Et en plus, c'est marqué clairement dans la Guémara[1]« Il y a trois choses qui viennent sans qu'on s'y attende : le Machia’h, une trouvaille, et un scorpion. »

Vous voyez bien. En s'occupant de ses petites affaires sans penser du tout à la Guéoula, on fait œuvre utile ! On fait comme les Sages ont dit ! Sauf que … le Rambam[2] ne semble pas de cet avis :

« Quiconque ne croit pas en lui ou n'attend pas sa venue, ce n'est pas simplement les prophètes autres que Moïse qu'il nie, mais la Torah et Moïse notre maître. »

 Ce n'est donc pas seulement la négation du concept de Machia’h qui exclut le juif de la droite ligne de la Halakha, mais l’attente même du Machia’h est indispensable.

Mettre de côté son « Da’at »

Et puis, comment pourrait-on oublier le Machia'h ? On en parle tout le temps et partout dans la prière. Jusqu'à la Amida où l'on affirme trois fois par jour que l'on espère la Délivrance « toute la journée ».

Bon, il semblerait qu'on ait lu un peu trop rapidement cette Guémara. D'abord, essayons de la comprendre au sens le plus simple : quelqu'un pourrait tourner dans la rue toute la journée en s'attendant à trouver de l'argent par terre, il sera toujours surpris s'il en trouve effectivement.

Pareil pour le Machia'h. Ce n'est pas parce qu'on l'attend et qu'on y pense tous les jours que cela ne sera pas une sacrée surprise.

Plus profondément, le terme utilisé par les Sages est particulier : Essèkh Hada'at, que l'on pourrait traduire par « extirper son intelligence ». En d'autres termes, même si on se trouve dans une époque où on ne voit aucune possibilité logique que vienne la Guéoula, malgré tout, il faut mettre son « intelligence », (Da’at) de côté et croire en une foi parfaite en la venue du Machia’h.

La ‘Hassidout explique quant à elle que ce « Essèkh Hada'at » est une manière d'attendre la Guéoula qui procède d'un niveau spirituel très élevé vers lequel il faut tendre. Nous ne devons pas fonder cette attente sur notre seul espoir que nos vies personnelles atteindront la perfection. Nous devons détacher (Essèkh) nos pensées (Da'at) de tous les bienfaits matériels ou spirituels qui découleront de la Guéoula et ne vouloir qu'une seule chose : que soit accomplie la Volonté divine d'installer Sa résidence dans ce monde matériel.

L'attendre pour qu'il vienne

Donc, il faut attendre le Machia’h. Tous les jours. Je dirais même plus que cela : l'attente elle-même permet d'accélérer sa venue. On trouve une allusion à cela dans la bénédiction de la Amida précédemment citée[3] : « Fais rapidement croître le rejeton de David ton serviteur… CAR nous espérons ton salut tout le jour ». La conjonction « car » implique clairement une conséquence.

C'est aussi parce qu'on l'attend, que le rejeton de David apparaîtra.

Guéoula express

 D’aucun penseront que ce n’est pas sérieux, qu’un tel bouleversement ne peut arriver de cette manière, sans crier gare ! On ne peut pas attendre que la Guéoula vienne comme ça ! Ce n'est pas le Machia’h lui-même qu'on attend mais l'aboutissement d'un processus qui peut prendre des années. Et puis, il faut d’abord qu’il y ait la guerre de Gog et Magog !

Eh bien moi je vous dis que ça peut arriver en maximum 23 minutes et 59 secondes. Et j’ai même une preuve halakhique de ce que j’avance. Il existe un avis, rapporté par le Rambam, comme quoi un Cohen ne doit pas boire de vin, même de nos jours de peur qu’il doive aller servir au Temple !

D’après nos Sages, on peut faire passer l’ivresse de deux manières : par le sommeil ou bien tout simplement en attendant que passe le temps qu’il faut pour marcher un Mil. Et combien de temps faut-il pour marcher un mil? Je vous le donne en mille : 24 minutes.

Donc, en maximum 23 minutes et 59 secondes le Temple peut être fonctionnel ! CQFD.


[1]   Sanhédrin 97a.

[2]   Lois sur les rois et leurs guerres chapitre 11 loi 1.

[3]   Voir H'ida, Midbar Kedmot 100.16.