Dans un entretien exclusif, la Rabbanite Danielle Sitruk et son fils Ephraïm ont répondu aux questions de Torah-Box. Ils nous révèlent les coulisses des 3 soirées hommage et du nouveau livre à paraître aux éditions Torah-Box à l’occasion des 10 ans de la disparition du Rav.
Il y a déjà 10 ans, le phare du judaïsme français, Rav Yossef ‘Haïm Sitruk, rendait son âme, laissant la plus grande communauté juive d’Europe orpheline. À l’occasion de cet anniversaire, la famille Sitruk et Torah-Box organisent trois grandes soirées d’hommage au Grand-Rabbin de France, à Paris (06/09), Jérusalem (03/09) et Londres (08/09) et présenteront un nouveau livre, "Taureau assis", dans lequel des facettes intimes et méconnues du Rav seront dévoilées au grand public.
À l’approche de ces trois grandes dates, nous nous sommes entretenus avec la Rabbanite Danielle Sitruk et son fils Ephraïm, qui nous livrent les coulisses de ces évènements.
Torah-Box : Rabbanite Sitruk, bonjour. On sait que vous déclinez généralement les demandes d’interviews et préférez rester loin des projecteurs. Qu’est-ce qui cette fois vous a convaincue d’accepter l’idée d’un livre sur votre époux ?
Mme D. Sitruk : La demande est venue de Torah-Box, dont les membres sont toujours très affables et avec lesquels nous avons développé plusieurs projets dans le passé. Lorsque Joseph Berrebi, l’initiateur du projet, nous a présenté l’idée d’un livre avec l’idée de faire découvrir au public un pan de la vie plus personnelle et familiale du Rav, nous avons tout naturellement accepté.
Le titre du livre, "Taureau assis", laisse penseur. Expliquez-nous ce qui se cache derrière.
Mme D. Sitruk : "Taureau assis" était le nom de totem du Rav aux EI (les Éclaireurs Israélites), où nous nous sommes connus et où son attache avec la Torah a pris naissance. "Taureau assis" est en fait le nom d’un sage hindou et cela lui sied parfaitement car à 14 ans déjà, il était sage et inspirait les autres. C’est aux EI qu’il a raconté avoir acquis ses qualités morales et sa connexion avec la Torah, ce qui l’a en fait accompagné toute sa vie. Comme ce sont là des thématiques que nous abordons tout au long du livre, et que Monsieur Benhamou souhaitait un titre qui interpelle, c’était donc parfaitement adapté !
Si vous deviez résumer ce qu’était le Rav en une phrase, que diriez-vous ?
Mme D. Sitruk : Sa vie, c’était Hachem et Sa torah, mais c’était aussi les autres. Malgré les très nombreuses interactions qu’a pu impliquer son rôle en tant que rabbin de communauté d’abord, et Grand Rabbin de France ensuite, il ne mettait jamais l’accent sur les contrariétés ni sur le négatif. Il balayait tout cela de côté pour se concentrer sur ce qu’il y avait de bon et de positif chez l’autre et dans la vie en général. Je pense qu’il a puisé cela d’un épisode qui s’est produit alors qu’il n’était qu’un tout jeune enfant. À cette époque, il était tombé très malade et des séquelles de cette maladie, il avait gardé un port faible et chétif qui avait été la cause de moqueries de la part de ses camarades d’école. Je pense que c’est de cette épreuve qu’il a développé une sensibilité si prononcée pour autrui. De plus, l’exemple de son père, un avocat à la prestance remarquable, doté d’une parole et d’un regard extrêmement bienveillants, l’a marqué à jamais et l’a inspiré pour développer les qualités humaines qui furent les siennes tout au long de sa vie. Mais en fait, toute sa vie a été calquée sur ce modèle : ne pas s’attarder sur la difficulté des épreuves mais au contraire, en tirer le meilleur et les sublimer pour en faire quelque chose de plus grand.
L’un des tournants de la vie du Rav fut sa rencontre avec celui qui restera son maître, le Rav Nissim Toledano. Comment ce Gadol a-t-il influencé le Rav ?
Mme D. Sitruk : Peu après notre mariage, mon mari termina sa formation de rabbin au Séminaire Israélite de France (SIF), mais en fait il n’avait jamais fait de passage en Yéchiva. C’est alors qu’un de ses amis lui a annoncé partir étudier la Torah un an en Israël et lui a proposé d’en faire autant. Mon mari a tout de suite été enthousiaste, il avait soif d’apprendre et de se rapprocher des grands maîtres du judaïsme. Nous avions alors deux enfants en bas-âge. Je vous épargne les détails du long voyage en bateau dans les conditions de l’époque (!) et c’est ainsi que nous avons passé 6 mois dans la ville de Bné-Brak, mon mari étudiant la Torah à plein temps à Beer Ya’akov, auprès du Rav Nissim Tolédano. Cette expérience le marqua à vie et orienta toute sa future carrière. Même après son retour en France, le Rav maintint un lien très fort avec le Rav Toledano, qu’il consultait très fréquemment sur toutes sortes de questions, personnelles comme communautaires.
Comme dit en introduction, à l’occasion des 10 ans de la disparition du Rav, trois grandes soirées seront organisées. Dites-nous en davantage.
Rav Ephraïm Sitruk : Cette année, comme cela fera 10 ans que mon père est décédé, nous avons pensé organiser un grand évènement. Connaissant leur puissance d’action et leur réactivité, et vu le lien d’affection particulier que nous entretenons avec eux, c’est un peu comme un réflexe que nous nous sommes tournés vers Torah-Box ! C’est à ce moment que l’association Or Babayit de Dov Ayache nous a contactés, car eux aussi avaient eu l’idée de mettre sur pied une grande soirée, avec notamment de la musique. Alors certes, nous ne tenions pas à ce que l’évènement tourne en concert, mais nous sommes sensibles à la musique, c’est quelque chose que le Rav a tenu à nous transmettre, notamment lors des repas de Chabbath qui étaient toujours rythmés par des chants ‘hassidiques. Nous avons donc pensé à une formule qui associerait la présence de grands Rabbanim venus délivrer leur message, des vidéos inédites du Rav, des Séli’hot et des prestations de grands artistes de la musique juive. Et pour satisfaire tout le monde, nous avons étendu le concept aussi à la ville de Jérusalem, avant que ne se présente l’opportunité d’en faire de même à Londres, où séjourne une assez importante communauté francophone.
L’idée de ces soirées, est-ce plutôt de rendre hommage au Rav ou de transmettre à nouveau ses enseignements (toujours tellement d’actualité, soit dit en passant) ?
Rav Ephraïm Sitruk : Il est certain que l’idée de départ était de rendre hommage à mon père, en faisant cette année les choses en grand. Mais il était impossible de ne pas associer à cela ses enseignements, si intemporels, à une communauté toujours assoiffée de ses messages.
Mme Sitruk, si votre époux voyait de là où il repose ces milliers de Juifs se rassembler autour de ses enseignements, quel serait son sentiment selon vous ?
Mme D. Sitruk : Il serait très, très heureux. Moi je le suis un peu moins de sortir de l’ombre mais lui serait tellement content. Il était animé d’un tel amour, un amour ardent, pour chaque Juif, même le plus simple d’entre eux, et son aspiration à les rassembler autour de la Torah était telle, que je pense que de tels événements doivent le ravir.
(Pour commander le nouveau livre "Taureau assis" : https://boutique.torah-box.com/biographies/412-taureau-assis-dans-l-intimite-du-grand-rabbin-sitruk.html)





