Nous avons mis en lumière l’importance fondamentale de l’éducation aux limites dès le plus jeune âge et le rôle décisif que joue l’apprentissage du renoncement à sa propre volonté dans la construction du respect des parents. Toutefois, cette approche ne saurait être complète sans aborder une autre dimension tout aussi essentielle : la manière dont cette éducation doit être portée, transmise et vécue dans le cœur de l’enfant. Nous allons à présent approfondir l’équilibre délicat entre chaleur affective et discipline, et découvrir comment insuffler aux enfants une motivation intérieure et un sens profond à la Mitsva du respect des parents…
Éduquer avec amour
Un jour, nous avons eu une discussion avec l’un des grands Sages d’Israël à propos de l’approche aujourd’hui répandue selon laquelle il faut combler la jeune génération uniquement de chaleur et d’amour. Nous lui avons demandé si nous n’étions pas allés trop loin, et s’il ne fallait pas davantage poser des règles, des lois et une discipline. Comment faut-il exactement trouver l’équilibre entre ces éléments ?
Ce grand Sage expliqua que les âmes de la fin des temps sont totalement différentes de celles des générations précédentes. Ce sont des âmes pour lesquelles, si l’on agit avec dureté, la situation peut aller jusqu’à une véritable rébellion. C’est pourquoi il faut énormément s’efforcer d’aimer les enfants et de leur faire sentir que leurs parents se soucient réellement d’eux. Mais cela ne contredit en rien l’obligation des parents de maintenir certaines règles claires.
Lorsque l’enfant sait qu’il y a certes beaucoup de choses à la maison pour lesquelles on lui dit « oui », mais qu’il y a aussi des choses pour lesquelles on lui dit « non », il comprend alors que ce n’est pas parce que l’on veut lutter contre lui, mais parce qu’il existe une démarche réfléchie et structurée, fondée sur l’avis des parents et des grands d’Israël. Si l’on dit constamment à l’enfant seulement « non, non et encore non », il finira par se rebeller. Mais si on lui dit constamment seulement « oui, oui », il deviendra finalement gâté — et lui aussi se rebellera. C’est véritablement la situation du « malheur pour moi à cause de mon Créateur, et malheur pour moi à cause de mon penchant ». Le secret se trouve dans la voie de l’équilibre et du juste milieu. Les parents doivent habituer les enfants à comprendre ceci : voyez que nous allons à votre rencontre et que nous essayons autant que possible de vous donner, mais vous devez aussi vous habituer au fait qu’il y a certaines choses que vous n’obtiendrez pas. Dans ces domaines, vous devez vous soumettre et faire la volonté de vos parents.
Donner du sens à la Mitsva de Kiboud Horim
Un autre point important, dont beaucoup de parents ne sont pas conscients, est la nécessité d’introduire du sens dans la vie des enfants.
De manière générale, lorsqu’une personne veut travailler sur elle-même dans sa vie, elle doit mobiliser la force de la volonté, car c’est cette force qui dirige l’être humain. Dans les livres saints, il est enseigné l’ordre des forces de l’âme. Afin d’activer la force de la volonté, il faut utiliser une force qui se situe au-dessus d’elle : la force du plaisir. Lorsqu’une personne éprouve du plaisir dans quelque chose, naturellement elle le désire et aspire à l’obtenir. Elle fera aussi des efforts pour cela et investira toutes ses capacités. Mais une chose dont une personne ne tire aucun plaisir, elle ne la désirera pas et ne travaillera pas pour elle. Par exemple, si un enfant éprouve du plaisir dans ses études, il voudra étudier ; mais s’il n’y prend aucun plaisir, il ne voudra pas étudier. De même, un enfant qui éprouve du plaisir dans la prière voudra prier, et inversement. Pour que l’enfant veuille faire quoi que ce soit, il faut qu’il en retire du plaisir. Mais quel plaisir un enfant peut-il trouver à plier sa volonté et à obéir à ses parents, alors qu’il veut quelque chose et qu’on lui dit non ? En vérité, il existe un niveau supplémentaire à partir duquel l’enfant peut tirer un grand plaisir du respect des parents. Cela s’appelle le sens. Le sens procure du plaisir à l’être humain. Les gens sont prêts à faire énormément de choses, et même à donner leur vie, uniquement parce que cela a un sens pour eux. Les valeurs aussi donnent du sens. Le plaisir n’est pas nécessairement quelque chose de physique. Lorsqu’une personne fait quelque chose qui a pour elle une signification intérieure, elle se remplit d’un grand plaisir.
Naturellement, tout ce qui touche au respect des parents n’est pas forcément agréable pour les enfants. De leur point de vue, ils ne souhaitent pas vraiment plier leur volonté face à celle des parents, et il leur est difficile d’accepter l’ordre et la discipline. Mais si les parents insufflent aux enfants du sens dans la Mitsva du respect des parents, les enfants en tireront plaisir et désir.
Beaucoup de parents aujourd’hui ne parlent absolument pas aux enfants de la signification de cette Mitsva. Dans chaque maison, on donne une importance et un sens à d’autres Mitsvot. Cela dépend aussi de l’enfant lui-même. Il y a des enfants qui trouvent un sens particulier dans l’étude de la Torah, d’autres dans la prière, d’autres encore dans la foi envers les Tsadikim (Justes), ou dans les Mitsvot liées aux fêtes. Ils reçoivent ce sens de l’atmosphère de la maison et de l’importance accordée à la Mitsva. Mais de la Mitsva du respect des parents, on ne parle généralement pas. On se contente de donner des ordres aux enfants : fais ceci, fais cela. Dès lors, l’enfant ne trouve aucun sens dans cette Mitsva.
Les parents doivent intégrer la notion de respect des parents dans le cadre de la vie familiale, en en parlant souvent, en expliquant son importance ainsi que la grande récompense de la longévité. Il ne s’agit pas seulement de vivre de nombreuses années, mais que les jours eux-mêmes soient longs et remplis de contenu. La compréhension de l’importance de la Mitsva et de sa grande récompense éveille un sens profond chez l’enfant. Même s’il n’est pas satisfait de la réponse négative qu’il reçoit ou de ce qu’on lui interdit de faire, il se dit malgré tout : en fin de compte, je n’ai rien perdu, car j’ai gagné la Mitsva du respect des parents. La compréhension de son sens l’encourage à l’accomplir. Il apprend à plier sa volonté devant celle de ses parents, il respecte leur volonté, et c’est précisément cela qu’on appelle le respect des parents.
Avec l’aide de D.ieu, dans les prochains articles, nous étudierons d’autres éléments qui peuvent amener les enfants à respecter leurs parents…
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