Peu importe à quand remonte votre demande en mariage, vous vous en souvenez sûrement comme si c’était hier, n’est-ce pas ?

On se souvient toutes comment tout a commencé : dès que notre mère a été au courant de la demande, elle s’est affairée à organiser la fête de fiançailles. Puis, ce fut le tour de commencer les préparatifs plus sérieux : ceux du jour de la ‘Houppa et de la fête qui s’en suivait. Il a fallu fixer la date, trouver une salle, le décorateur de la salle, le traiteur, faire les menus, trouver la robe, la maquilleuse, le photographe, puis faire la liste des invités, le placement de table (un casse-tête chinois d’un niveau hors catégorie)… Bref, une liste de tâches à n’en plus finir !
Pour préparer quoi ? Une soirée qui se veut i-nou-bli-able !

Qu’en est-il de la suite de la fête ?

Et bien, on rentre assez rapidement dans la vie concrète avec tous les détails qu'elle comporte. Le jeune couple va sûrement aller dans des magasins pour dénicher des meubles pour leur nouvel appartement, ils vont faire connaissance avec les piles de linge et avec leur fer à repasser, ils vont devoir mettre en place un budget familial, et, surtout, la toute nouvelle fiancée va découvrir qu’il existe un casse-tête encore plus difficile que le placement de table du mariage : comment va-t-elle s’organiser pour cuisiner des plats rapides, sains, et savoureux désormais tous les jours de sa vie sans exception ?!

Tout d’un coup, la magie du mariage paraît assez lointaine… C’est vrai, les photos, les vidéos, et les souvenirs sont encore là, très palpables, mais la réalité de la routine quotidienne les rattrape souvent à une vitesse qui les dépasse. Cuisine, ménage, finances et bricolage deviennent l'apanage du nouveau couple.

C’est exactement le même phénomène que l’on va retrouver dans la Paracha de Michpatim. En effet, il est intéressant de noter que, juste après le moment miraculeux où Hachem s’est adressé de façon directe à toute la nation juive, depuis le Mont Sinaï, nous retrouvons des lois qui sont, en apparence, très ordinaires et terre-à-terre.

Quand D.ieu nous a donné la Torah, c’était en grande pompe et fanfare; le monde entier est resté immobile pour cet épisode qui a changé la face du monde. La Torah décrit à quel point c'était exceptionnel : nous avons vu la voix de D.ieu, le tonnerre a retenti, et le monde entier s'est arrêté pour cet épisode impressionnant. L'éclair et la voix de D.ieu ont résonné dans le monde sans écho. Imaginez comment cette nation s’est sentie, après que la parole de D.ieu soit restée gravée dans leur âme à tout jamais. Elle résonne d’ailleurs encore dans la Néchama (âme) de leurs descendants jusqu’à aujourd’hui...

Suite à cela, nous aurions pu nous attendre à ce que nous soit demandé un aspect très élevé de notre relation avec D.ieu, comme donner sa vie pour Hachem (Méssirout Néfech), ou bien étudier la Torah avec ferveur.

Et pourtant, la Torah enchaine avec “de simples” lois de dommages et intérêts entre l’homme et son prochain, et de la façon de traiter les servants et servantes. De nombreuses lois civiles sont introduites, y compris concernant les dommages causés aux personnes et à leur bétail, que ce soit par négligence ou non. Puis, dans les Parachot suivantes (Terouma et Tétsavé), nous parlerons de sujets encore plus matériels et concrets : nous parlerons d'ustensiles, d’ameublement, de tapisserie, et de confection homme (l’habit du Cohen Gadol !).

Pourquoi enchainer avec des propos si terre-à-terre ?

La réponse est double.

Premièrement, cela concerne le couple. C’est vrai que la cérémonie du mariage juif est émouvante et fascinante. Et pourtant, descendre la poubelle et préparer un tupperware, des actes si banals, peuvent s’avérer bien plus romantiques que toute la magie de la célébration du mariage. En effet, je vous pose la question : qu’est-ce qui compte le plus dans la vie ? Les plats du traiteur le soir du mariage, ou les plats qu'une femme va préparer chaque soir avec amour pour son époux ? Le fleuriste de la salle ou les fleurs que le mari va offrir à sa femme tous les vendredis ? Le choix de la super maquilleuse-coiffeuse ou le fait qu’une femme se maquille et se coiffe pour se faire belle pour son mari au quotidien ?
C’est facile de porter une robe de mariée et un smoking, mais c’est bien plus difficile de se lever la nuit pour remettre la tétine de son bébé, et permettre ainsi à l’autre de continuer de dormir tranquillement... C’est le quotidien dans tous ces détails qui va montrer l’amour et l’affection que des époux se portent l’un envers l’autre. Et c’est sur ces détails que tout l’équilibre et la solidité du couple vont reposer.

Deuxièmement, cela concerne notre rapport à D.ieu. La force de la Torah est telle que l’inspiration du Sinaï va se concrétiser dans tous les détails de notre vie quotidienne : par le fait de respecter la Torah dans notre vie au quotidien, dans tous ses détails aussi concrets, c’est là que l’on va exprimer notre adhésion totale à la Torah, et c’est ainsi que nous faisons régner la présence d’Hachem dans le monde. Dire Chéma’ Israël avec ferveur a autant d’importance que de ne pas rayer la voiture du voisin, de rendre un livre qui nous avait été prêté sans l’avoir abimé, ou de payer ma note de l’épicier sans dépasser le délai.
En d’autres termes, le don de la Torah sur le mont Sinaï, ce n’est pas seulement un événement extraordinaire qui a eu lieu il y a 3330 ans ! C’est tous les jours qu’il va avoir lieu. Partout dans le globe, et dans la vie de chacun ! A nous d’en prendre conscience et valoriser chacun de nos actes, même les plus “terre-à-terre”. Car il n’y a rien de plus Kadoch (saint) qu’une vie remplie d’actes sublimés par le sens qu’on leur donne. C’est ainsi que l’on fera de chaque jour de notre vie un moment aussi élevé et Kadoch que le don de la Torah lui-même.

(Adapté d’un article de Esther Kosofsky)