Parmi les différents épisodes qui rythment la Paracha de Vayéchev, celui de Juda et Tamar retient tout particulièrement l’attention. En effet, leur union interpelle le lecteur moderne tant elle ne correspond pas aux critères classiques de rencontre entre un homme et une femme. Cet étonnement est redoublé quand on apprend l’enfant qui naîtra de ce couple aura pour descendant le Roi David, et même le Machia'h. Notre tradition apporte de nombreux commentaires qui permettent de comprendre cet épisode a priori incompréhensible pour l’entendement humain.

Au cours de cette rencontre, Juda s’est engagé à envoyer à Tamar plus tard un chevreau. Mais, quand il envoie des messagers s’acquitter de sa dette, il ne la trouve plus tard. Les serviteurs interrogent les habitants de la contrée en ces termes « Où est la prostituée qui se tient aux Deux Sources » « Ayé Kédécha Hi Bé’einayim » (Genèse 38. 21). Personne ne savait où elle se trouvait.

Mais ce verset a intrigué nos Maîtres, et notamment Rabbi Meir Abou'hatsira qui, jouant sur l’homonymie d’une part entre « Kédécha » (la prostituée) et « Kédoucha » (la sainteté), et d’autre part entre les mots « sources » et les « yeux », propose de lire le verset de la manière suivante « Où est la sainteté, elle se trouve entre les yeux ». Et d’expliquer ainsi que le moyen privilégié pour un homme de s’élever spirituellement, est de prendre soin à la pureté de ses yeux, c’est-à-dire à se préserver de toute vision inconvenante.

Rabbi Meir Abou'hatsira explique ainsi que lorsque l’homme s’efforce de lutter pour préserver ses yeux de toute image impure, il suscite sur lui un flux de bénédictions. Au moment précis où il surmonte différentes tentations et renoncent à regarder des images inconvenantes, il ouvre les portes du Ciel et crée par son mérite un moment d’agrément tout particulier pour toutes les prières qu’il souhaite adresser à Hakadoch Baroukh Hou. Ce mérite de « protéger ses yeux » peut également lui permettre de développer en lui une forme d’intuition sainte pour comprendre et « voir » des éléments qui échappent aux yeux.

Alors que nous nous trouvons durant la fête de 'Hanouka, il est opportun de s’arrêter sur l’importance de la vision. En effet, nos Maîtres nous enseignent combien il est recommandé de prendre le temps d’observer les bougies de 'Hanouka. En effet, leur lumière est susceptible de pénétrer, avec l’aide d’Hachem, dans l’âme de celui qui les observe, et de purifier celle-ci des visions négatives qu’il a pu avoir dans le passé.

Par ailleurs, l’allumage des bougies de 'Hanouka est un moment propice pour adresser à Hachem tout type de prières, et notamment pour l’éducation des enfants. Comme le dit Rav Houna « Quiconque fait attention à la flamme de Hanouka aura des enfants érudits en Torah » (Traité Chabat 23b). En effet, les lumières de 'Hanouka représentent la lumière de la Torah, et notamment la lumière originelle de la création du monde qui a brillé durant 36 heures à l’image des 36 bougies de 'Hanouka (Séfer Harokéa'h, Halakhot 'Hanouka 221). Cette lumière donnait aux hommes une compréhension parfaite de la vie et du monde, mais elle fut retirée de ce monde par l’Eternel de peur que les personnes mauvaises ne s’en servent à de funestes intentions ; elle est désormais réservée aux Justes dans le monde à venir.
Nous pouvons ainsi comprendre l’enseignement du Peri Tsadik, Rav Tzaddok Hacohen de Lublin zatsal, qui écrivait : "Il est tout à fait approprié que les lumières de 'Hanouka soient appelées « Kodech », car elles transmettent la sainteté dans le cœur de chaque Juif. Les lumières de 'Hanouka font réaliser à chaque Juif qu'Hachem réside avec nous même maintenant".

Les lumières de 'Hanouka se distinguent en ce sens des autres Mitsvot de la Torah. En effet, même si ces Mitsvot génèrent dans le cœur de l’homme un sentiment d’élévation, de « sainteté », cela ne signifie pas que le support matériel de la mistva lui-même est « saint ».

C’est ainsi que dans le traité Nidda (page 55), nos Maîtres nous enseignent, à propos des différentes causes d’impureté, que même si certains éléments sont de nature à transmettre l’impureté, cela ne signifie pas qu’ils sont eux-mêmes impurs. Par exemple, le bouc émissaire transmettait l’impureté à ceux qui le touchait mais il n’était pas lui-même impur de manière intrinsèque. Il en va de même de certaines Mitsvot qui confèrent un sentiment de Kédoucha lorsqu’elles sont accomplies, permettent une sanctification de l’individu en les réalisant, mais leur support matériel n’est pas nécessairement « Kadoch » « saint ».

« Toutefois les lumières de 'Hanouka sont une exception, nous dit le Peri Tsadik, car elles imprègnent le cœur d'une personne de sainteté tout le temps qu'elles brillent, et elles doivent rester allumées pendant au moins une demi-heure. Leur sainteté déborde le moment de l’allumage et l’exécution de la Mitsva elle-même, elle se prolonge autant que les bougies brillent.

Pendant ce temps, elles témoignent que Dieu habite parmi nous, et elles assument une fonction semblable à celle de la Ménorah dans le Beth Hamikdach. Nous comprenons maintenant pourquoi notre maître, le Rav Abudraham, écrit que les lampes de 'Hanouka sont spécifiquement appelées Kodech, car elles ressemblent à la Ménorah dans le Beth Hamikdach. »

Puissions-nous avoir le mérite, avec l’aide d’Hachem, de profiter pleinement des lumières de 'Hanouka afin de purifier nos yeux, ouvrir nos cœurs à l’étude de la Torah, et prendre conscience que l’Eternel réside tout près de nous et qu’Il peut nous éclairer durant toute l’année !