
Ses funérailles eurent lieu la veille de Yom Kippour. Il repose au mont des Oliviers, à Jérusalem, près du tombeau de Rabbi Meïr Abi’hssira — que son mérite nous protège.
Enseignement du Rav Shoshana sur la circoncision
« Car la chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l’accomplir » (Dévarim 30, 14).
Le Midrach Rabba commente : « Moché dit : elle n’est pas éloignée de toi, mais elle est proche de toi. »
Le Rav s’interroge : à première vue, ces paroles semblent énigmatiques. La Torah affirme déjà explicitement : « Car ce commandement que Je te prescris aujourd’hui n’est pas trop difficile pour toi, ni éloigné de toi. » Qu’est-ce donc que le Midrach vient ajouter ?
Le Rav propose de l’expliquer à la lumière d’un remarquable enseignement du Ktav Sofer.
Le Ba’al Hatourim relève que les initiales des mots « Mi Ya’aléLanou Hachamayma » — « Qui montera pour nous au ciel ? » — forment le mot Mila (circoncision). Mais quel rapport existe-t-il entre la circoncision et ce passage, qui traite du repentir ?
Le Ktav Sofer l’explique ainsi : la circoncision présente une particularité. Pour l’accomplir, l’homme doit aller à l’encontre de sa compassion naturelle et accepter de circoncire son propre fils malgré la peine que cela lui cause. Une telle épreuve nécessite une aide particulière du Ciel, comme le suggère le verset : « Et Tu as conclu avec lui l’alliance » (Né’hémia 9, 8) : D.ieu, se tient aux côtés de l’homme et l’aide à accomplir la Mitsva.
C’est ce que suggèrent les mots : « Qui montera pour nous au ciel ? » Même lorsque la Mitsva paraît difficile à accomplir, dès lors que l’homme fait le premier pas et manifeste sincèrement sa volonté de l’accomplir, D.ieu lui vient en aide.
Le Rav explique qu’il en va de même pour le repentir.
Lorsqu’un homme s’est longtemps habitué à fauter, changer de voie peut lui sembler extrêmement difficile, car l’habitude finit par devenir une seconde nature. À cela s’ajoutent les efforts qu’exige le repentir et les moyens d’expiation qu’il peut comporter, tels que les jeûnes et les mortifications. Face à ces difficultés, l’homme pourrait se décourager et repousser son repentir.
C’est précisément à cela que répond la Torah : « Elle n’est pas dans le ciel » ; au contraire, « la chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l’accomplir ».
Les paroles du Midrach prennent alors tout leur sens : « Moché dit : elle n’est pas éloignée de toi (Mimékha) ».
Le Rav décèle dans le mot Mimékha — « de toi » — une allusion au corps même de l’homme et, par conséquent, à la circoncision. Moché enseigne ainsi au peuple d’Israël que la circoncision nous livre la clé du repentir : de même que le Juif parvient à circoncire son fils malgré sa compassion naturelle, parce que le Saint, béni soit-Il, l’aide à accomplir la Mitsva, de même peut-il parvenir à se détacher de la faute.
Même lorsqu’un homme s’y est profondément enlisé et qu’il lui semble presque impossible de changer, il lui appartient de faire le premier pas. S’il ouvre ne serait-ce qu’une brèche de la taille du chas d’une aiguille, il bénéficiera de l’aide du Ciel et pourra parvenir à un repentir complet.
C’est également ce qu’enseigne Rabbénou Yona dans Cha’aré Techouva :
« L’Éternel aidera ceux qui reviennent, là où les forces de leur nature ne suffisent pas. »





