À votre avis, la Echet ‘Hayil, c’est qui ?

L’année dernière, en vue de la préparation d’une série de cours sur le poème de “Echet ‘Hayil” (la femme vertueuse), j’ai lancé un sondage sur les réseaux sociaux. La question était : “Pour vous, la “Echet ‘Hayil”, c’est qui ?”.

1- La mère de famille sereine qui s’épanouit à travers son rôle de femme d’intérieur.

2- La femme hyperactive qui sait faire 10 choses à la fois et qui a toujours la pêche !

3- La femme traditionnelle qui ressemblerait à ma grand-mère, mais pas à moi…

4- La femme d’action, sûre d’elle-même, et qui ne se laisse pas dicter ce qu’elle doit faire.

Tout d’abord, j’ai été surprise de voir que les réponses au sondage ont été très hétérogènes. Plus encore, les femmes qui ont répondu ne se sont pas contentées de choisir une des quatre réponses seulement, mais chacune a détaillé plus précisément sa propre définition de la “femme vertueuse”, comme on le traduit couramment. Ce qui nous prouve que, dans notre inconscient féminin, chacune se fait une image différente de ce que serait la femme idéale. Il y a autant de variantes de la femme idéale que de femmes sur Terre !

Puis, en creusant un peu plus dans les réponses reçues, je suis arrivée à une conclusion édifiante ! De façon unanime, pour chaque femme, la Echet ‘Hayil était très différente d’elle-même ! Je dirais que c’était même tout le contraire ! Pour les femmes actives, il s’agirait d’une femme douce et patiente. Pour les mères au foyer, il s’agirait d’une femme qui travaille en dehors de la maison. Pour les femmes qui doutent d’elles-mêmes, il s’agirait d’une femme qui a pleinement confiance en elle-même. Pour les femmes modernes, il s’agirait d’une femme plutôt traditionnelle…

Ainsi, je comprenais que, pour nous les femmes, que l’on soit jeune fille, épouse, mère ou grand-mère, nous sommes toujours tiraillées par un idéal qui n’est pas nous-mêmes. Nous avons en permanence cette petite voix dans notre tête qui nous dicte le même refrain : “Tu devrais être comme ceci ou comme cela”. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cet idéal est loin de nous tirer vers le haut, bien au contraire ! Cet “idéal” nous culpabilise en permanence et nous éloigne de nous-mêmes. Ainsi, on peut passer sa vie à se fustiger d’être autre chose que ce qu’on aspire à être, sans pour autant évoluer vers cet “idéal”, puisque, de toute façon, c’est impossible : car cet idéal n’est pas nous !

Quand on constate qu’on ne vit pas cet idéal perfectionniste, on peut vivre dans la culpabilité, la honte et la haine de soi. Mais surtout, on risque de passer à côté de ce qu’Hachem a prévu pour nous : développer notre potentiel qui est unique et propre à chacune. En effet, Hachem nous a créées unique. Hachem l’a mis également dans notre morphologie : parmi sept milliards d’habitants, on ne trouvera personne qui a le même visage que nous-mêmes, ni le même ADN, ni les mêmes empreintes digitales, ni le même iris. De même dans la personnalité, nous avons une personnalité qui est unique dans notre génération, mais plus encore, dans l’histoire de l’humanité tout entière.

Par la suite, je me suis rendue compte que je ne faisais pas exception... En effet, lorsque j’ai commencé à étudier les textes pour préparer cette série de cours, je me rendais compte au fur et à mesure à quel point j’étais également loin du compte, et loin de moi-même… Pour moi, la Echet ‘Hayil était une femme patiente, douce, avec un sourire permanent sur le visage, une maison bien rangée, faisant des petits gâteaux tous les jours pour sa famille et lisant des Téhilim entre deux tâches ménagères. La femme vertueuse était en fait... tout le contraire de moi ! 

Le profil de la Echet 'Hayil

Puis, en rentrant dans les textes, j’ai réalisé à quel point cette femme idéale était loin du portrait que je m’en faisais. Elle est empreinte de force, de courage et de douceur, elle est impliquée dans la société, elle sait puiser ses ressources dans notre héritage juif, et elle est consciente de ses potentialités et de ses responsabilités.

