On est en droit d’avoir de l’aversion à l'égard du régime radical iranien, mais, en revanche, il faut reconnaître que ses responsables sont vraiment très forts. Après avoir été bombardés intensivement par les armées israélienne et américaine, perdant ainsi la plupart de leurs chefs-clés et une grande partie de leur puissance militaire, il y avait lieu de penser qu’ils se plieraient aux exigences de leurs adversaires afin de ne pas être écartés définitivement de la scène politique. Mais non ! Voilà des semaines que les pourparlers se prolongent face à un Trump menaçant, fougueux et impatient, et à l’heure où ces lignes sont écrites, aucun accord n’a encore été signé. Leur tactique semble être de vouloir gagner du temps.
Cette démarche consistant à prolonger les négociations tout en évitant une rupture définitive, en jouant sur un cycle de prétendue soumission puis revendication, apparaît comme fructueuse. Alors qu’à Jérusalem, on bouillonne de colère devant cette stratégie d’usure, à Washington on assouplit les conditions, confronté aux pressions économiques et politiques intérieures comme extérieures. Téhéran semble avoir bien compris certaines faiblesses de l’Occident et mène une guerre d’épuisement face aux États-Unis. Ce régime espère ainsi obtenir des accords provisoires lui permettant de conserver ses capacités nucléaires et ses stocks d’uranium enrichi, tout en allégeant la pression économique qu’il subit.
Cette observation politique nous amène à un tout autre domaine : celui de l’existence, avec cette dimension à travers laquelle l’homme se meut et qui s’appelle le temps.
Le monde dans lequel nous évoluons a été conçu avec cette double facette : d’un côté, un décor plus ou moins statique, avec des saisons cycliques, le jour et la nuit qui se relaient, des lois qui régissent la nature ; un monde certes merveilleux, mais qui demeure pratiquement immuable. D’un autre côté, chaque moment de l’existence est différent, avec une dynamique impressionnante, une interaction fascinante entre les hommes, un destin unique et ses rebondissements imprévisibles. C’est alors que l’on prend conscience que la vie possède ses opportunités à saisir rapidement et ses épreuves qui nous déstabilisent, les deux étant tributaires de ce paramètre indomptable qu’est le temps.
Nos patriarches et nos Sages de l’Antiquité avaient bien saisi cette réalité et, lorsqu’une Mitsva se présentait à eux, ils s’empressaient de l’accomplir sans jamais perdre la moindre once de temps, car cette opportunité pouvait disparaître d’un instant à l’autre. Ainsi, Avraham, désireux de réaliser la Hakhnassat Or’him (l’accueil des hôtes), agira avec rapidité. Par expérience, nous avons également pu constater que dans la vie, il faut savoir “saisir l’occasion” au risque qu’elle ne nous échappe.
Nous sommes aussi parfois confrontés à une épreuve, comme la passion d’un désir interdit ou la colère. Il nous est très difficile de combattre ces sentiments, car ils se réveillent puissants et impétueux et menacent de nous soumettre à leur volonté. La solution, dans ce cas, est de ne surtout pas se presser, mais au contraire de “gagner du temps”, un peu… comme l’Iran ! Ne pas être impressionné et être conscient que chaque instant gagné est un bénéfice, car il permet à la raison de se réveiller et ainsi de refroidir le Yétser Hara’ (mauvais penchant). Ainsi fonctionne la nature humaine, et les mêmes techniques que certains mettent au service du mal peuvent tout autant être utilisées pour le bien.
La sagesse consiste à savoir quand il faut courir… et quand il faut attendre.




