Ce 1er février 1979, l’ayatollah Rouhollah Khomeyni atterrit à Téhéran, à bord d’un avion Air France — affrété spécialement pour l'occasion —, accueilli par une foule en liesse.
Chassé d’Iran par le Shah en 1964 pour son opposition au régime, il rentre au pays en libérateur, après quatorze ans d’exil, dont les derniers mois passés en France, à Neauphle-le-Château.

(Ô douce France, terre d’asile, qui ne regarde pas toujours de trop près la nature des personnalités à qui elle offre refuge…) Fermons là la parenthèse.
Le Shah, lui, perd sa place. Après avoir dirigé l’Iran pendant trente-sept ans d'une main de fer, il quitte précipitamment le pays le 16 janvier 1979, évacué en hélicoptère vers l’Égypte de Sadate.
Son régime, fragilisé depuis des années, s’effondre.
Revenons aux raisons qui ont poussé une grande partie du peuple iranien à rejeter son régime.
Le Shah, souverain de la nouvelle Perse, a établi un système politique autoritaire, élitiste, laïc et fortement centralisé autour de lui (il va se couronner empereur...), marqué par une répression brutale à toute opposition.
La SAVAK, police secrète redoutée, neutralise violemment les opposants au pouvoir en place.
Les inégalités sociales s’accentuent, la corruption est omniprésente et la modernisation rapide du pays, soutenue par l’Occident, est vécue par beaucoup comme une occidentalisation imposée, en rupture avec les traditions religieuses et culturelles de l’Iran.
Les étudiants joueront un rôle central dans les émeutes. Jeunes, politisés, portés par des idéaux révolutionnaires, ils veulent la chute du Shah, comme les milieux islamistes chiites. Gauches et radicalisme religieux s'uniront donc dans une même volonté de faire tomber le roi des Perses.

Mais le retour de Khomeyni va déboucher très rapidement sur l’installation d’une idéologie islamique ultraradicale, fondée sur l’application stricte de la charia.
Les libertés promises disparaissent, l’opposition est éliminée, et la religion devient un instrument de coercition absolu.
La tyrannie politique est tout simplement remplacée par une tyrannie religieuse.
On a changé de décor et décroché les tableaux du Shah en apparat avec son épouse Farah Diba — la Shabanu —, pour les remplacer par ceux de chefs religieux enturbannés, aux sourcils froncés et à l'aspect sévère.
Mais les procédés de répression vont rester exactement les mêmes : force et brutalité auront raison de toute opposition, on intervertira juste les rôles du despote, passant du mégalomane se prenant pour Darius à l'Imam austère, et comme d'habitude, le peuple payera l'addition.

Ironie de l’Histoire
Les Pirké Avot nous disent : Ha'hakham roé èth hanolad. (2:9)
« Le sage voit ce qui va se dérouler » — en l'occurrence, les conséquences de ses actes.
Un dirigeant devrait savoir que si sa main est trop lourde sur ses sujets, tôt ou tard il en payera le prix.
De même, le peuple a tout intérêt a tirer les leçons du passé pour éviter de répéter sans fin les mêmes erreurs.
Dans le cas de l'Iran, comme sur un disque rayé, ceux qui avaient hier manifesté et contribué à renverser le Shah sont devenus les parents d’une génération qui a subi ce choix, et ironiquement, dénonce maintenant le régime des ayatollahs, quitte à réclamer le retour du fils du Shah à leur tête !!
Cercle vicieux, oscillant constamment entre désir de modernité, puis retour au radicalisme fanatique.
Quand donc l’homme va-t-il enfin apprendre l'équilibre et emprunter la voie médiane… ?





