Il y a des pertes qui sont irremplaçables. Celle du Rav Ron Chaya en fait partie. Il nous a quittés brusquement, nous laissant tous sous le choc. Le seul qui s’était préparé à ce départ, c’est lui-même. Depuis plusieurs dizaines d’années, il avait réalisé la précarité de ce monde et se préparait au ‘Olam Haba (Monde futur), accumulant des mérites comme des pierres précieuses. La mort ne lui faisait pas peur : « Ce n’est qu’un passage du vestibule au palais du Roi », disait-il.

Nous avons fait connaissance en 1990. Nous fréquentions alors le même Beth Hamidrach (centre d’étude de la Torah). Je remarquais son investissement dans l’étude, du matin jusqu’au soir, avec beaucoup d’ardeur. À la pause, il ne consommait qu’une partie de son repas, et lorsqu’il était fatigué, il s’allongeait quelques minutes sur un banc.

Il avait déjà, à cette époque, animé des séminaires de judaïsme. Un jour, en 1991, il m’accosta pour me faire savoir qu’il allait ouvrir une Yéchiva pour francophones, à la demande d’un groupe de jeunes Canadiens qui lui réclamaient une suite au séminaire. Sachant que j’avais une certaine expérience dans ce domaine, il m’avait proposé de faire partie de son équipe.

C’est là que commença une aventure extraordinaire, qui allait s’étendre sur plusieurs dizaines d’années, avec beaucoup de défis - mais aussi beaucoup de satisfactions. Il fallait d’abord concevoir une Yéchiva de Ba’alé Téchouva (personnes qui se rapprochent du judaïsme). En effet, il fallait créer un programme qui corresponde aux besoins de ces jeunes, dans lequel ils trouveraient des réponses à leurs questions, et qui leur permettrait de découvrir toute la richesse de la Torah. La difficulté était aussi de réunir dans un même cadre des personnes très différentes de par leur culture, leur âge, leur niveau intellectuel et religieux. De plus, certains ne venaient que pour quelques jours, alors que d’autres restaient pour une longue période. 

Que faire de leur passé qui remontait tout le temps ? Comment s’arranger avec la famille qui s’opposait ? Comment conserver les acquis réalisés à la Yéchiva après l’avoir quittée ?, se questionnaient les étudiants. Le Rav Chaya, nullement décontenancé, savait trouver une solution pour chacun, sans que cela porte préjudice à la collectivité que formait la Yéchiva. Bien que très occupé, on pouvait à tout moment frapper à sa porte et obtenir une écoute, avec toute la patience, l’intérêt et l’affabilité qu’il témoignait à chacun. Dans la discrétion la plus totale, il aidait aussi financièrement ceux qui étaient dans le besoin.

Au-delà des cours qu’il dispensait, le Rav était avant tout un exemple : sa ferveur dans la prière, son humilité, sa droiture parfaite, son amour extraordinaire pour la Torah, préservant ses yeux et sa bouche de visions et propos interdits.

Parallèlement à son activité au sein de la Yéchiva, il continua pendant des années à voyager à l’étranger dans le cadre des séminaires, malgré le sacrifice que cela représentait pour lui et sa famille. Rappelons l’abnégation de son épouse, que D.ieu lui accorde une longue vie, qui a pu  souvent se retrouver seule un Chabbath sur deux avec des enfants en bas âge et qui, non seulement ne se plaignait pas, mais en plus l’encourageait. Un véritable couple d’anges, qui pourtant n’avaient pas été “programmés” pour mener ce type de vie dans leur jeunesse.

Son départ laisse un grand vide pour sa famille, ses élèves et pour toute la communauté juive francophone répartie à travers le monde, à laquelle il diffusait ses enseignements et répondait à ses questions à travers son site. Personnellement, j’ai aussi perdu un ami, avec qui j’échangeais régulièrement, au-delà de nos relations de travail.

Nous ne t’oublierons jamais, mon cher Ron !