L'une des sept prophétesses ayant façonné l’histoire du peuple juif est Déborah, particulièrement connue pour son statut de "juge". Qui était-elle ? Quelles leçons pouvons-nous tirer de sa personnalité et de ses comportements ? Et comment a-t-elle pu occuper une fonction de "juge", à priori interdite selon la Halakha pour une femme ?

Pour vous situer, Déborah arriva dans un contexte désastreux : les Juifs s’éloignaient du droit chemin et adoptaient des pratiques allant à l’encontre de la Torah. C'est pourquoi D.ieu les fit tomber sous la domination du roi de Canaan, Yabin. Son général, le cruel Sissera, opprima les Juifs pendant vingt ans. Dans leur grand désespoir, ils appelèrent alors D.ieu à leur secours, qui leur envoya Déborah, la prophétesse. 

Au milieu du péché et de l'idolâtrie, Déborah resta fidèle à D.ieu et à Sa Torah. Elle craignait D.ieu, et le peuple accourait chez elle pour lui demander conseil. Elle avertit le peuple juif et le pressa de quitter le mauvais chemin où il s'était engagé et de revenir à D.ieu. Toute la nation juive respectait cette grande prophétesse.

Tsniout et modestie 

Une des caractéristiques essentielles de Déborah était sa modestie. En effet, elle exerçait ses jugements en étant assise dehors en-dessous d’un palmier [1], pour rester dans la grande discrétion et pudeur et ainsi éviter de transgresser l’interdit de Yi’houd. Elle le faisait aussi pour que tout un chacun puisse l’atteindre facilement et profiter de ses enseignements. Le palmier aux feuilles tournées vers le Ciel représentait également la façon dont Déborah exerçait son rôle : de manière désintéressée et entièrement vouée au service Divin. Elle était également une prophétesse de haut niveau, tel que le verset le souligne : “Oudvora Icha Névia” “Et Déborah était une prophétesse”, si bien qu’aucun homme de sa génération n’avait la capacité d’émettre des jugements comme elle [2]. Cependant, il est intéressant de constater que, malgré sa grandeur, Déborah a, par la suite, perdu sa prophétie après s’être enorgueillie de ses accomplissements [3]. Nous pouvons tirer une importante leçon de ce phénomène. Toute la grandeur d’une femme, et d’un homme, par ricochet, repose sur sa capacité à accepter avec humilité les atouts qu’Hachem lui a donnés, et non de les exposer et de s’en vanter, qu’à D.ieu ne plaise. Ainsi, il faut réaliser le potentiel que nous avons en nous et l’exploiter à bon escient, mais en gardant toujours en tête que ce n’est pas un acquis, et que tous nos mérites et atouts proviennent d’Hachem.

Femme et mère avant tout !

Par ailleurs, lorsque Déborah chantait des louanges de remerciements à Hachem, elle se qualifiait de “mère d’Israël”[4]. En effet, bien qu’elle était une femme érudite, brillante et la meilleure juge de sa génération, elle mettait son rôle de mère sur un piédestal. Si une femme d’un si haut niveau octroyait une telle importance à son rôle de mère, ô combien devrions-nous faire de même aujourd’hui !

Ensuite, il est intéressant de souligner que le mari de Déborah était un homme simple, voire même ignard. Malgré cela, elle l'encouragea à exploiter son potentiel afin qu’il ait sa place dans le monde futur [5]. Pour ce faire, elle confectionna des mèches épaisses pour la Ménorah du Temple et demanda à son mari de les apporter là-bas. Les mèches étaient conçues de telle sorte à ce que la gloire de D.ieu soit évidente et exacerbée. En guise de récompense, Hachem a fait descendre sur elle une énorme lumière spirituelle lui permettant d’être la juge du peuple d’Israël.

Une femme… juge ? 

Mais Déborah était-elle juge comme on l’entend aujourd’hui (ce qui serait interdit pour une femme) ou bien était-elle un cas unique ? Tossefot [6], grand commentateur du Moyen Âge, stipule que Déborah émettait des jugements par l’entremise de sa prophétie, ce qui ne faisait pas d’elle une figure rabbinique pour autant. Et le fait qu’une femme émette des jugements toraïques par l’entremise de sa prophétie est tout à fait permis (Tossefot, Chavou’ot 30). Par ailleurs, le Ramban et le Ran, deux commentateurs notoires, affirment qu’elle n’a jamais été formellement nommée juge, mais plutôt qu’elle dirigeait le peuple juif et que ce dernier suivait ses conseils comme une Reine avec ses sujets. Ainsi, Déborah était un cas unique de l’histoire juive en tout point.

L’histoire de Déborah nous enseigne plusieurs choses : c'est la Tsniout d’une femme qui lui octroie sa vraie valeur et qui constitue son ultime but dans ce monde ; l’étude de la Torah est, certes, très importante, mais l’essentiel, c’est de travailler sur nos Middot (traits de caractère). Notre mérite dans ce monde repose sur notre intériorité, et la capacité de mettre en pratique ce qu’on apprend dans nos actions de tous les jours. Que nous puissions toutes toujours montrer l'exemple et avancer dans cette voie !

[1] Méguila 14

[2] Lisa Aiken, To Be a Jewish Woman, p.58-59

[3] Zahar Shem

[4] Choftim, 5 à 7

[5] Yalkout Chmouel

[6] Tossefot Chavouot 30