Pour beaucoup de Juifs à travers le monde, ces événements sont vécus comme un signal inquiétant. Mais au-delà de cette réalité, et en tant qu’hommes de foi, une question difficile doit aussi être posée avec honnêteté : ne portons-nous pas également une part de responsabilité ?
Dans la prière qui précède l’accomplissement de la Brit Mila, le Mohel prie pour qu’aucun décret ne vienne empêcher cet acte saint transmis depuis Avraham Avinou. Depuis des générations, la circoncision rituelle juive a souvent été présentée comme un sujet “controversé”, alors qu’elle fut bien souvent la cible d’un antisémitisme déguisé sous des arguments culturels, sanitaires ou politiques.
La Brit Mila menacée
Ces dernières années, plusieurs pays d’Europe ont vu apparaître des débats, des enquêtes judiciaires et des tentatives de restrictions concernant la Brit Mila. En Belgique, des Mohalim ont été poursuivis pour exercice illégal de la médecine. En Scandinavie, certains responsables politiques ont demandé l’interdiction de la circoncision sur mineurs. Dans d’autres pays, des exigences médicales toujours plus strictes ont été imposées.
Pour beaucoup de Juifs à travers le monde, ces événements sont vécus comme un signal inquiétant. La Brit Mila n’est pas un simple acte culturel ou une tradition secondaire. Elle constitue l’un des fondements mêmes de l’identité juive, l’Alliance éternelle entre Hachem et Son peuple. Toucher à la Brit Mila revient, d’une certaine manière, à toucher au cœur même du judaïsme.
Mais il serait, je pense, erroné de ne voir dans cette situation qu’une attaque extérieure. Et il est vrai qu’il existe parfois derrière certains discours une hostilité profonde envers les traditions religieuses juives. Sous couvert de modernité, de droits de l’enfant ou de considérations idéologiques, certains cherchent en réalité à effacer progressivement toute expression religieuse forte de l’espace public européen.
Mais au-delà de cette réalité, et en tant qu’hommes de foi, une question difficile doit aussi être posée avec honnêteté : ne portons-nous pas également une part de responsabilité ?
Une médicalisation dangereuse
Dans notre tradition, il ne peut exister de décret sans raison spirituelle. Lorsque le peuple juif agit conformément à la Volonté divine, Hachem protège Ses Mitsvot. Cela oblige donc chacun à une introspection sincère. Peut-être avons-nous, parfois inconsciemment, affaibli la dimension sacrée de la Brit Mila elle-même ?
L’un des problèmes majeurs de ces dernières décennies est la médicalisation progressive de la circoncision rituelle. Dans de nombreux endroits, la Brit Mila a commencé à être présentée comme un acte principalement médical plutôt que comme un acte de sainteté. Bien entendu, l’hygiène, la sécurité et le professionnalisme sont indispensables. Aucun Mohel sérieux ne peut négliger ces aspects. Cependant, lorsque l’on transforme progressivement la Brit Mila en simple procédure médicale, on ouvre soi-même la porte à une redéfinition complète de l’acte.
Car si la Brit Mila devient uniquement un acte médical, alors les États peuvent immédiatement prétendre qu’elle doit être réservée exclusivement aux médecins, aux hôpitaux et aux structures sanitaires officielles. C’est précisément ce que l’on voit aujourd’hui apparaître dans plusieurs pays européens. En voulant parfois rassurer le monde moderne ou obtenir une forme de reconnaissance institutionnelle, certains ont involontairement donné des arguments à ceux qui souhaitent contrôler ou limiter cet acte traditionnel fondamental.
Or, la Brit Mila n’a jamais été fondée sur la médecine — sinon Hachem Lui-même nous aurait demandé de la pratiquer par les meilleurs médecins ! Elle repose plutôt sur une transmission spirituelle remontant à des millénaires. Le Mohel n’est pas simplement un technicien. Il est le dépositaire d’une mission sacrée, accomplie selon des règles précises de Halakha, de pureté et de crainte du Ciel afin de faire entrer le nourrisson dans les portes de la sainteté pour lui assurer sa protection divine au travers de cette Alliance sacrée.
Une circoncision "politiquement correcte" ?
Un second problème est apparu sous la pression du "politiquement correct" et de certaines influences modernes. Par crainte des critiques extérieures ou afin de rendre la pratique plus "acceptable" aux yeux du monde contemporain, certains ont parfois cherché à modifier ou minimiser certaines étapes traditionnelles de la Brit Mila. Là encore, cela constitue un danger spirituel considérable.
Lorsqu’un acte sacré est progressivement vidé de sa profondeur pour satisfaire les attentes idéologiques du moment, il perd une partie de sa protection spirituelle. Nos Sages nous enseignent que la force du peuple juif réside précisément dans sa fidélité à la Torah, même lorsque le monde extérieur ne comprend pas toujours ses commandements.
Pour une responsabilité collective
Aujourd’hui, le danger est réel. Si les responsables communautaires ne prennent pas conscience de l’importance de préserver la sainteté intégrale de la Brit Mila, les restrictions risquent de se multiplier dans les années à venir. Ce qui commence par des exigences administratives peut rapidement évoluer vers des limitations beaucoup plus graves.
La réponse ne doit cependant pas être la peur ou la colère. Elle doit être le renforcement. Renforcement de la Halakha. Renforcement de la formation sérieuse des Mohalim. Renforcement de la conscience spirituelle autour de cette Mitsva. Renforcement également de l’unité communautaire afin de défendre la Brit Mila avec dignité, intelligence et fidélité à la tradition.
La Brit Mila a traversé les empires, les persécutions, les exils et les interdictions. Des générations de Juifs ont parfois risqué leur vie pour accomplir cette Alliance sacrée. Ce n’est donc pas uniquement une question juridique ou politique. C’est une question d’identité, de fidélité et de responsabilité collective.
Et peut-être que le véritable combat commence d’abord par notre capacité à redonner à la Brit Mila toute sa sainteté, toute sa pureté et toute sa place centrale dans la vie juive.
Rav Avraham Kadoch, Mohel et directeur de l’association WorldBrit




