Dans la Parachat ‘Ekev, la Torah enseigne : « Toute la Mitsva que Je vous prescris aujourd’hui, veillez à l’accomplir, afin que vous viviez, que vous vous multipliiez, que vous y parveniez et que vous héritiez du pays que l’Éternel a juré à vos pères de leur donner » (Dévarim 8:1). Le Or Ha’haïm Hakadoch pose une question essentielle : que signifie cette expression « Toute la Mitsva » ? De quelle Mitsva particulière s’agit-il ? En effet, déjà au début de la Paracha, quelques versets plus haut, il est écrit : « Ce sera donc, si vous écoutez ces lois, si vous les observez et les accomplissez… », ce qui inclut déjà l’ensemble des commandements de la Torah, accompagnés de la promesse de dix bénédictions. Pourquoi la Torah répète-t-elle donc ici « Toute la Mitsva que Je vous prescris » ? Sur quelle Mitsva spécifique repose la promesse : « Afin que vous viviez et que vous vous multipliiez » ?
Le Or Ha’haïm Hakadoch enseigne ici un fondement de tout le service divin. Il existe des personnes, parfois même des hommes de Torah, qui observent certaines Mitsvot, et il se peut qu’ils les accomplissent avec zèle et perfection. Mais d’un autre côté, ils négligent d’autres Mitsvot et ne s’empressent pas de les accomplir. Parfois parce qu’ils se sont octroyés à eux-mêmes une permission, parfois par paresse ou par indifférence. Le Rav explique ainsi : « Lorsqu’un homme accomplit deux ou trois Mitsvot parmi celles qui se présentent à lui, et même s’il s’attache de façon constante et zélée à l’une d’entre elles, cela peut engendrer en lui une tendance négative à se relâcher dans l’accomplissement des autres Mitsvot qui viendraient à se présenter. Et quand bien même il réaliserait plusieurs Mitsvot, son âme se contenterait de n’être remplie que d’une partie des commandements. Ce défaut est très répandu, et plus encore parmi ceux qui suivent la Torah d’Hachem : ils en viennent parfois à mépriser les Mitsvot dites « légères », en se disant qu’ils étudient la Torah et qu’ils observent déjà l’essentiel des commandements… Mais c’est précisément cette attitude qui entraîne les souffrances des hommes, qui diminue leur dignité, qui accroît leurs malheurs, qui rabaisse et écrase l’homme. C’est pourquoi le prophète est venu, dans ses réprimandes, rappeler : Toute la Mitsva ».
Autrement dit, il faut comprendre que toutes les Mitsvot forment un tout. On ne peut pas en choisir certaines, les accomplir avec rigueur et enthousiasme, et en délaisser d’autres sous prétexte qu’elles semblent moins importantes, qu’elles ne nous conviennent pas ou qu’elles ne paraissent pas essentielles à nos yeux. La Torah insiste donc : « Toute la Mitsva » – c’est-à-dire que l’ensemble constitue une seule Mitsva. On ne peut pas en respecter une partie et en omettre d’autres.
De plus, poursuit le Rav en s’appuyant sur le Zohar Hakadoch, enseignement également rapporté dans les introductions du Michna Broura tomes I et III (introductions qu’il est d’ailleurs recommandé à chacun de lire, car elles posent les bases de toutes les Mitsvot), Rabbi Chim’on bar Yo’haï enseigne : de même que l’homme possède 248 membres et 365 tendons, ainsi la Torah comporte 248 commandements positifs et 365 commandements négatifs. De même que l’homme doit veiller à l’intégrité de chacun de ses organes, afin de vivre et de se maintenir en bonne santé, sans tomber dans la maladie, ni l’affaiblissement, ainsi en est-il des « organes spirituels » avec lesquels l’homme se présentera dans le monde de vérité. Chacun a l’obligation de compléter ces 248 membres et 365 tendons spirituels, et si, à D.ieu ne plaise, il en manque ne serait-ce qu’un, si au lieu de 248 Mitsvot il n’en accomplit que 247, on ne le laissera pas entrer dans les Cieux.
Pour mieux saisir cela, imaginons un homme qui souffre d’un problème à l’ongle et qui se rend chez le médecin. Que penserions-nous si le médecin lui disait : « Regarde, tu as des yeux, une tête, tous tes organes fonctionnent bien, il ne s’agit que d’un souci à l’ongle ! Coupons donc une partie de ton doigt avec l’ongle, et tout ira pour le mieux ». Une telle idée est-elle concevable ? Ce n’est pas un médecin, mais un cordonnier ! Un homme désire être en bonne santé uniquement lorsque tous ses organes et ses tendons sont intacts et fonctionnels.
