J’ai toujours cru que Roch ‘Hodech n’était qu’une indication du nouveau mois dans notre calendrier hébraïque. Jusqu’à ce qu’une femme se trompe de porte et ouvre la mienne sur une dimension jusqu’alors inconnue…

Une rencontre par erreur

Cela faisait maintenant 3 mois que je travaillais dans cette grande entreprise à Jérusalem. Je ne connaissais pas encore beaucoup de monde, ayant un bureau pour moi toute seule. Mais un matin, une femme vint frapper à ma porte. Elle s’appelait Déborah.

“Je suis désolée, je me suis trompée de bureau, je cherche absolument Yael à qui je voudrais demander de l’aide pour Roch ‘Hodech !”

Cette Déborah m’avait l’air très sympathique avec sa bonne humeur et son foulard coloré, du coup, je me livrais presque sans retenue quand je lui dis : “De l’aide ? Pour moi Roch ‘Hodech ne demande pas plus que d’allumer une bougie… que j’oublie d’allumer une fois sur deux.”

“Comment ? Mais Roch ‘Hodech c’est bien plus que ça ! C’est une demi-fête, mais plus que tout : c’est une fête pour nous, les femmes.”

Un peu plus tard, je croisais de nouveau Déborah : “Alors, tu es nouvelle, c’est ça ? Désolée, j’étais pressée ce matin, comment t’appelles-tu ?

-       ‘Haya, enchantée et aucun souci pour ce matin, as-tu trouvé Yael finalement ?

-       Oui, et malheureusement je suis embêtée, j'espérais qu’elle pourrait m’aider à organiser un dîner chez elle, mais ça n’est pas possible.

-       Un dîner ? Pour Roch ‘Hodech, c’est ça ?

-       Bien sûr ! De grands sages comme Le Tour nous enseignent que c’est une grande Mitsva d’organiser un repas copieux ce jour-là. Et comment ne pas vouloir accomplir une Mitsva aussi agréable ?

-       Dis-moi Déborah, ce matin tu me disais qu’il s’agit d’une fête de femmes ? Je t’avoue que je ne l’avais jamais entendu.

-       Tout à fait ! Nous devons ce grand mérite aux femmes juives qui avaient refusé de donner leurs bijoux pour fabriquer le veau d’or, mais qui, par contre, s’étaient précipitées les mains pleines pour construire le Tabernacle. Grâce à leur sagesse, nous avons mérité, nous les femmes, une fête supplémentaire. D’ailleurs, le Choul’han Aroukh indique bien que nous sommes dispensées de travaux ménagers ce jour-là ! C’est pour ça que je souhaitais organiser un dîner...

En quelques phrases, elle m’avait permis de voir ce jour d’une autre manière.

-       Alors faisons ce dîner chez moi !

-       Comment ? ‘Haya, c’est très gentil à toi, mais tu es sûre que ça ne te dérange pas ?

-       Non, non, j’insiste ! Ecoute, comme je te l’ai dit, chaque mois je zappe la date. Au moins, s’il y a un dîner organisé à la maison, je suis sûre de m’en souvenir !”

Un dîner pas comme les autres

Je pris ma mission à coeur et je passais un temps fou à choisir des serviettes de table assorties à la nappe, ainsi que des petites paillettes et des fleurs pour agrémenter la décoration.

Quant aux invitées... mystère ! Je savais que Déborah viendrait accompagnée d’une rabbanite pour dire quelques paroles de Torah, mais c’était tout. Je ne savais même pas combien d’assiettes poser.

Le jour-J, je préparai ma table avec excitation et appréhension (est-ce qu’il y aurait du monde ? Est-ce qu’on aurait suffisamment à manger ?) quand Déborah tapa à ma porte.

-       Déborah ! Comme je suis contente de te voir ! Dis-donc, j’appréhende un peu. Combien de femmes vont venir ?

-       Ah mais ma chère ‘Haya… je n’en ai aucune idée ! C’est la magie du dîner de Roch ‘Hodech. Nous préparons de tout notre coeur, et pour le reste… C’est Hachem qui gère !

Un autre jour que celui-ci, j’aurais admiré sa sérénité et sa belle Emouna (foi en D.ieu), mais là tout de suite, en tant que maîtresse de maison, je redoublais de stress ! Mais c’est Déborah qui avait raison de croire en la bonté du Maître du monde. Il y eut d’abord une sonnerie timide à ma porte, puis une autre… Je n’avais même pas le temps d’aller accrocher les manteaux que, d’un coup, c’était le déferlement de femmes ! Bientôt, nous étions 25 autour de la table et nous manquions de chaises, au point que je dus aller en emprunter chez la voisine. Moi qui craignais que personne ne vienne !

J’étais fascinée par l’atmosphère qui régnait ! C’était joyeux, convivial. On complimentait la table, on dégustait les petits pains chauds. Les femmes discutaient toutes les unes avec les autres, les sujets variaient. Et moi j’observais subjuguée ces convives qui, le temps d’un dîner, n’étaient plus ni des mères, des divorcées, des célibataires, des travailleuses, des chômeuses… toutes les distinctions étaient tombées. Il n’y avait que des femmes qui savouraient un moment agréable ensemble, dans la joie. En fin de repas, la rabbanite prit la parole. Nous étions heureuses de l’entendre, comme un dessert qui venait couronner un repas gastronomique.

La force du renouveau

Ce soir, avant de venir prendre place à cette table, nous avions toutes notre lot de soucis, de contraintes, de fatigues… mais subitement, après ce repas, nous avons repris des forces ! C’est ça le premier jour du mois. La lune renaît après une absence totale de clarté. Auparavant dans l’obscurité complète, le monde semblait plongé dans des ténèbres éternelles. Roch 'Hodech est le moment du renouvellement de la lune, qui représente le peuple d'Israël. Et ce moment de renaissance de la lumière reste réservé aux femmes, c’est leur fête particulière, car ce sont elles qui possèdent, par la force de leur Emouna, le don de l’espoir, le pouvoir du renouveau.

Il peut s'agir d'un renouvellement superficiel, comme par exemple l'achat d'un nouveau vêtement ou d'un produit cosmétique, mais il peut aussi s'agir du renouvellement de l'être, et ce jour est propice à ce dernier. Hachem nous offre chaque Roch 'Hodech une possibilité de devenir quelqu'un de meilleur.

Le Midrach dit que, dans le futur, ce jour deviendra un jour de Yom Tov (jour de fête chômé). Et, comme l'explique Rabbi Yonathan Eibechits dans son livre Yaarot Devach, toute la Brakha du mois qui commence dépend de ce jour-là…

Quelle force ! Quelle beauté ! Ce soir là, quand les femmes partirent de la maison, elles se bénirent toutes d’un coeur sincère. J’étais si émue d’avoir pu prendre part à cette si belle Mitsva que je dis tout de suite à Déborah que je voulais renouveler l’expérience le mois suivant !

Et depuis quelques années maintenant, l’idée a fait son chemin. D’autres femmes ont pris le relais de ces dîners, certaines ont créé une réunion pour lire les Téhilim ensemble. Et moi, je continue sur ma lancée : chaque mois, je dresse une table toujours plus belle sans savoir qui viendra l’honorer, mais confiante que chaque mois qui frappe à ma porte sera riche de promesses… comme l’est la nuit de Roch ‘Hodech.