En Israël, peut-on vraiment parler de vacances selon la définition française ?
Il existe en France un "art de vivre" qui tient en un mot : décrocher. La France a élevé le droit au repos au rang de conquête civilisationnelle. 5 semaines de congés payés, le week-end, les RTT, les jours fériés, les fameux "ponts", ces jours "bénis" où, entre un jeudi de fête chrétienne et le week-end, l’on accepte de ne rien faire quatre jours consécutifs. Poser une semaine en mai avec deux RTT et un pont, c’est un sport national.
Le grand écart des congés
Allez dans une entreprise en France et écoutez la discussion à la machine à café ou au restaurant d’entreprise. La question "Tu as prévu quelque chose pour les vacances ?" tombera inévitablement.
Ce n’est pas une critique, c’est même tout à fait compréhensible : pendant qu’un salarié français bénéficie de 25 jours de congés payés par an auxquels s’ajoutent 11 jours fériés, les RTT et parfois des jours de congés farfelus selon les secteurs, en Israël, les congés légaux démarrent à... 12 jours. Il n’y a pas débat.
En France, les 35 heures sont une institution, un argument de campagne électorale. En Israël, la semaine légale représente 45 heures. Dura lex, sed lex !
Le dimanche, ce grand absent
En France, "après le samedi, le dimanche" : on ne travaille pas. Les débats sur "l’ouverture des magasins le dimanche" font régulièrement trembler l’Assemblée nationale comme si l’on touchait aux fondements de la République.
En Israël, le dimanche est un lundi. Métro, boulot, pas dodo. Le jour de repos légal, c’est le Chabbath, du vendredi soir au samedi soir, et encore : nombreux sont ceux qui ouvrent leur Gmail dès le verre de la Havdala posé. Quant aux "ponts", c’est un concept qui n’existe tout simplement pas. Ici, quand il y a un jour férié, il est travaillé "sous le manteau", et le lendemain, on reprend. Officiellement.
Les vacances scolaires : deux mondes irréconciliables
En France, les écoliers bénéficient en moyenne de deux semaines de vacances toutes les 6 semaines et d’un été qui s’étire sur deux gros mois, de fin juin à début septembre. Soit environ 16 semaines annuelles au total !
En Israël, dans l’éducation religieuse, peut-on seulement parler de vacances selon l’acception française du terme ? Il y a bien 3 semaines débutant quelques jours avant Ticha’ Béav et s’arrêtant à Roch ‘Hodech Eloul. Plutôt une respiration dans le calendrier qui n’obéit pas à des logiques oisives, mais au rythme de l’année juive, pour construire sa vie toujours plus haut. Plus pratique pour les parents qui s’arrachent moins les cheveux pour occuper les enfants, sans dépenser des milliers de shekels en colo et en Gan Israël !
D’ailleurs, vous avez certainement déjà envoyé un email en août en France. Pour une fois, vous recevrez une réponse rapide, instantanée même : la fameuse réponse automatique d’absence du bureau ! Une institution : "Je suis en congés du 3 au 26 août. En cas d’urgence, contactez personne-qui-est-aussi-en-congés." En Israël, cette option de messagerie est inutilisée.
Alors, les Français, bien reposés ? Pas si simple. On entend au retour les sempiternels "C’était trop court !", "J’ai besoin d’une semaine de plus pour récupérer de mes vacances." Le jour de la reprise n’est pas vraiment travaillé : il faut "traiter les centaines d’emails (inutiles, ndlr) reçus pendant les vacances" et bien sûr, on papote vacances et concours de celui qui a le plus d’emails. Début septembre a ce parfum particulier de pré-rentrée, des pas qui traînent et des réunions de reprise qui ressemblent à des séances de procrastination collectives.
Le modèle français a ses vertus : soucieux de la vie familiale, il veut démentir le concept de l’homo economicus, l’homme n’est pas une machine faite pour produire, rationaliser et maximiser. Le judaïsme l’a compris depuis le don de la Torah. Le Chabbath, les fêtes, la Chémita élèvent le repos constructif au rang de Mitsva.
Il y a aussi la différence entre un pays établi et vieillissant, et un pays jeune en mode survie, en construction permanente, avec une économie qui accélère et une psychologie nationale qui considère l’arrêt comme un risque.
Alors, qui a raison ? Si l’on cherche un argument pour départager les deux modèles, les statistiques offrent une conclusion piquante : avec une espérance de vie de 83,8 ans, Israël devance la France d’une année de vie supplémentaire. Mais le Français rêve toute sa vie de la retraite : il la prend à 64 ans pendant qu’en Israël, on attend 67 ans. Le travail, c’est la santé !
Une réponse moins sarcastique et plus vraie se trouve sans doute dans le calendrier hébraïque lui-même : une année rythmée de fêtes et de jeûnes, où le repos est circonscrit mais sacré, rare mais intense. Ni la langueur de l’été français, ni l’hyperactivité sans fin. Quelque chose entre les deux, quelque part entre Paris et Jérusalem.