Le ’Hafets ‘Haïm conclut : ainsi en est-il des membres spirituels de l’homme. Si un seul manque parmi ses 248 membres ou ses 365 tendons, c’est-à-dire une Mitsva que l’homme a négligée, lorsqu’il arrivera dans le Monde d’en-haut, il se retrouvera avec un organe manquant. Car nous avons appris de Rabbi Chim’on, dans le Zohar Hakadoch, que chaque Mitsva correspond à un organe particulier du corps humain. Par exemple, la Mitsva des Téfilines correspond à la main et à la tête. Celui qui n’a pas mis les Téfilines, lorsqu’il se présentera dans le monde de vérité, sera privé d’une main. Or, un tel manque dans le ‘Olam Haba n’est pas comparable à celui de ce monde : ici-bas, on peut encore cacher ses défauts, mais dans le monde de vérité, il est impossible de les dissimuler, et l’homme restera marqué comme un être mutilé pour l’éternité.
Ainsi, lorsque nous accomplissons la Torah et les Mitsvot, nous devons savoir que tout est lié en un seul ensemble. Et voici les mots du Rav : « Toute la Mitsva signifie dans son intégralité ; qu’il ne manque rien de tout ce que tu as la possibilité d’accomplir, veille à les garder et à les faire, qu’il s’agisse des commandements positifs ou négatifs ». Pourquoi ? Le Rav répond : « Parce que le but est : « Afin que vous viviez ». Tout dépend de cela : si tu manques une seule Mitsva, tu prives l’un de tes membres spirituels de vitalité ». Même si ce n’est pas par rébellion, mais seulement par paresse, l’homme se retrouvera amputé de ce membre, et lorsqu’il viendra dans le ‘Olam Haba, il y apparaîtra comme mutilé. Quelle honte terrible, quelle humiliation effroyable !
Il faut donc savoir que toutes les 613 Mitsvot forment un seul et même commandement, « Toute la Mitsva ». Elles sont considérées comme une seule Mitsva globale. Il faut s’efforcer de l’accomplir dans sa plénitude autant que possible, afin de ne pas se retrouver amoindri. Certes, il est toujours possible de réparer et de faire Téchouva ; mais si dès le départ nous savons préserver l’intégrité de nos organes spirituels et arriver entiers dans le ‘Olam Haba, nous aurons assurément atteint cette perfection, à laquelle tout homme aspire.
Voyez quelle promesse la Torah accorde à celui qui s’efforce d’accomplir toutes les Mitsvot dans leur intégralité. Le Or Ha’haïm Hakadoch explique qu’il mérite trois choses : « des enfants, la vie et la subsistance ». Tout cela est inclus dans le verset : « Afin que vous viviez » – promesse d’une longue vie et de nombreux jours ; « que vous vous multipliiez » – en ayant une descendance sainte et pérenne ; « et que vous veniez posséder le pays » – c’est-à-dire des maisons, des biens et une subsistance assurée. Ainsi, la récompense ne se limite pas au monde futur : même dans ce monde-ci, l’homme qui veille à accomplir toutes les Mitsvot dans leur intégralité sera gratifié de toutes ces bénédictions : enfants, vie et subsistance.
Nous devons savoir que l’accomplissement des Mitsvot touche à une question de vie ou de mort. Si l’homme les accomplit, il mérite la vie ; mais s’il néglige, à D.ieu ne plaise, une seule Mitsva, il risque de perdre sa vie. Le Rav ‘Hezkiyaou Karlenstein chlita, Rav et Maguid Mécharim, raconte qu’il connaît un Ba’al Téchouva qui avait adopté une conduite très particulière, presque extrême : chaque fois qu’il entendait des paroles de Lachon Hara’, il s’enfuyait comme un homme qui cherche à échapper à un incendie ou à une terrible catastrophe. Peu importait que ceux qui parlaient fussent ses amis ou sa propre famille : il ne faisait aucun calcul et se levait aussitôt pour fuir. En vérité, c’est ainsi que chacun devrait agir. Mais il semble étonnant qu’un simple Ba’al Téchouva se comporte ainsi, lui qui certes accomplit les Mitsvot, mais n’est pas considéré comme un homme saint. À notre grand regret, même de nombreux érudits de Torah ne fuient pas le Lachon Hara’ comme on fuit la mort. Qu’est-ce donc qui a poussé ce Ba’al Téchouva à agir de cette manière ?
