Question : “Je traîne la même difficulté depuis des années. J’ai consulté de nombreux professionnels, dans différents domaines, j’y ai investi du temps, de l’énergie et de l’argent, mais rien n’a vraiment changé et je reste en détresse. Existe-t-il réellement une manière de m’aider, même après tant d’échecs ?”

Réponse du Rav Boyer :

Avec l’aide du Ciel, il est possible que la solution à cela se trouve dans la Paracha de Béchala’h. Après que les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte, ils se retrouvèrent dans une très grande détresse au bord de la mer des Joncs. La mer était devant eux, des serpents et des scorpions sur les côtés, Pharaon et les Égyptiens derrière eux, et ils criaient. Moïse, notre maître, cria lui aussi vers Hachem, mais le Saint béni soit-Il lui répondit une réponse surprenante, qui, en apparence, ne correspond pas tellement à ce à quoi nous sommes habitués. Le Saint béni soit-Il lui dit : « Pourquoi cries-tu vers Moi ? » et le saint Zohar explique : « Ce n’est pas le moment de la prière » — maintenant, ce n’est pas le temps de prier, mais plutôt : « Parle aux enfants d’Israël, et qu’ils avancent ».

Le saint Or Ha’haïm, ainsi que les autres commentateurs, pose ici la question : après tout, chaque Juif sait qu’en temps de détresse, il faut prier et crier vers le Saint béni soit-Il : « Ils crièrent vers Hachem dans leur détresse » (Psaumes 107, 6). De même, il est rapporté dans le Midrach (Tan’houma, Paracha Béchala’h) que la force de cette nation n’est que dans sa bouche. La prière est la force du peuple d’Israël. Or ici, c’est le seul endroit où nous trouvons que le Saint béni soit-Il dit à Moïse notre maître de ne pas prier. Qu’est-ce qui se cache là-dedans ?

Voici donc l’explication des choses : il existe une détresse qui arrive à l’homme à cause de calculs célestes, ou afin de l’éprouver. C’est une détresse qui vient de l’extérieur. Lorsque la détresse vient de l’extérieur, le Juif doit crier vers Hachem, car, pour ainsi dire, Hachem lui a apporté la détresse et Il peut aussi la lui retirer, selon le principe : la bouche qui a interdit est la bouche qui a permis.

Mais il existe un autre type de détresse, et celle-ci provient de l’homme lui-même...

Job nous a enseigné la règle : « Ce que je redoutais m’est arrivé ». Lorsque l’homme a réellement peur d’une chose déterminée, il l’attire précisément sur lui-même. De même, nos Sages nous ont avertis de faire très attention à tout ce qui sort de la bouche, car « une alliance est conclue avec les lèvres » (Moèd Katan 18a). Dans ces cas-là, l’homme s’attire la détresse sur lui-même, et c’est une détresse qui vient de l’intérieur. Dans l’exil d’Égypte, la confrontation des enfants d’Israël est venue de la part du Saint béni soit-Il, comme faisant partie de la promesse du Saint béni soit-Il à Avraham notre père lors de l’Alliance entre les morceaux : « Sache, tu sauras que ta descendance sera étrangère dans une terre qui ne sera pas la leur, ils les asserviront et les opprimeront quatre cents ans et ensuite ils sortiront avec de grandes richesses ».

Lorsque la détresse vient du Ciel, il faut prier : « Les enfants d’Israël gémirent à cause du travail, ils crièrent, et leur clameur monta vers D.ieu à cause du travail ». Et en effet, le Saint béni soit-Il entra au cœur de l’Égypte et les sauva, Il les délivra. Dans le processus de la délivrance, le Saint béni soit-Il infligea aux Égyptiens des plaies sévères, dont le point culminant fut la plaie des premiers-nés. Ils furent frappés mortellement et restèrent sans rien. Si tel est le cas, d’où les Égyptiens surgirent-ils soudain une fois encore sur la mer des Joncs ? D’où Pharaon réussit-il à amener ses cavaliers et ses chars, avec l’élite de ses officiers ? D’où tout cela est-il venu ? Mais la réponse est : « Pharaon s’approcha ». Toute cette grande détresse est venue du peuple d’Israël. Bien qu’ils soient sortis d’Égypte, ils avaient encore peur de Pharaon, et c’est cette peur qui donna à Pharaon toute sa force. Leur détresse venait de l’intérieur, et lorsqu’ils vinrent prier et crier vers le Saint béni soit-Il,
le Saint béni soit-Il, pour ainsi dire, leur dit : vous avez amené cela sur vous-mêmes, que voulez-vous de Moi ?

Si tel est le cas, quelle est véritablement la solution dans une telle situation ? Comment peut-on aider un homme qui amène l’épreuve sur lui-même ?

Ici se trouve un grand fondement dans la confrontation de l’homme sur la terre : « Moïse dit au peuple : N’ayez pas peur, tenez-vous fermes et voyez la délivrance de Hachem qu’Il accomplira pour vous aujourd’hui ».

Le fait de se tenir fermement est une décision de l’homme. Lorsque l’homme décide qu’il n’a pas de détresse et qu’il la fait taire, c'est par cette décision précisément qu'il fait taire la détresse aussi dans les mondes supérieurs. Toute la force de la détresse pour agir en haut existe lorsque l’homme lui donne une expression. Mais lorsqu’il la fait taire en bas, elle s’annule en haut. La décision de faire taire la détresse doit être dans l’esprit, dans le cœur et dans le monde de l’action : je n’ai pas de détresse — il n’y a pas de problème ; il l’ignore comme si elle n’existait pas. Cela s’appelle : « Tenez-vous fermes et voyez ». Il faut se tenir fermement et commencer à avancer dans la vie. Cela fait qu’il n’y a pas de place pour que l’attribut de rigueur s’applique, car à l’origine il provient de l’homme lui-même. Tant que l’homme tourne en rond chez les professionnels, par cela même il continue constamment à donner une place à son problème. Il l’élève, et le problème ne cesse de grandir, jusqu’à ce que les professionnels ne puissent réellement plus l’aider. Mais au moment où l’homme décide de se lever un matin et de décider qu’il n’a absolument aucun problème, qu’il est une personne ordinaire comme tout le monde, il commence à voir le bien et cesse de regarder le mal ; par cela, il fait taire son problème. À partir de là, la force du mal n’a plus de prise sur lui, et alors il a une ouverture de la mer des Joncs, tant dans le matériel que dans le spirituel, comme la servante qui vit sur la mer ce que des prophètes n’ont pas vu.

Même si parfois l’homme a des pensées étrangères, ou des choses qui l’oppressent sur le plan spirituel, comme la pensée : qui suis-je et que suis-je, ici aussi, la voie est : « Tenez-vous fermes ». Il ne faut simplement pas s’y attacher et décider que je n’ai pas de problème, ni dans le spirituel ni en quoi que ce soit. Je suis une personne ordinaire, et tout cela n’est qu’un conseil du mauvais penchant pour faire trébucher l’homme. Par cela, l’homme se renforce et mérite : « Et voyez la délivrance de Hachem qu’Il accomplira pour vous aujourd’hui ».