« Moby Dick » est un monstrueux cachalot blanc qui terrorise une équipée de baleiniers partis en mer pour le tuer.

Le capitaine du bateau, un certain Achab, personnage inquiétant qui s'est vu arracher une jambe par l'animal lors d'une traversée précédente, part à sa poursuite, ivre de vengeance, entraînant avec lui tout son équipage.

C'est là la trame du récit.

L'auteur, Herman Melville, ayant servi dans la marine marchande dans sa jeunesse, connaît bien le sujet. D'ailleurs, ses premiers romans avaient pour thème l'aventure maritime sur les océans du monde.

Ca s'est passé un...18 octobre 1851- Parution du livre

Mais lorsqu'à 32 ans, il décide de passer aux choses sérieuses et d'écrire une fresque sur la condition humaine – sur fond de chasse au cachalot –, le succès ne vient pas. Le public et les critiques, habitués à ses romans faciles, ne comprennent pas l'œuvre, ni ne savent en mesurer sa portée.

Ce n'est que 70 ans plus tard, lors d'une rétrospective sur l'écrivain, bien après sa mort, qu'on va redécouvrir le monument littéraire qu'est « Moby Dick ».

Tout est Bible

Si Melville a bien connu la mer, il est également un grand lecteur de la Bible, à laquelle il va emprunter toutes les références de son livre.

À commencer par les noms des personnages.

Le terrible capitaine du bateau, balafré et unijambiste, s'appelle Achab, comme le roi impie de nos Textes, qui épousa Jézabel et s'adonna à l'idolâtrie, y incitant le peuple d'Israël.

Ca s'est passé un...18 octobre 1851- Parution du livre

Le narrateur du récit est un jeune marin du nom d'Ishmaël.

On retrouve également un Élie, Elijah, dont le rôle est d'avertir les hommes du danger qu'ils courent en s'engageant sous les ordres de ce capitaine Crochet, exactement comme le prophète Éliyahou mettait en garde les Juifs contre leur souverain mécréant.

Même le navire porte un nom biblique, « Pequod », sonnant étrangement comme Pakod, de l'hébreu « se souvenir ».

L'enfer, c'est les autres

Cette embarcation est un microcosme de notre condition humaine et la traversée n'est que la métaphore de nos existences. Perdus en mer, c'est-à-dire dans l'immensité du cosmos, nous sommes tous embarqués en huis clos sur un navire – le monde –, où toutes les races se rencontrent, toutes les couches sociales rivalisent entre elles, dans un réseau complexe d'interactions humaines.

De même, on y trouve une hiérarchie précise de dominés et dominants, d'où parfois, sort un tyran, doté du charisme nécessaire pour prendre en main le gouvernail et précipiter avec lui tout l'équipage vers sa fin...


Le Pequod s'abîmera, sans chance de salut.

Melville n'est pas un optimiste. Pour lui, l'Homme est incapable de tempérer sa nature et mènera, en fin de compte, son bateau au naufrage.

L'aventure humaine finira mal, et son héros, seul survivant, accroché à un cercueil flottant lui tenant lieu de bouée, sera l'unique rescapé de cette traversée.

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Arche contre Pequod

C'est là, le parti pris de Melville. Nos Textes, eux, décrivent autrement l'épopée universelle.

Noé est aussi le dernier survivant de la catastrophe humaine. Mais il verra un monde avili et corrompu être inondé par les eaux, puis renaître de ce Mikvé purificateur, vierge et lavé de ses souillures.

L'Arche, contrairement au Pequod, est le bateau de l'espoir, de la deuxième chance, et ouvre une nouvelle page sur le destin du monde.

L'Éternel mise sur l'homme, lui faisant à nouveau confiance pour qu'il mène son embarcation à bon port. 

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