En fait, le poème de Echet ‘Hayil, qui est chanté traditionnellement le vendredi soir à la table de Chabbath, constitue le dernier chapitre des Proverbes du roi Salomon. Le roi Salomon décrit la façon dont sa mère Batchéva l’a réorienté lorsqu’il commençait à emprunter un mauvais chemin [1]. Alors que le livre des Proverbes constitue un recueil de conseils d’une pertinence universelle et éternelle, la dernière partie de Echet ‘Hayil est une description de ce qu’est une femme vertueuse dans des termes élogieux.

22 versets, allant de Alef jusqu’à Tav, c’est-à-dire embrassant l’alphabet hébreu tout entier, comme pour nous dire que celui qui a épousé une femme vertueuse est considéré comme ayant accompli la Torah toute entière [2]. Pour nous dire aussi que, tout comme D.ieu a créé le monde avec le Alef-Beth, la femme crée des mondes grâce à ses qualités mises à l’œuvre [3]. Mais peut-être pour nous dire aussi que toutes les femmes du peuple d'Israël sont incluses dans cette description.

Puis, lorsqu’on lit entre les lignes de ce poème, vient le Midrach qui nous apporte une double lecture fort innovante !

Derrière chaque verset se cache une grande femme du peuple d'Israël

Heureux qui a rencontré une femme vaillante… En elle le cœur de son époux a toute confiance... Il s’agit de Sarah.

Tous les jours de sa vie, elle travaille à son bonheur… Il s’agit de Rivka.

Elle se procure de la laine et du lin… Il s’agit de Léa.

Pareille aux vaisseaux marchands… Il s’agit de Ra’hel.

Il fait encore nuit qu'elle est déjà debout… Il s’agit de Batya, fille de Pharaon etc.

Ce Midrach, que nous allons tenter d’étudier en profondeur en décrivant le parcours, les défis et les forces de chacune de ces prodigieuses femmes, ne fait que confirmer notre idée première. La femme juive idéale n’existe pas. D’ailleurs, n’est-ce pas le roi Salomon lui-même qui a dit cette phrase étonnante : וּמוֹצֶא אֲנִי מַר מִמָּוֶת אֶת הָאִשָּׁה : “Ce que j'ai trouvé de plus amer que la mort, c'est la femme” [4]. Comme il est curieux de voir le plus sage des hommes [5] prononcer une parole si choquante. L’explication est la suivante : si l’on cherche sans arrêt à vouloir être LA femme idéale, on risque forcément d’être frustrée, puisque l’idéal auquel on cherche à parvenir, on ne l’atteindra bien évidemment jamais. Dans cette perspective, la tournure que notre vie va prendre risque alors d’être pire que la mort. Il n’y a pas de femme idéale, mais chaque femme, avec ses ressources, ses talents et ses aspirations qui sont les siennes, prend sa place dans l’histoire juive et dans l'édifice du peuple juif en tant que tel. Chacune est différente et chacune est nécessaire. Tout notre travail va être de trouver à l’intérieur de nous-mêmes notre cocktail si unique, composé d’un peu de Sarah, de Rivka, de Ra’hel, de Léa, de Batya, de Yokhévèd, de Myriam, de Batchéva… et quelques-unes des dix-huit femmes décrites dans le Midrach.

Alors, je vous repose la question, chères lectrices, la Echet ‘Hayil, c’est qui ?

La femme vertueuse, c’est chacune d’entre nous, lorsqu’on sait s’aimer et s’accepter comme on est, en s'exerçant au quotidien à exploiter notre extraordinaire et unique potentiel, de polir notre diamant intérieur qui s’appelle notre Néchama (âme) et de faire briller notre lumière autour de nous, auprès de notre entourage. Tout comme chaque potentiel est unique, n’oublions pas que chaque parcours est unique également. Je vous invite pour une étude en 22 articles pour aller à la rencontre de nous-mêmes. Cette étude est basée sur le Midrach sur Michlé, le Artscroll sur Michlé, et sur les livres Eishes Chayil de Shira Hochheimer et More precious than pearls de Tziporah Heller.

[1] Rachi sur Michlé (31,1)

[2] Yalkout Chimoni

[3] Mé’am Loez sur Michlé (31,31)

[4] Ecclesiastes (7,26)

[5] Rois (15,11)