Dans le palace « Royal », qui surplombe le lac de Genève, le personnel du Grand Hôtel s’affaire.

On astique les boiseries d’acajou, on fait briller les lustres pour la énième fois.

Les baies vitrées donnant sur les rives bleutées du Léman doivent être prêtes à accueillir les 32 représentants de pays parmi les plus influents du monde. Ils se réunissent pour discuter d’un épineux problème : le sort des réfugiés juifs affluant d’Allemagne et d’Autriche.

Nous sommes à l’été 1938.

C’est le président américain Franklin Roosevelt qui a initié ce sommet, pas vraiment par compassion pour le sort des malheureux, mais plutôt pour essayer de gérer la vague déferlante de réfugiés qui « risque » de s’abattre sur les rives du monde libre, provoquée par le tsunami nazi.

Roosevelt a aussi un autre calcul : rassurer la communauté juive américaine et lui prouver que le gouvernement des USA se démène pour ses coreligionnaires en détresse.

Ça s’est passé un… 22 juin 1938 — La Conférence de la Honte se p


Le président américain, organisateur de ce qui va devenir une énorme farce diplomatique, a eu la délicatesse de faire savoir dès le début des débats qu’en ce qui concerne son pays, les quotas d’accueil n’augmenteront pas.

Le maître de cérémonie a donc donné le ton dès l’ouverture des débats : rien ne sera fait pour ces réfugiés.

L’Angleterre, dans son sillon, se dit elle aussi submergée ; l’Australie n’est pas en reste et déclare que, malgré toute sa compassion pour le sort des Juifs, elle ne va pas importer chez elle un problème racial qui, jusque-là, n’existait pas…

Lorsqu’on lit les rapports des déclarations de ces personnalités de premier plan, toutes représentantes de pays civilisés ayant adopté des chartes d’humanisme, on reste interdit. Neuf jours de discours vains, de blablas harassants, pour finalement accoucher de… rien.

La République dominicaine, sortant du lot, acceptera, elle, d’accueillir jusqu’à 100 000 réfugiés, mais contre paiement. Pas fous, les dirigeants dominicains. Cependant, même ce geste intéressé restera presque stérile : sur les dizaines de milliers annoncés, seules quelques centaines de Juifs trouveront finalement refuge là-bas.

Le monde se moque éperdument du sort de ses Juifs. Et le Reich, lui, observe Évian… et se délecte.

Ça s’est passé un… 22 juin 1938 — La Conférence de la Honte se p


Le français est une belle langue. Ses expressions délicieuses dévoilent les méandres de l’âme humaine, comme : « L’enfer est pavé de bonnes intentions ».

Roosevelt va illustrer à merveille ce dicton. Sa scélérate conférence, morte avant d’avoir existé et créée pour se donner bonne conscience, apportera aux Allemands sur un plateau la preuve flagrante de la désolidarisation du monde face au sort des Juifs.

Sans le spectacle de cette démission, les nazis auraient pu encore avoir un doute et retenir leur furie. Mais voyant le comportement laxiste des puissants, ils rompront toutes leurs chaînes pour se défouler sur leurs victimes.

En effet, quatre mois après le fiasco d’Évian, les brutes nazies déclencheront la Nuit de Cristal, confortées par l’échec d’Évian.


La prochaine fois, Mister Roosevelt, qu’il vous viendra l’envie de parader avec les habits de la compassion, tout en sachant, au fond, que rien ne sera fait, abstenez-vous.

Car ce sont ces intentions-là, stériles, vaines, hypocrites et intéressées, "bonnes" en apparence, qui pavent l’Enfer.

Les Juifs vous le diront.