Il existe un proverbe en français (un peu angoissant, il faut l’avouer) qui dit : « Toutes les bonnes choses ont une fin ». Il y a une part de vérité dans cet adage, dans le sens où tout ce qui nous arrive est limité dans le temps — aussi bien les moments heureux que les événements plus douloureux. Comment vivre avec cela en tête ? Doit-on s’angoisser en permanence, redoutant que notre bonheur s'interrompe brusquement, comme un film qui commence trop bien et dont on attend le « couac » ? Le Or’hot Tsadikim répond à ces questions, et grâce à lui, nous allons comprendre comment le fait de savoir que tout est limité peut, en réalité, nous conduire à un état de joie…

Beaucoup d’entre nous ont grandi avec cette image de la salle au trésor (dans Picsou ou dans Fort Boyard, pour ceux qui ont des références « universitaires »). Les chanceux ont quelques minutes pour s’emparer de tous les objets précieux qu’elle renferme. Que font-ils pendant ces minutes ? Ils les maximisent, ils accumulent toutes les richesses possibles.

En réalité, il en est de même pour notre vie. Hachem nous accorde des instants dans la salle au trésor : l’enfance de nos petits, les naissances, les fêtes familiales, les vacances, les discussions profondes avec une amie chère… Tous ces moments de bonheur sont des cadeaux et c’est à nous d’en saisir la valeur profonde. Comment ? En se disant que ces moments finiront par s’arrêter — et que, si nous voulons en profiter, il faut les maximiser.

Vous me direz : ce n’est pas un peu angoissant de se dire que le bonheur va finir par filer ? En réalité, pas vraiment. Il s’agit simplement de se conditionner pour profiter pleinement de chaque instant. Plutôt que de vous agacer parce que votre fils avance beaucoup trop lentement à votre goût en rentrant de la maternelle (eh oui, vous avez un programme militaire à respecter à la maison : douche, dîner, dodo ! Et ce petit être de 5 ans chamboule tout en s’émerveillant devant chaque arbre du chemin), apprenez à savourer le moment avec lui. Dites-vous que dans quelques années, vous ne ferez plus ce trajet avec lui. Ce chemin, bien que trop lent à vos yeux, est en réalité un concentré de bonheur, une fabrique à souvenirs. Alors, placez un sourire sur votre visage, prenez votre mal en patience… et jouissez de l’instant présent.

Cela m’amène à un autre thème, directement lié au fait de savoir que les choses ont une fin : vivre en pleine conscience. C’est un sujet très à la mode, je vous l’accorde, mais c’est en réalité un concept millénaire, développé notamment par le Or’hot Tsadikim. Vivre en pleine conscience, c’est être pleinement présent à ce qui nous arrive pour atteindre la joie. En fait, la joie naît d’un processus intellectuel : on prend conscience que ce que l’on vit, c’est du pur bonheur. On comprend que des parents en bonne santé, un réfrigérateur rempli, des devoirs à faire avec ses enfants… ce sont, en réalité, des cadeaux immenses. Alors, n’attendez pas de ressentir une excitation pour vous sentir joyeux. Prenez simplement conscience que les données de votre vie ont de quoi vous rendre joyeux. La joie se travaille. Elle s’invite.

Revenons à la question : est-ce que ce n’est pas triste de se dire qu’un bon moment a forcément une fin ? Et bien non car ceci est la garantie de ne pas être dans la lassitude, de ne pas s’habituer... Ce n’est pas parce qu’un moment joyeux se termine que D.ieu ne nous enverra pas d’autres instants de bonheur. C’est même un cercle vertueux : plus vous vous exercez à voir le bien, à profiter du bien, à prendre conscience du bien qui est déjà dans vos vies (même s’il est éphémère) et à remercier Hachem pour cela, plus le bien — le Tov — s’invitera dans votre quotidien. Et alors, vous vivrez une vie plus sereine, plus apaisée… sans attendre en permanence le « coup de bâton ».

Alors oui, toutes les bonnes choses ont une fin — mais à ces bonnes choses succéderont  d’encore meilleures choses. On apprend à profiter de l’instant comme on muscle un muscle : plus on apprend à profiter de l’instant, plus notre vie devient une succession de moments magiques vécus pleinement car on se renouvelle à chaque fois (la Hit’hadchout en hébreu). En revanche, si vous commencez vos vacances en vous disant : « Ah non, dans une semaine c’est fini… Vivement les prochaines dans deux mois », il y a peu de chances que cette conscience de la fin vous pousse à profiter davantage. Cela ne fera qu’anticiper la rassra de la fin. Tandis que si, pour vous, les vacances sont comme une salle aux trésors, comme un nouveau moment de joie, vous saurez goûter chaque instant, en retirer de la joie et remercier Hachem pour ce pur bonheur.

Car au fond, vivre avec conscience de la fin, ce n’est pas vivre dans la peur, mais vivre avec intensité, avec gratitude et avec la foi que le prochain trésor ne tardera pas à s’ouvrir…