Les accords entamés dernièrement en Suisse entre l’Iran et les États-Unis ont constitué une démonstration du mépris que porte Téhéran envers le gouvernement américain. La délégation iranienne a refusé de participer à la séance protocolaire précédant les discussions. Elle n’a pas non plus accepté de serrer la main des représentants américains et de se faire photographier avec eux. Du jamais vu ! Sur leur compte en ligne, certains dirigeants du régime iranien ont traité Trump de perdant, de bluffeur et d’imbécile. Il faut rappeler que, dans les mentalités orientales, l’honneur et la dignité sont des valeurs de première importance. L’attitude du chef d’État américain, acceptant de se plier à leurs exigences, a vite été perçue comme de la faiblesse, faute impardonnable ! Si la force, le courage et le sang-froid appellent l’admiration et le respect, leur absence fait naître le mépris.
On connaît Trump comme un homme fier, qui développe un culte extrême de sa personnalité, et pourtant, l’attitude du régime iranien ne semble pas l’avoir touché outre mesure. En réalité, il a bien d’autres calculs en tête et, dès lors qu’il a décidé de signer un traité de paix, rien ne peut le freiner. Ce n’est donc pas qu’il soit insensible à l’honneur, mais il a tout simplement ses priorités. Nous avons devant nous un exemple concret de l’évolution des valeurs humaines : de nos jours, la honte publique a perdu de son impact.
Rappelons que, dans un passé pas si lointain, la dignité et l’honneur étaient des valeurs universelles. La réputation s’acquérait au prix de nombreux efforts. Dans certaines civilisations, comme chez les samouraïs, perdre son honneur était considéré comme pire que mourir, et certains n’hésitaient pas à pratiquer le hara-kiri (forme de suicide). Même en Europe, les duels étaient fréquents à la suite d’un affront. Si, en Orient, on continue à cultiver ces valeurs, en Occident, elles ont été remplacées par la célébrité, la richesse et la réussite. L’exemple le plus frappant est celui de ces politiciens qui se lancent dans la course au pouvoir, sachant pertinemment qu’ils seront critiqués, salis et associés à des scandales.
Le peuple hébreu, quant à lui, a subi, au cours de son histoire, de nombreuses formes de discrimination et d’exclusion – sans oublier les persécutions et les massacres. Le dénigrement a constitué une arme redoutable pour l’abattre, et il se perpétue jusqu’à aujourd’hui, sous une forme plus subtile. Comment les Juifs sont-ils parvenus à se protéger de ce harcèlement psychologique sans se laisser véritablement atteindre ?
C’est surtout la conviction d’avoir contracté une alliance avec D.ieu qui leur a fourni un cadre de sens dépassant les épreuves. C’est ainsi qu’à chaque prière, dans le ‘Alénou Léchabéa’h, nous exprimons "notre reconnaissance envers D.ieu de pouvoir Le servir, alors que les nations ne croient qu’à des vanités et des vacuités". Cette conviction les a, en quelque sorte, placés bien au-dessus de tout dénigrement, avec la certitude qu’en réalité, c’est chez eux que se trouvent les valeurs éternelles.
À notre époque, le peuple d’Israël a eu le mérite de retourner sur la terre de ses ancêtres. Pourtant, le jeune État cherche éperdument, mais en vain, à être accepté et reconnu parmi les nations. Malgré ses capacités et ses talents, il est souvent mis à l’écart, sans véritable explication. Il fait malheureusement fausse route, car les exploits sportifs, artistiques ou militaires, pas plus que les inventions scientifiques, ne suffisent à procurer une reconnaissance profonde et durable.
Celui qui fonde sa valeur sur le regard des autres devient dépendant de leur approbation ; celui qui fonde sa valeur sur une identité profonde devient invulnérable au mépris.




