Moché Rabbénou, le plus grand des prophètes et le dirigeant par excellence du peuple juif, est communément reconnu comme étant la figure emblématique de la sortie d’Égypte. Mais ce dont nous parlons moins, c’est du rôle décisif que sa sœur Myriam a joué dans son ascension en tant que chef des Bné Israël. Penchons-nous quelque peu sur le personnage hors du commun qu’était Myriam, et sur les leçons que l’on peut extraire de ses actions vertueuses.

Paro, le roi d’Égypte, voulait rayer les juifs de la carte. Afin de parvenir à ses fins, il émit le décret de tuer tous les nouveau-nés garçons juifs et ordonna à Myriam et à sa mère, Yokhévèd, d’accomplir cette tâche cruelle. Les deux étaient des sages-femmes, et sauvèrent, grâce à leur expertise, une quantité innombrable de bébés malgré l’ordre du roi. Leur crainte du Maître du monde était bien plus élevée que celle qu’elles ressentaient envers Paro. Le deuxième nom de Myriam est Pou’a, car elle parvenait à apaiser les bébés en pleurs. Par ailleurs, selon le Midrash, Myriam a prophétisé qu’un jour sa mère allait donner naissance au rédempteur du peuple juif.

Au fil du temps, Paro réalisa que d’employer les sages-femmes pour mener à bien son plan infâme ne fonctionna pas. Il ordonna ainsi à ses soldats égyptiens de jeter tous les nouveau-nés garçons dans le Nil. Après avoir eu vent de cette nouvelle, Amram, le père de Myriam et d’Aharon, se découragea et se dit qu’il était inutile, voire dangereux, d’avoir d’autres enfants s’ils étaient destinés à se faire jeter dans le Nil. Il décida ainsi de divorcer de sa femme, qui était à l’époque enceinte de trois mois.

Une fois de plus, Myriam intervint et déclara à son père que sa décision était encore plus tranchante et destructrice que celle de Paro. Elle le sermonna en affirmant que Paro ne ciblait que les garçons, alors que lui, en s’étant séparé de sa femme, condamnait toute âme juive de descendre dans ce monde ! Les arguments de Myriam convainquirent rapidement Amram de se remarier avec Yokhévèd, et le mariage eut lieu publiquement afin d’encourager tous les autres hommes juifs à faire de même. Quelques mois plus tard, Moché Rabbénou naquit, et ses parents virent sur-le-champ qu’il était un Tsadik (homme juste) et qu’il allait devenir le sauveur du peuple juif. Il félicita sa fille Myriam d’avoir été aussi avenante.

Quelques jours après la naissance de Moché, et ce, afin d’éviter le décret sans scrupule de Paro de tuer chaque nouveau-né, Yokhévèd fut contrainte de mettre son nourrisson dans un berceau et de le jeter dans le Nil. Myriam se rendit de son propre chef au bord du Nil pour s’assurer que le futur sauveur d’Israël arriverait à bon port. En effet, elle ne pouvait se faire à l’idée de simplement se fier à D.ieu ; elle devait fournir un effort. De par cette conduite, nous apprenons la symbiose entre Hichtadlout et Emouna, l’effort et la confiance en D.ieu. Cette dernière est essentielle et constitue le cœur même du peuple juif, mais elle va main dans la main avec l’effort que l’on fournit.

En dernier lieu, le Rav Isaac nous révèle un secret extraordinaire sur l’attente de Myriam. Tout comme la prophétesse se tint aux bords des eaux, anxieuse du sort de son frère, la Chekhina, la présence divine, demeure toujours au sein du peuple juif impuissant, perdu au milieu de nations qui lui sont hostiles.

De par les actions justes et calculées de Myriam, nous réalisons à quel point elle a joué un rôle crucial en Égypte. Non seulement a-t-elle refusé de faire du mal aux nouveau-nés juifs malgré l’ordre de Paro, mais grâce à sa prophétie et sa ténacité, elle a sauvé la vie de Moché Rabbénou, l’ultime rédempteur du peuple juif. Elle a également veillé à ce qu’il ne se fasse pas engouffrer par les eaux du Nil et à ce qu’il arrive à bon port. Tel que le dicton l’affirme, derrière tout grand homme, il y a une femme. Et cette femme, c’est Myriam.

Puissions-nous, tout comme notre ancêtre Myriam, percevoir les menaces spirituelles qui peuvent tarauder notre entourage. Ayons la perspicacité et la force mentale de braver tous les obstacles que le Yétser Hara’ nous met sur notre route. Investissons-nous corps et âme pour notre famille, et sachons manier effort et confiance en D.ieu. Que nous révélions toutes l’étincelle de Myriam qui sommeille en nous !