Dans beaucoup d’écoles, le seul critère d’évaluation reste les notes. Les activités extrascolaires, les talents créatifs, la curiosité ou la persévérance sont rarement valorisés. Résultat : l’enfant apprend tôt que sa valeur se mesure à ses notes et si ses résultats sont fragiles, sa confiance s’effondre...

Il y a quelques mois, une femme est venue me parler de son mari. Un homme doux, brillant, sensible… mais incapable de garder un emploi.

Il commençait un travail, puis l’arrêtait. Il s’autodévalorisait sans cesse : “Je suis nul”, “Je n’y arriverai jamais”, “Je ne suis pas capable”.

Pendant longtemps, sa femme pensait que le problème venait du présent : un manque de motivation, de maturité, d’organisation. Mais en creusant, on a découvert autre chose. Plus enfoui. Plus ancien.

Il avait été un enfant intelligent… mais avec un trouble de l’attention jamais diagnostiqué. Et à l’école, on lui répétait : “Tu as du potentiel, mais tu ne l’utilises pas !”, “Tu fais exprès !”, “Tu ne travailles pas !”, “Tu pourrais être brillant, mais tu gâches tout !”

Année après année, cette phrase est devenue son identité : “Je suis un échec.” Et aujourd’hui, à 35 ans, il ne se sent toujours pas digne, ni compétent, ni capable. Les mots entendus quand il avait 8 ans pilotent encore sa vie.

La pression invisible qui écrase les familles

Cette histoire n’est pas rare. Elle est le miroir d’un phénomène qui s’est amplifié : la scolarité des enfants est devenue le thermomètre de la valeur des parents.

Dans de nombreux foyers, les disputes tournent autour des notes. On entend : “Tu ne t’investis pas assez !”, “Je fais toujours les devoirs !”, “Tu es trop laxiste !” Et l’enfant sent très vite que ses résultats ne sont plus ses résultats : ils deviennent le reflet de l’angoisse de ses parents.

Les écoles juives qui sont souvent classées parmi les meilleurs lycées de France, avec une réputation d’exigence académique extrêmement élevée, accentuent cette dynamique. Dans beaucoup d’écoles, le seul critère d’évaluation reste les notes. 

Les activités extrascolaires, les talents créatifs, la curiosité ou la persévérance sont rarement valorisés. Résultat : l’enfant apprend tôt que sa valeur se mesure à ses notes et si ses résultats sont fragiles, sa confiance s’effondre.

Un père m’a même dit : “Si mon fils a moins de 15, je le regarde avec déception. Pour moi, c’est un échec.” Moins de 15. Pas 4. Pas 8. 15 ! C’est dire à quel point l’enfant n’a plus le droit d’échouer.

Un regard différent, selon la Torah

La Torah offre une perspective profondément différente. Dans Pirké Avot 5,27, il est écrit : “Léfoum Tsa’ara Agra”, “La récompense dépend de l’effort”. Autrement dit : ce n’est pas le score ou le résultat final qui compte, mais le travail, la constance, la volonté de progresser car chaque effort, même imparfait, a sa valeur et fait partie de l’éducation de l’enfant.

Quand un enfant se heurte à une difficulté, le piège classique est de lui dire : “Pourquoi n’as-tu pas fait mieux ?” au lieu de “Qu’est-ce qui t’a freiné dans ton apprentissage ?” Est-ce la méthode ? La fatigue ? Une lacune dans la compréhension ? Un trouble de l’attention ? En cherchant à comprendre plutôt qu’à juger, nous permettons à l’enfant de rebondir, de progresser, et de transformer ses échecs en forces.

Le cadeau le plus précieux que nous puissions offrir

Nous ne pouvons pas protéger nos enfants de tous les échecs — personne ne le peut. Mais nous pouvons leur offrir la confiance en eux-mêmes, cette confiance qui leur permettra de continuer à avancer, à se relever, à apprendre, et à se dépasser. Et quand nous valorisons l’effort et la progression, chaque devoir, chaque erreur et chaque tentative devient une occasion de croissance, plutôt qu’une source de stress ou de culpabilité.

C’est là, exactement, que se révèle la pédagogie de la Torah : ne pas mesurer l’enfant à un résultat figé, mais l’accompagner dans sa progression, lui donner confiance, et l’aider à développer son potentiel...