Le Rav Karlenstein lui demanda : « Pourquoi as-tu si peur du Lachon Hara’, au point de t’enfuir aussitôt ? » Il lui répondit qu’avant de faire Téchouva, il avait un ami très proche, un véritable compagnon de cœur. Leur amitié était si forte qu’ils étaient devenus associés dans une entreprise qu’ils avaient fondée ensemble ; ils travaillaient côte à côte et gagnaient très bien leur vie, unis dans une complicité profonde. Un jour, ils décidèrent de faire une excursion dans la jungle. Ils louèrent un bon véhicule tout-terrain, bien protégé contre les bêtes sauvages, et s’enfoncèrent dans la forêt pour admirer la richesse et la variété des animaux.
En chemin, ils arrivèrent à un endroit touffu, rempli d’arbres et de végétation, qui paraissait particulièrement intéressant à explorer. Selon les recommandations, il était possible de quitter la voiture pour une courte promenade à pied et profiter du paysage, avant de poursuivre la visite. Ils se mirent donc à marcher prudemment dans différentes directions et s’éloignèrent un peu du véhicule. Soudain, ils aperçurent une guéparde, un fauve extrêmement dangereux, prédateur cruel et puissant, dont nul ne peut échapper. Elle est plus rapide que tous les animaux et, à plus forte raison, que les hommes ; et lorsqu’elle est affamée, elle est capable de déchiqueter sa proie en quelques secondes. Ils la virent à une certaine distance, mais comprirent aussitôt qu’ils étaient en danger de mort et trop éloignés de leur voiture. La seule option qui leur restait était de s’enfuir en courant vers le véhicule. Tous deux se mirent immédiatement à détaler, poursuivis par la guéparde lancée à toute allure derrière eux.
Le Ba’al Téchouva raconte que, tandis qu’ils couraient, son associé lui dit que son seul objectif était désormais de le rattraper de quelques mètres, afin que la bête l’atteigne lui et le dévore, et que, peut-être, elle l’épargne et le laisse en vie. Etait-ce cela une véritable amitié ? Une telle cruauté à son égard ? Bouleversé par ces paroles, il lui demanda : « Comment peux-tu parler ainsi ? » Son ami lui répondit : « Quand il s’agit de vie ou de mort, il n’y a plus d’amis ». Car lorsqu’un homme ne pense qu’à sauver sa peau, plus personne autour de lui n’existe.
L’ami accéléra sa course de toutes ses forces et parvint presque à le dépasser. Mais, à cet instant, Hachem inspira au Ba’al Téchouva l’idée de bifurquer brusquement sur la gauche, au lieu de continuer tout droit. Il espéra qu’ainsi, avec l’aide de D.ieu, la guéparde poursuivrait sa trajectoire sans dévier. En effet, lorsqu’elle arriva à leur hauteur, elle ne tourna pas vers lui, mais continua tout droit devant, se rua sur son compagnon, et en quelques secondes, le déchiqueta sans laisser de trace. Quant à lui, il fut sauvé par la grâce divine.
Il ajouta : « Une seule chose est restée de cet ami d’autrefois : lorsque la vie et la mort sont en jeu, il n’y a plus d’amis ». Plus tard, lorsqu’il mérita de faire Téchouva et qu’il se mit à étudier, il tomba sur une parole de nos Sages concernant la gravité du Lachon Hara’ : « La vie et la mort sont au pouvoir de la langue ». À la lecture de ce verset, il se dit : si la parole peut, à D.ieu ne plaise, me conduire à la mort, que ce soit en l’écoutant ou en la proférant, alors il n’y a pas d’amis. Même s’il s’agit des plus chers compagnons, s’il entend du Lachon Hara’, il s’enfuit, quitte à être jugé, raillé ou méprisé : cela ne change rien. Il n’y a pas d’amis.
Un homme qui veut vivre doit comprendre que tel est le désir de la Torah : il n’y a pas d’amis, ni de camarades : Hachem et Sa sainte Torah passent avant tout. Parfois, certains se laissent influencer par la question : « Que vont dire les autres ? » Mais il faut savoir que, lorsqu’il s’agit de vie éternelle, il est interdit de dévier, ni à droite, ni à gauche : voilà les véritables sources de vie. Lorsque nous marchons sincèrement avec la Torah, il est dit : « Toute la Mitsva » – il ne s’agit pas de réduire dans les coins, car chaque Mitsva est importante. Il ne faut avoir honte devant personne, mais seulement devant le Créateur. Si nous sommes vigilants et conscients que notre vie en dépend, comme il est écrit : « Afin que vous viviez », alors, assurément, Hachem nous aidera à parvenir intègres, avec nos 248 membres et nos 365 tendons, dans le monde de vérité qui est entièrement bonté.




