Cette chronique est écrite pendant la guerre en Iran, où Israël avec l’aide des États-Unis, essaie de faire tomber le régime des « ayatollahs » iraniens. Il est évident qu’il est essentiel, voire vital de prier pour leur réussite dans cette difficile entreprise. On prie, on espère que les armes sophistiquées des Américains et des Israéliens réussiront à faire tomber la République islamique, pas le peuple iranien. Au moment où ces lignes sont écrites, la fin n’apparaît pas encore, mais il est certain que « l’Éternel n’abandonne pas Son peuple », selon le verset des Psaumes. Il est assuré que les objectifs souhaités par Israël et ses alliés américains seront réalisés. Nous savons que l’Éternel va protéger Son peuple !

Mais pourquoi, dans cette perspective, Israël a-t-il subi une guerre antérieure ? Le peuple d’Israël ne survit pas depuis 3000 ans par sa puissance stratégique. Le Saint, béni soit-Il, protège le peuple, malgré la destruction des deux Temples, malgré les exils ici et là, depuis 3000 ans. S’il utilise sa puissance sans référence à la foi d’Israël, il risque de disparaître comme les autres nations. La puissance stratégique, aujourd’hui, est semblable au médicament nécessaire pour guérir les maladies. C’est le remède de l’époque moderne qui, apparemment, assure la survie, mais le vrai remède, c’est de reconnaître Qui est l’auteur de cette puissance. 

Imaginons que les Yéchivot se ferment pour faire la guerre – ce qu’à D.ieu ne plaise – qui assurerait la pérennité d’Israël ? C’est alors que serait assurée la « fin du peuple juif », comme l’a affirmé un sociologue peu après la fondation de l’État. Peu après la Shoah, qui a effectué une saignée terrible dans le corps du peuple, l’Éternel a permis que le monde de la Torah se perpétue aujourd’hui sur la Terre Sainte. 

Mais ce séjour sur son sol a toujours été une épreuve pour Israël. Les Philistins n’ont jamais cessé d’attaquer le peuple sur le sol de Canaan, et l’idolâtrie était un piège permanent, mais Israël a survécu. Pourquoi cette haine perpétuelle contre ceux qui maintiennent la tradition ? La pérennité exaspère ceux qui veulent être COMME tous les peuples. Il est remarquable que la chute de Khamenei, chef spirituel en Iran, soit intervenue quelques jours avant la fête qui célèbre la chute d’Haman, descendant des Amalécites. Pourquoi ne pas voir qu’il y a Quelqu’un derrière le déroulement des évènements ?

Relisons un peu l’histoire d’Israël. Le retour à la Terre Sainte a été fondé sur la référence à la terre ancestrale du peuple juif. 

À l’O.N.U. avant l’indépendance, Ben Gourion lui-même a déclaré : « Est-ce que les Américains savent quel pain ont mangé les voyageurs du bateau qui a amené, il y a 300 ans, les premiers pionniers anglais qui ont créé les États-Unis ? Les Juifs célèbrent encore aujourd’hui une fête en consommant les aliments mangés à la sortie d’Égypte. La fondation de l’État s’est faite sur trois fondements : une teinte attachée à la tradition (Parlement israélien au nom de la Knesset Haguédola, drapeau bleu-blanc pour rappeler le Talith). 

Le deuxième pilier était le socialisme, l’égalité sociale, la fondation des Kibboutzim, la création d’une société nouvelle (Herzl). Cette direction a échoué, et le socialisme n’a plus sa place en Israël. 

Le troisième élément, c’est officiellement la démocratie. On sait que, selon Montesquieu, la démocratie est fondée sur la séparation de trois pouvoirs : le pouvoir législatif, élu par le peuple, le pouvoir exécutif élu par le législatif, et le pouvoir judiciaire, nommé par l’exécutif. Chaque pouvoir a son rôle. 

Aujourd’hui, en Israël, le judiciaire exerce une dictature de fait en intervenant dans le pouvoir législatif et arrange l’organisation de l’État à sa façon. La démocratie est foulée aux pieds. Il ne reste qu’une idéologie : la haine de la tradition, de la référence au devenir historique du peuple juif. 

Même ceux qui ne sont pas hostiles à la tradition sont influencés par cette idéologie ambiante. Il est temps de réfléchir à cette situation qui risque de diviser le peuple juif. Il ne faut pas qu’il y ait d’hostilité, d’antagonisme entre ceux qui restent fidèles au patrimoine sacré et ceux qui se sont éloignés de cet héritage. Il importe de prendre conscience qu’un peuple qui perpétue sa tradition depuis l’antiquité dépasse le temps, transcende les générations. Une guerre intestine ne doit pas détruire les fibres de l’être juif. D.ieu nous aide à vaincre les ennemis de l’extérieur, mais la Torah nous avertit : « Tu risques de dire en ton cœur : c’est ma propre force et le pouvoir de mon bras qui m’a valu cette puissance. Non, c’est de l’Éternel, ton D.ieu, que tu dois te souvenir, car c’est Lui Qui t’aura donné le moyen d’arriver à ce succès afin de maintenir l’alliance promise par serment à tes pères » (Dévarim 8, 17). 

Si les armes sophistiquées d’aujourd’hui existent, c’est pour maintenir une alliance jurée à nos pères. Il faut apprendre à LIRE les textes sacrés : les résultats de la puissance stratégique sont la conséquence d’une action de la Providence. L’alliance exprime un dialogue et, pour le maintenir, il faut un accord des deux partenaires. Ne pas s’en tenir aux conditions de l’alliance conduit à une rupture de celle-ci. Ici, il faut comprendre que les armes stratégiques sont la dimension extérieure de l’alliance, mais le lien avec la tradition est la dimension intérieure. C’est cette dimension qui assure la survie du peuple. C’est la conclusion que doivent tirer les adversaires de la tradition. On peut être fier des résultats stratégiques, mais Quelqu’un les dirige. Nécessaires comme le médicament aux malades, la stratégie assure extérieurement la pérennité d’Israël mais intérieurement, c’est-à-dire essentiellement, c’est l’esprit qui donne son sens à l’Histoire, comme le dit le Psalmiste : « L’Éternel donne la puissance à Son peuple, l’Éternel bénira Son peuple par la paix » (Psaumes 29,1).