Récemment, je me suis retrouvée impliquée dans l’organisation d’un centre aéré dans un abri — le genre de phrase improbable qu’on ne peut prononcer avec tant de désinvolture qu’en Israël. Qui dit centre aéré juif, dit mères juives… Je vous passe les moments drôles où les mamans arrivent paniquées à la vue de leur progéniture cinq minutes sans manteau, ou les messages WhatsApp en plein milieu de la journée, après avoir vu une vidéo, pour demander d’enlever la tétine du petit. Mais ce qu’il m’a été donné d’observer amène à réflexion : tous les jours, après les horaires du centre aéré, il y avait des revendications… de la part des mères des jeunes animatrices ! Eh oui. Et là, vous aviez droit à une plaidoirie digne des plus grands avocats de Paris : de l’émotion, du sensationnel, du raisonnement… Et je me suis dit : mais ce n’est pas possible, la mère juive est extraordinaire ! Essayons de comprendre, au-delà du côté comique, ce qui fait la force de nos mères juives…
On le répète souvent dans les cours pour femmes, mais c’est tellement vrai : la femme est le baromètre de la maison. D’ailleurs, nos Sages disent en parlant de l’épouse d’un homme que c’est sa “maison” [1]. Autrement dit, si la maman est joyeuse, il y a de fortes chances pour que la bonne humeur règne dans la maisonnée ; et à l’inverse, si elle est d’humeur maussade, il y a peu de chances que la soirée soit très agréable… Lourde responsabilité, me direz-vous. Oui — mais justement, quelle formidable opportunité !
Car une mère peut, à elle seule, redonner le sourire à un enfant qui rentre contrarié de l’école. D’ailleurs, nos Sages enseignent qu’une intelligence intuitive (Bina) particulière et supplémentaire, a été donnée à la femme [2]. La femme « sent » les choses. Bien sûr, il ne s’agit pas de fonctionner uniquement à l’instinct, mais plutôt de disposer d’un véritable radar intérieur. Par exemple, elle remarquera souvent plus facilement la mine renfrognée de son adolescent que son mari.
En plus de ce sixième sens, la mère juive dispose d’une arme implacable : la prière. Évidemment, la prière appartient à tous, hommes et femmes confondus. Néanmoins, parce que les femmes ont souvent la larme facile — et que nos Sages enseignent que « les portes des larmes ne sont jamais fermées » [3] — la prière d’une mère pour son enfant a la capacité de déchirer les Cieux, tant elle est portée par l’émotion.
Pour vous donner un exemple : un Chabbath, une amie me racontait comment elle avait prié sans relâche, invoqué le mérite de nombreux Tsadikim, pour que sa fille soit acceptée dans un séminaire où elle avait très peu de chances d’entrer. Cette mère n’avait rien lâché : prières, pleurs, bougies… Et, Baroukh Hachem, sa fille a été acceptée.
Une autre arme à la disposition de la mère juive, c’est évidemment son regard positif, la bienveillance qu’elle porte sur son enfant. Il existe un proverbe arabe (que je ne vous écrirai pas en phonétique pour des raisons techniques) qui dit qu’une mère, même si son enfant ressemble à un pou, le voit comme une gazelle. Cela en dit long sur sa capacité à percevoir le bien là où personne ne le voit.
Combien d’histoires ai-je entendues de parents dont les enfants avaient été catalogués comme « problématiques » à l’école — turbulents, hyperactifs… — mais dont les mères ont refusé de se résigner, se sont battues pour faire entendre que leur enfant avait autant de potentiel que les autres. Et le temps, comme leur détermination, leur a donné raison.
Autre exemple : il y a quelques années, j’ai croisé une femme chez qui je faisais du babysitting étant plus jeune. En me donnant des nouvelles de ses enfants, elle me demanda : « Devine lequel me donne le plus de satisfaction aujourd’hui ? » Et elle me cita le nom de celui qui, à l’époque, était le plus ingérable. Alors que tout le monde l’enfermait dans une case, elle avait continué à le combler d’amour, à lui répéter qu’il était une bonne personne. Fort du regard de sa mère, cet enfant a pu affronter tous ceux qui ne croyaient pas en lui.
L’œil positif conduit naturellement à la pensée positive. On rit souvent de la mère juive qui dit « mon fils, avocat » en désignant son petit garçon de cinq ans. Mais en réalité, cette mère projette pour lui le meilleur. Et cet espoir, cette manière de se projeter, finit par façonner une réalité…
Et peut-être est-ce là, justement, le secret. Depuis toujours, on rit de la mère juive, on la caricature, on s’en amuse. Mais au fond, elle avance avec une certitude simple : elle fait ce qui est bon pour ses enfants et pour le ‘Am Israël. Nos Sages nous enseignent que la délivrance d’Égypte est venue par le mérite des femmes justes [4] — et de la même manière, la délivrance finale viendra par leur mérite.
Alors, peu importe si l’on sourit devant ses inquiétudes, ses excès ou ses projections : la mère juive, elle, sait. Elle sait qu’à travers son regard, ses prières et son amour inconditionnel, elle est en train de construire du bien...
[1] Talmud Bavli, Yoma 2a — « ביתו זו אשתו »
[2] Talmud Bavli, Niddah 45b — « בינה יתירה ניתנה באשה »
[3] Talmud Bavli, Bava Metzia 59a — « שערי דמעה לא ננעלו »
[4] Talmud Bavli, Sotah 11b — délivrance d’Égypte par le mérite des femmes justes




