D’où vient la nécessité, dans l’ère moderne où nous vivons, de diffuser des livres juifs sur les relations conjugales et la sexualité dans l’optique de la Torah ?
Nous vivons dans un monde imprégné par la sexualité et préoccupé par peu d’autres choses que cette dernière, et par les moyens quasi-illimités de céder aux désirs sexuels. Plus grave encore : alors que le monde se complait dans une sexualité débridée, il continue à instiller le message subliminal que les relations sexuelles relèvent du mal et sont inextricablement liées à un manque de valeurs, à une culpabilité et une honte.

Les « avancées » scientifiques et technologiques de ce dernier siècle ont homogénéisé le monde à un degré jamais atteint dans l’histoire de l’humanité. Le pouvoir et l’influence des divers mass média est tel qu’aujourd’hui, il est impossible pour aucun Juif ou communauté juive dans n’importe quelle région du monde de rester à l’abri de l’attaque dirigée contre les valeurs fondamentales de la Torah. Nous sommes exposés quotidiennement à des systèmes de valeurs et des idéologies contraires et antagonistes aux nôtres.

Dans ce contexte, il n’est donc pas étonnant que la communauté juive ait absorbé involontairement une partie de cette idéologie confuse dans ses attitudes fondamentales à l’égard de la sexualité. En réalité, il est même très étonnant que nous n’en ayons pas adopté plus.

La Torah a recours à la dimension matérielle de l’accomplissement d’une mitsva pour graver sa signification au plus profond de l’âme. L’activité matérielle est bien plus efficace pour imprimer une idée dans l’âme que l’unique contemplation intellectuelle. Et le plaisir physique qui résulte de l’accomplissement d’une mitsva sert de moyen à accéder à une impression profonde.

Pratiquement chaque Mitsva consiste à s’appuyer sur un élément du monde matériel et à l’employer à Son service, pour accomplir une directive Divine. Notre tâche en tant que Juifs, telle que le conçoit la Torah, c’est de prendre les bienfaits de ce monde et de les élever aux hauteurs de la sainteté. Le Chabbath, par exemple, est sanctifié par un verre de vin - de simples paroles ne sont pas suffisantes. Presque chaque mitsva est une combinaison du matériel et du spirituel, accomplissant, grâce à cette synergie, ce que chaque composante n’aurait pu accomplir par elle-même.

Voici en quoi le judaïsme se distingue fondamentalement des autres mouvements religieux ; c’est ce qui confère au judaïsme son caractère unique et essentiel. Le christianisme a une attitude aigrie par rapport à ce monde et ses plaisirs, et exige de ses adeptes une dénégation complète et stricte de ce monde et de tout ce qu’il a à offrir, en échange d’une promesse de récompense dans le monde futur. Toute participation ou implication dans les choses physiques est condamnée en tant que faiblesse et compromis, une soumission aux désirs fautifs et bestiaux contenus dans chaque âme humaine pécheresse. La philosophie chrétienne oppose le matériel au spirituel.

D’après la Torah, rien ne saurait être plus éloigné de la vérité ! Le judaïsme nous enseigne que seul quelqu’un qui a appris à vivre et à apprécier le plaisir dans ce monde, et a appris à exprimer sa gratitude pour ces plaisirs à « Celui qui a parlé et créé le monde » sera capable d’apprécier pleinement la grandeur et la bienveillance du Tout-Puissant dans le Monde futur.

La Torah n’énonce pas de conflit inhérent entre les aspects matériels et spirituels de la Création.

L’avis de la Torah sur la sexualité est une illustration parfaite de l’attitude générale de la Torah envers le monde matériel et ses plaisirs : le ‘Hozé de Lublin (rav Yaakov Its’hak Horowitz, 1745-1815) souligne qu’un individu doit ressentir et exprimer sa gratitude au Tout-Puissant lorsqu’il ressent du plaisir sexuel. Le plaisir sexuel, comme tout plaisir matériel, explique le ‘Hozé, est une occasion de témoigner notre gratitude envers D.ieu.

La société occidentale prise le plaisir. Une grande partie, si ce n’est la majeure partie, de notre temps, énergie, attention, imagination, ressources et argent sont dirigés vers la poursuite du plaisir, sous d’innombrables formes et variétés. Souvent, bien entendu, l’acquisition ou la jouissance du plaisir implique des obligations et des responsabilités. Souvent (mais pas toujours), ces obligations sont assumées et ces responsabilités acquittés. Que faire ? C’est le prix qu’il faut payer pour ces innombrables plaisirs.  

Comparez ceci à l’opinion de la Torah. La Torah apprécie également le plaisir, comme nous l’avons vu, mais avec une différence significative. Les devoirs et les responsabilités ne sont pas le « prix » inévitable du plaisir. Au contraire, le plaisir est une conséquence heureuse et non fâcheuse qui résulte de la pratique correcte et de l’accomplissement de nombreuses obligations prescrites par D.ieu. 

Dans de tels cas, le plaisir introduit un devoir supplémentaire de ressentir et d’exprimer notre gratitude au « Donneur de tous les plaisirs. »  

Le plaisir obtenu par l’accomplissement des commandements de D.ieu est un beau supplément - qui est mis en valeur dans de nombreux propos de nos Sages -, mais notre objectif en tant que Juif, est très clair, et ce doit être en réalité notre unique préoccupation : accomplir la volonté du Tout-Puissant. 

Notre analyse, bien que correcte, est incomplète. Il faut ajouter une autre dimension. Les relations sexuelles ne sont pas un simple exemple de plaisir physique. C’est l’exemple ultime et le plus extrême, car c’est le désir le plus intense, versatile et fort. De ce fait, nous pouvons extrapoler cette idée vers tous les autres plaisirs, car si quelqu’un sait accéder à la sainteté dans ce domaine, il pourra alors certainement accéder à la sainteté par le biais des autres délices du monde.


Rav Cary A. Friedman