Cela vous est déjà arrivé de faire une erreur tellement grave que vous avez honte de vous-mêmes ? Et vous craignez qu’on vous en veuille pour toujours ?

C’est ce qui se passe dans notre Paracha, Ki Tissa : le peuple juif commet le péché le plus impardonnable. Ils se prosternent devant une idole, le veau d'or, juste après avoir été témoins de la révélation directe de D.ieu au Mont Sinaï.

Moïse redescendit de la montagne, les deux tables du Statut à la main, tables écrites sur leurs deux faces, d'un côté et de l'autre. (...) Or, comme il approchait du camp, il aperçut le veau et les danses. Le courroux de Moïse s'alluma; il jeta de ses mains les tables et les brisa au pied de la montagne.[1]

Ce n'est qu'après les supplications excessives de Moïse et la Téchouva (repentance) du peuple qu'il fut ordonné de créer de nouvelles Tables de la Loi. La transgression du peuple juif était si grave que le Talmud[2] déclare : « Il n'y a pas un seul malheur au monde qui n'ait pas pour origine la réparation de la faute du veau d'or ».

Ce terrible épisode pose une question fondamentale : comment est-il possible que les Bné Israël aient commis une telle faute ? Et surtout, pourquoi D.ieu les a-t-il laissés aller si loin ? Pourquoi n’a-t-Il pas arrêté le cours des événements avant que la catastrophe ne se produise ?

La Guémara nous enseigne que D.ieu s’est abstenu d’intervenir et a laissé la situation se détériorer jusqu’en arriver là pour une raison essentielle. Pour nous montrer, à chacun d’entre nous que, quelle que soit la gravité d’une faute, il existe toujours un moyen de se repentir. D.ieu veut nous faire savoir que, si pour la faute la plus suprême de l’Histoire, Il a quand même accordé Son pardon, c’est bien la preuve que, quelles que soient les erreurs que nous avons commises, après avoir regretté sincèrement notre acte, nous serons également dignes du pardon. Ainsi, le message essentiel de cette Paracha est de nous dire de ne jamais être découragés par notre propre comportement et nos propres erreurs et de nous dire qu’il y a toujours une possibilité d’aller de l’avant.

Même Moché, qui n’a pas pris part à la faute du veau d’or, va incarner cette idée. Avant de monter sur la montagne pour recevoir les tables de la loi, Moché avait divorcé de sa femme Tsipora pour être en connexion ininterrompue avec Hachem (c’est le seul être au monde à avoir dû faire un tel sacrifice). Puis, en haut de la montagne, lorsqu’il a gravé les tables de la loi, il a utilisé un gros saphir. Les débris de ce saphir, Hachem lui a dit “Garde-les pour toi” et ce sont ces pierres précieuses qui ont fait de Moché un homme riche. Puis, lorsqu’il est redescendu de la montagne, il a rassemblé ces débris de saphir[3] et les a donnés à Tsipora pour se remarier avec elle... Elle accepte et redonne une seconde chance à son couple, même si elle sait que, dans le cas de Moché, ce remariage sera temporaire, la ‘Houppa a lieu et émeut tout le peuple.

Ainsi, lorsqu’il y a une brisure, on peut toujours renouer le lien.

Mais notre Paracha va nous offrir un second message encore plus surprenant.

Le nom de cette Paracha est très étonnant : Ki Tissa, signifie littéralement « quand on se relève », ce qui sous-entend que le peuple juif a grandi de cet épisode et a atteint un niveau plus élevé qu’avant la faute. Vraiment ? N’est-ce pas très étonnant ? Cela parait si illogique...

Comment est-il possible, après avoir fauté, que l'on puisse accéder à un niveau plus élevé qu’avant la faute ?

Le Rabbi de Loubavitch explique que le paradoxe de la faute est que la Téchouva permet d'établir une plus grande connexion avec D.ieu.

Avant de fauter - avec Hachem ou avec nos proches -, on peut se contenter d’un amour qui soit basique. Mais après avoir fauté, nous réalisons que cet amour basique n’était pas suffisant puisque l'incitation à la faute était plus forte que notre amour. Ainsi, nous allons chercher au plus profond de nous-mêmes pour développer une relation plus authentique, et cette relation aura une plus grande profondeur.

Grâce à la Téchouva, nos erreurs peuvent être non seulement réparées, mais aussi nos défaillances profondes peuvent redirigées positivement.

Bien que nous faisions de notre mieux pour avoir une relation irréprochable avec D.ieu et avec nos proches, les erreurs sont inévitables. Il faut savoir se relever de nos erreurs, mais surtout les utiliser pour littéralement « nous élever » et développer une connexion encore plus profonde avec ceux envers qui nous avons commis la faute.

Par la suite, la plus belle preuve d’amour qu’Hachem va nous dévoiler c’est de nous demander de mettre les débris des premières tables de la Loi, symboles de notre terrible erreur, dans l’Arche Sainte, au sein du Sanctuaire ! Un peu comme si vous mettiez le reste d’un repas non-Cachère que vous auriez mangé, sur votre place à la synagogue…

Pourquoi Hachem tient à ce que l’on garde les débris ? Pour nous dire que c’est grâce à ces débris que nous avons pu grandir. C’est grâce à nos erreurs que nous allons accéder à un niveau encore plus élevé.

Le message de notre Paracha nous encourage doublement : il n’y a pas d’erreur qui ne soit irrattrapable ou impardonnable, on peut toujours re-sculpter des secondes Tables de la Loi.

De plus, elle nous apprend une idée encore plus encourageante : nos erreurs sont des occasions de redémarrer une connexion plus forte, de créer une relation nouvelle, remplie d'un amour encore plus fort que jamais.


[1] Chémot (32,15)

[2] Sanhédrin 102

[3] Rachi Chémot (34,1)