À nous de doser savamment le mélange, (travail d’une vie…) en fonction des saveurs de base qui nous ont été octroyées.

Mais l'utilité de certains traits nous échappe, pour la charge de toxicité élevée qu'ils renferment. Par exemple, le raffinement du Mal, appelé "cruauté", dégénérant vers des excès épouvantables, à quoi donc est-il bon ?
En hébreu, cruel se dit « Akhzar », que l’on peut décortiquer en deux termes : « Akh » et « Zar », à savoir « complètement étranger ».
Car on ne fait de mal avec délectation qu’à un être dont on se sent complètement déconnecté.
Exemples ?
Les nazis, dans leur propagande, avaient fait du Juif « l’étranger » par excellence. Cette coupure totale d'avec l’autre, le mettant dans une catégorie à part, le sortant de la famille des humains - le tout appuyé par des théories raciales dites scientifiques - permit au Reich de faire, et de faire faire au peuple allemand, ce que nous savons.
Les SS qui « craquaient » (il y en a eu) et n'arrivaient plus à commettre leurs crimes, étaient ceux qui voyaient cette étrangeté à autrui s’effriter, leur laissant entrevoir qu’ils tuaient peut-être bien… des hommes !
Ra’hel d’Ofakim
Un exemple plus proche de nous est celui de celle que tout le monde a surnommée « Ra’hel d’Ofakim ».
Le 7 octobre 2023, cette paisible habitante d’Ofakim, petite localité du sud d’Israël, a vu sa maison envahie de terroristes qui l’ont prise en otage, elle et son mari. Les intentions des bêtes du ‘Hamas étaient claires.
Mais la fine et intuitive Ra’hel a compris, en un clin d’œil, que sa seule chance de briser leur cruauté et leurs intentions meurtrières était d’entrer en contact avec eux.
Comment ?
En parlant arabe (une langue commune), en leur proposant un café et des petits gâteaux faits maison. Ces trois éléments allaient rendre Ra’hel attachante à leurs yeux, réveillant en eux une proximité avec elle. Cette femme à abattre, l'ennemie jurée, juive et israélienne, pouvait soudain ressembler à une cousine, à une tante, à une voisine.
Et quand il y a un lien, c'est beaucoup plus difficile de tirer…

À quoi est-elle bonne ?
Alors ça sert à quoi la cruauté ? À rendre nos ennemis encore plus mauvais ?
Non, nenni.
La cruauté est hautement utile, là ou la méchanceté ne suffit même plus et où seul le scalpel tranchant du chirurgien, acéré, froid et sans compassion, va devoir couper la grosseur avant qu'elle ne nous envahisse.
Parce que oui, parfois, il faut se faire violence, larguer les amarres pour de bon et couper des liens devenus si épais et enchevêtrés, qu'il nous faut sa terrible indifférence à nos supplications, son manque total d'empathie à notre douleur et son ironie blessante, pour réussir à lâcher l'objet de nos tourments.
Les nostalgiques, les mélancoliques, ceux qui portent des boulets d’un spleen chronique, les désespérément attachés à leurs souvenirs comprendront de quoi je parle : certaines coupures doivent se faire avec cruauté et il va même falloir porter le masque noir et métallique du Dark Warrior pour leur trancher définitivement la tête.

À ce point.
Ceux qui n'ont pas osé se faire violence, à un moment ou à un autre de leur vie, se retrouvent parfois embourbés dans un marasme chronique, causé par des attaches parentales ou sentimentales tentaculaires, qu'ils ne peuvent plus rompre.
Dans ces marécages mortels, pour s'en tirer, sauver sa vie et sa santé mentale, elle seule nous permettra sans états d'âme, de briser ces funestes attaches.
Toutes les Middot ont leur place, leur raison d’être et un temps propice pour les utiliser.
Sachons juste comment les doser.
C’est tout un art que d'arriver à notre vraie saveur.







